Un risque de stagnation mondiale des politiques de sensibilisation aux dangers du tabac
15 août 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 17 août 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Au cours des deux dernières décennies, les connaissances des adultes qui fument sur les dangers du tabac ont peu progressé à l’échelle internationale. Une étude publiée dans BMJ Open s’est appuyée sur deux grandes sources de données, le projet International Tobacco Control (ITC), qui couvre 26 pays entre 2002 et 2022, et le Global Adult Tobacco Survey (GATS), qui couvre 32 pays entre 2008 et 2020. Les chercheurs ont observé que, sur plus de 240 000 adultes interrogés, les niveaux d’information sont restés élevés pour le lien entre tabac et cancer du poumon, mais nettement plus faibles pour les maladies cardiovasculaires et pour les effets du tabagisme passif[1].
Des risques bien identifiés comme les cancers du poumon
Le principal enseignement de l’étude est la forte reconnaissance du lien entre cigarette et cancer du poumon. Dans les données les plus récentes disponibles pour chaque pays, 92,2 % des adultes fumeurs interrogés dans les pays ITC savaient que le tabagisme pouvait provoquer un cancer du poumon. La proportion atteignait 91,9 % dans les pays couverts par le GATS. Ce résultat confirme que le cancer du poumon est devenu le risque sanitaire le plus solidement associé au tabagisme dans la connaissance du grand public. Les campagnes de prévention, les avertissements sanitaires et la visibilité de cette maladie dans l’espace public ont probablement contribué à cette forte sensibilisation.
Cette connaissance n’est toutefois pas totalement homogène. Dans le groupe ITC, le niveau de connaissance du risque de cancer du poumon a progressé de manière statistiquement significative en Chine, aux Pays-Bas, au Bangladesh et en Inde. À l’inverse, il a diminué au Japon, en Allemagne, en France, en Roumanie, en Russie et en Turquie. Ces évolutions ne permettent pas, à elles seules, d’identifier les causes précises des changements observés. Elles peuvent être liées à la fréquence et au contenu des campagnes de sensibilisation, à l’évolution des avertissements figurant sur les produits, aux politiques de contrôle du tabac ou encore à la transformation des représentations sociales du tabagisme.
Les risques cardiovasculaires sont moins bien compris
La connaissance des effets cardiovasculaires de l’usage du tabac est sensiblement moins élevée que celle du risque de cancer du poumon. Dans les pays ITC, 84,7 % des adultes fumeurs savaient que le tabagisme pouvait provoquer une maladie cardiaque. Dans les pays GATS, 80 % savaient qu’il pouvait entraîner un infarctus. La connaissance du risque d’accident vasculaire cérébral était encore plus faible : elle concernait 75 % des personnes interrogées dans les pays ITC et 66,1 % dans les pays GATS.
Cette lacune est importante du point de vue de la santé publique. Le tabac est souvent associé, dans les représentations collectives, aux maladies respiratoires et aux cancers. Son rôle dans les maladies cardiovasculaires peut être moins visible, alors même que les mécanismes en cause sont multiples : atteinte des vaisseaux sanguins, augmentation du risque de thrombose, élévation de la pression artérielle et aggravation de l’athérosclérose.
Le tabagisme passif reste un angle mort
La connaissance des risques associés au tabagisme passif est généralement inférieure à celle concernant le tabagisme actif. Dans les pays ITC, 77,3 % des adultes fumeurs savaient que l’exposition au tabagisme passif pouvait provoquer un cancer du poumon chez les personnes qui ne fument pas. Dans les pays GATS, cette proportion atteignait 82,1 %. La connaissance des effets cardiovasculaires du tabagisme passif était plus limitée. Dans les données ITC, 61,8 % des participants savaient que cette exposition pouvait provoquer un infarctus. Dans les données GATS, 72,5 % associaient le tabagisme passif aux maladies cardiaques chez les non-fumeurs.
