L’industrie du tabac a financé au moins 25 lauréats du prix Nobel pour entretenir le doute scientifique
L’industrie du tabac a financé au moins 25 lauréats du prix Nobel, pour un montant total de plusieurs centaines de millions de dollars, a affirmé Robert Proctor, historien américain et professeur à l’université Stanford. Spécialiste de l’histoire de l’industrie du tabac et auteur de l’ouvrage de référence Golden Holocaust, il était récemment à Barcelone pour un séminaire organisé par l’Institució Milà i Fontanals de recherche en sciences humaines. Parmi les chercheurs cités figure Stanley Prusiner, neurologue et biochimiste américain récompensé par le prix Nobel de médecine en 1997 pour sa découverte des prions. Il aurait reçu des financements de R. J. Reynolds, fabricant des cigarettes Camel.
Selon Robert Proctor, ces soutiens ont notamment permis à l’industrie de promouvoir des recherches sur la virologie et la génétique, contribuant à déplacer le débat sur les causes du cancer. Pendant plusieurs décennies, l’attention aurait ainsi été orientée vers les facteurs internes (infections, patrimoine génétique ou comportements individuels) plutôt que vers les facteurs environnementaux, dont l’exposition à la fumée de tabac. L’historien estime que cette approche permet aux industriels de minimiser le rôle de leurs décisions dans la fabrication et la commercialisation de produits dangereux, en privilégiant des explications qui mettent en avant les caractéristiques individuelles.