En Croatie, des mesures contre l’alimentation nocive inspirées de la lutte antitabac
11 août 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 4 août 2026
Temps de lecture : 5 minutes
Deux organisations croates de santé publique ont élaboré une proposition de loi visant à mieux protéger les enfants contre l’obésité et à améliorer l’information nutritionnelle des consommateurs[1]. Porté par l’association POST Healthy Living et l’Association pour la prévention du surpoids, le texte prévoit notamment l’instauration d’étiquetages d’avertissement sur les emballages alimentaires ainsi que des restrictions sur la publicité pour les produits jugés défavorables sur le plan nutritionnel lorsqu’elle cible les enfants. Ces mesures sont courantes dans la lutte antitabac et leur grande efficacité a été prouvée pour réduire l’attractivité des produits nocifs.
Selon les données de l’Institut croate de santé publique (HZJZ), 36,1 % des enfants âgés de huit ans en Croatie sont en situation de surpoids ou d’obésité, plaçant le pays parmi ceux où la prévalence de l’obésité infantile est la plus élevée en Europe. Les auteurs du projet rappellent que l’obésité chez l’enfant augmente notamment les risques de diabète de type 2, d’hypertension, de troubles métaboliques et de stéatose hépatique, tout en pouvant affecter la santé mentale et les relations sociales, selon Dražen Gorjanski, médecin de famille et l'un des auteurs du texte.
Des mesures centrées sur l’encadrement des produits nocifs et la sensibilisation du public
La proposition prévoit l’introduction de mentions d’avertissement simples sur la face avant des emballages afin d’indiquer les produits contenant des niveaux élevés de sucre, de sel ou d’acides gras saturés, à la manière des avertissements sur les paquets de cigarettes. Selon les promoteurs du texte, cette mesure vise à faciliter les choix alimentaires sans interdire de produits ni limiter la liberté des consommateurs.
Le projet prévoit également un encadrement du marketing destiné aux enfants, notamment lorsque les produits utilisent des personnages de dessins animés, des jouets, des jeux, un langage adapté aux jeunes publics, des influenceurs suivis par des enfants ou des publicités diffusées dans des médias et créneaux horaires qui leur sont principalement destinés. Ces règles pourraient également concerner les contenus promotionnels diffusés sur des plateformes comme TikTok ou Instagram lorsqu’ils ciblent les enfants.
Concernant la restauration scolaire, les établissements seraient progressivement amenés à adapter leur offre aux recommandations nutritionnelles. Les produits présentant un profil nutritionnel défavorable ne seraient plus proposés dans les repas habituels, avec pour objectif d’améliorer la qualité nutritionnelle de l’alimentation proposée aux élèves. Les critères utilisés reposeraient sur des modèles nutritionnels reconnus au niveau international, notamment celui de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la région européenne. Ils s’appliqueraient en fonction de la composition des produits et non de leur origine : les aliments traditionnels croates ne seraient donc pas interdits, mais soumis aux mêmes règles que les autres produits selon leur profil nutritionnel.
D’autres dispositions portent sur l’amélioration de l’offre alimentaire dans les lieux fréquentés par les enfants, l’accès à l’eau potable lors de la consommation de nourriture, ainsi que des actions d’éducation auprès des femmes enceintes et des jeunes, ciblés par les stratégies marketing de l’industrie alimentaire.
Toutefois, les auteurs du projet précisent que la proposition ne prévoit pas la création d’une taxe sur les aliments considérés comme moins favorables pour la santé, alors que la hausse des prix est reconnue comme l’une des mesures les plus efficaces en santé publique pour réduire l’accessibilité. Une éventuelle mesure fiscale nécessiterait une législation distincte et des analyses complémentaires.
Une mise en œuvre soumise au contrôle des autorités, qui pourrait s’inspirer davantage de la lutte antitabac
Si elle est adoptée, la loi concernerait les producteurs et importateurs de produits alimentaires. Son application serait suivie par les autorités de contrôle compétentes. Les promoteurs du texte soulignent qu’aucune mesure isolée ne peut, à elle seule, résoudre le problème de l’obésité infantile. Ils estiment toutefois que la combinaison d’un meilleur étiquetage, d’une limitation du marketing destiné aux enfants et d’environnements alimentaires plus favorables peut contribuer à réduire les taux d’obésité, s’appuyant sur une étude récente publiée dans The Lancet, portant sur plus de 300 000 enfants au Chili, et montrant que de telles mesures ont un effet positif mesurable. Le projet est ouvert aux contributions des citoyens, professionnels de santé, parents et représentants de l’industrie alimentaire jusqu’au 15 septembre 2026, avant une éventuelle transmission au Parlement croate.
Ce projet intervient alors qu’au niveau mondial, il a été démontré que l’industrie des aliments ultra-transformés, qui cible spécifiquement les jeunes avec des produits addictifs, s’inspire largement des méthodes et stratégies de l’industrie du tabac, avec qui elle partage des liens historiques. Cette similarité entre les industries va jusqu’à la multiplication de recours judiciaires pour affaiblir les politiques de santé alimentaire. Les experts de santé publique recommandent de transposer à l’industrie agroalimentaire l’ensemble des mesures éprouvées contre celle du tabac et de la nicotine, y compris une stricte séparation des politiques de santé publique et des intérêts économiques des industriels, conformément à l’article 5.3 de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS.
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[1]Tonka Vuković, Cigarette-style warning labels for certain food products in Croatia proposed, Croatia Week, publié le 3 août 2026, consulté le 4 août 2026