Recyclage des vapes : TerraCycle lance un service national aux États-Unis

6 août 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 3 août 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Recyclage des vapes : TerraCycle lance un service national aux États-Unis

TerraCycle Commercial, filiale de l'entreprise de recyclage TerraCycle, a annoncé le 29 juillet 2026 le lancement d'un service national de collecte et de recyclage des dispositifs de vapotage aux États-Unis[1]. L'entreprise inscrit ce service dans un contexte de forte croissance des déchets liés aux vapes jetables, tout en s'appuyant sur un modèle qu'elle a déjà mis en œuvre par le passé pour d'autres produits du tabac.

Un nouveau service commercial, clé en main

TerraCycle Commercial a lancé un service payant de collecte et de recyclage des dispositifs de vapotage usagés destiné aux ménages, municipalités, écoles, hôtels et entreprises américaines. Le principe : des contenants prépayés, disponibles en trois formats (1,25 gallon, 2,5 gallons et 5 gallons, soit de 30 à 155 appareils selon la taille), incluant la collecte, l'expédition et le traitement. Les appareils conformes sont désassemblés et recyclés par matériau, tandis que les pods de nicotine sont éliminés par incinération réglementaire et non recyclés.

L'entreprise justifie ce lancement par l'ampleur du problème : elle cite un rapport de l'organisation américaine PIRG selon lequel les incendies dans les centres de traitement des déchets causés par des dispositifs de vapotage coûteraient au moins 95 millions de dollars par an aux États-Unis. Les batteries lithium-ion de ces appareils peuvent s'enflammer lorsqu'elles sont endommagées, compactées ou exposées à des températures extrêmes, des conditions courantes dans les camions-bennes, les compacteurs et les décharges. Ce lancement s'inscrit également dans une phase d'expansion financière de l'entreprise : TerraCycle US mène actuellement une levée de fonds de type Regulation A pouvant aller jusqu'à 75 millions de dollars, destinée à financer ses acquisitions et infrastructures.

Un acteur qui a une longue histoire de financement par l'industrie du tabac

Si TerraCycle n'appartient pas à un cigarettier, l'entreprise a construit une partie de son modèle économique sur des partenariats directement financés par l'industrie du tabac. Aux États-Unis, le programme historique de recyclage des mégots de TerraCycle, la « Cigarette Waste Brigade », a été financé par Santa Fe Natural Tobacco Co., filiale de Reynolds American, un dispositif ouvert à toutes les marques, présenté par le financeur comme une prise de responsabilité sur les produits de ses concurrents autant que sur les siens. Au Canada, un programme quasi identique a été révélé comme ayant été inventé et financé par Imperial Tobacco Ltd., une opacité dénoncée à l'époque par les autorités de santé publique locales, un responsable municipal ayant même admis ignorer ce financement, alors que d'autres participants aux mêmes réunions avec TerraCycle en avaient connaissance.

Ces schémas de financement volontaire par l'industrie s'inscrivent dans une logique distincte de celle des cadres réglementaires de responsabilité élargie du producteur (REP). Ces derniers s’appuient sur la logique polleur-payeur et visent à imposer aux fabricants une obligation légale et chiffrée de financer la gestion de leurs déchets et de ne pas en externaliser les coûts sur la collectivité et les contribuables. Il s’agit d’une obligation positive et non d'une initiative volontaire.

Concernant le lancement du service de recyclage des dispositifs de vapotage en 2026, aucun financement par un fabricant de tabac (BAT, Philip Morris International, JTI, Altria) n'apparaît dans le communiqué ni dans la couverture presse disponible à ce jour. Contrairement aux programmes de recyclage des mégots, ce service se présente comme une offre commerciale payante, facturée au client final plutôt que financée par un metteur sur le marché. TerraCycle exploite par ailleurs un programme comparable en Nouvelle-Zélande, VapeCycle, mis en place par deux marques locales de vape indépendantes, VAPO et alt.

Recycler ces produits reste, dans les faits, complexe et dangereux

Au-delà de la question du financement, il faut rappeler que le recyclage des dispositifs de vapotage se heurte à des obstacles techniques et sanitaires structurels, qu'aucun service de collecte ne supprime à lui seul. Chaque dispositif combine une batterie lithium-ion, des circuits électroniques, des plastiques et des résidus de liquide nicotiné, un mélange de matériaux qui nécessite des filières de traitement spécifiques et coûteuses, très différentes du recyclage classique. Les batteries lithium-ion, en particulier, sont instables si elles sont mal manipulées : selon l'organisation britannique Material Focus, elles sont responsables d'incendies récurrents dans les centres de traitement des déchets, avec plus de 700 départs de feu par an liés à l'élimination incorrecte d'appareils électriques contenant des piles.

Sur le plan sanitaire, la nicotine résiduelle contenue dans les pods constitue elle-même un polluant qui ne peut pas être recyclé avec le reste de l’appareil, ce qui explique pourquoi TerraCycle choisit l'incinération pour cette composante plutôt que le recyclage matière. Quant aux métaux lourds et minéraux critiques (lithium, cobalt, cuivre) contenus dans les batteries, leur perte en décharge représente à la fois un risque de pollution des sols et des nappes phréatiques et un gaspillage de ressources dont la demande devrait pourtant fortement augmenter avec la transition énergétique.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] TerraCycle launches national recycling service for nicotine vape devices, ROI-NJ, publié le 29 juillet 2026, consulté le jour-même

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