Là encore, les résultats diffèrent fortement selon les pays. Dans les données ITC, la connaissance du risque de cancer du poumon lié au tabagisme passif a progressé de manière significative en Australie, en Chine, en Inde, au Bangladesh et en Thaïlande. Elle a cependant reculé en Allemagne, en Nouvelle-Zélande, en France et en Uruguay. Pour la connaissance du risque d’infarctus associé au tabagisme passif, des progrès ont été observés au Bangladesh, en Inde, aux Pays-Bas, au Kenya et en Chine. Des baisses ont, à l’inverse, été enregistrées en Australie, en Malaisie, au Japon et en Nouvelle-Zélande.
Dans les pays GATS, le Vietnam est le seul pays à avoir enregistré une progression significative pour les deux indicateurs relatifs au tabagisme passif. Ces résultats témoignent d’une évolution très hétérogène selon les contextes nationaux.
Une progression moyenne presque nulle
Malgré les efforts de prévention engagés depuis plusieurs décennies, l’évolution générale des connaissances apparaît très limitée. Le changement net moyen observé pour les cinq indicateurs n’était que de 0,14 point de pourcentage par an, ce qui correspond à une progression proche de zéro. L’accident vasculaire cérébral est le seul indicateur à avoir progressé en moyenne dans les deux ensembles de données. À l’inverse, la connaissance du lien entre tabagisme et cancer du poumon a légèrement diminué dans les deux bases, malgré un niveau de départ très élevé.
Dans la plupart des pays et pour la majorité des risques étudiés, aucune évolution statistiquement significative n’a été observée. Les tendances nationales se répartissent donc entre trois situations : une amélioration de la connaissance pour certains risques, une stabilité durable, et un recul de la sensibilisation dans certains pays et pour certains indicateurs.
Ces résultats ne signifient pas que les campagnes d’information sont sans effet. Ils montrent plutôt qu’un niveau élevé de connaissance sur un risque donné peut être difficile à maintenir et qu’une information générale sur la dangerosité du tabac ne garantit pas une compréhension précise de l’ensemble des maladies concernées.
Des implications pour les politiques de prévention du tabac
Les auteurs estiment que les politiques de lutte contre le tabagisme devraient davantage insister sur les risques cardiovasculaires et du tabagisme passif. Parmi les nombreuses recommandations de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS (CCLAT), les avertissements sanitaires clairs et visibles, les campagnes médiatiques de masse et les environnements sans tabac pourraient être mobilisés de manière complémentaire.
Les messages de prévention pourraient notamment rappeler que le tabac ne provoque pas seulement des cancers, mais aussi des infarctus et des accidents vasculaires cérébraux ; expliquer que les maladies cardiovasculaires peuvent survenir sans symptômes respiratoires préalables ; préciser que le tabagisme passif expose également les non-fumeurs à des risques graves ; renouveler régulièrement les messages afin d’éviter une banalisation ou une perte d’attention ; ou encore adapter les campagnes aux niveaux de connaissance propres à chaque pays et à chaque groupe social.
La connaissance ne suffit toutefois pas, à elle seule, à modifier les comportements. Une personne peut savoir que le tabac est dangereux tout en continuant à fumer en raison de la dépendance à la nicotine, de son environnement social, du stress, de difficultés économiques ou d’un accès insuffisant à l’aide au sevrage. Les auteurs soulignent donc l’importance d’associer l’information à des mesures de soutien, à des environnements sans tabac et à des dispositifs accessibles d’accompagnement à l’arrêt.
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[1]Chung-Hall J., Fong G.T., Meng G., et al., Changes in knowledge of the major harms of tobacco smoking and secondhand smoke exposure among adults who smoke: findings from 26 countries of the International Tobacco Control (ITC) Project (2002–2022) and 32 countries of the Global Adult Tobacco Survey (GATS) (2008–2020), BMJ Open, publié le 4 août 2026, consulté le 7 août 2026