Arrêter de fumer après un diagnostic de cancer reste bénéfique

3 octobre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 25 septembre 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Arrêter de fumer après un diagnostic de cancer reste bénéfique

Dans son huitième rapport de synthèse des données probantes, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) souligne que l’arrêt du tabac après un diagnostic de cancer peut améliorer considérablement la survie et réduire le risque de progression de la maladie. Ce rapport est présenté au Congrès mondial du cancer de l’Union internationale contre le cancer (UICC), qui se tient à Hong Kong le 25 septembre 2026.

Le tabagisme est responsable d’environ un quart des décès par cancer dans le monde. Si les bénéfices de l’arrêt du tabac pour prévenir l’apparition de cancers sont largement établis, une idée reçue persiste : une fois le cancer diagnostiqué, arrêter de fumer ne permettrait plus d’améliorer significativement la situation. Selon le CIRC, les données disponibles au cours de la dernière décennie montrent pourtant que l’arrêt du tabac après un diagnostic de cancer peut être associé à une amélioration de la survie[1].

En appui de son rapport, le CIRC a participé à deux études de cohorte et une étude de modélisation dont elle présente les principaux enseignements.

Une étude sur les bénéfices du sevrage tabagique après diagnostic du cancer du poumon

Une étude menée conjointement par le CIRC et le Centre national de recherche médicale en oncologie N.N. Blokhin, en Russie, a suivi pendant plusieurs années 517 personnes pour lesquelles un cancer du poumon non à petites cellules de stade IA à IIIA venait d’être diagnostiqué. Ces personnes fumaient encore au moment du diagnostic. Parmi elles, 220, soit 42 %, ont arrêté de fumer au cours du suivi, dont 80 % dans les trois mois suivant le diagnostic.

Les personnes ayant arrêté de fumer ont vécu en moyenne 22 mois de plus que celles ayant continué à fumer. Cinq ans après le diagnostic, la survie globale atteignait 60,6 % chez les personnes ayant arrêté, contre 48,6 % chez celles ayant continué. La survie sans progression était respectivement de 54,4 % et 43,8 %. Après prise en compte de plusieurs facteurs, l’arrêt du tabac était associé à une diminution de 33 % du risque de décès toutes causes confondues, de 25 % du risque de décès lié au cancer et de 30 % du risque de progression de la maladie par rapport aux fumeurs. Des bénéfices étaient observés chez les patients présentant des cancers à un stade précoce comme à un stade plus avancé, ainsi que chez les fumeurs ayant des historiques de consommation différents.

Des résultats également observés pour le cancer du rein

Une seconde étude a porté sur 212 personnes atteintes d’un carcinome rénal qui fumaient au moment du diagnostic. Elles ont été suivies pendant huit ans en moyenne.  Au cours de cette période, 84 personnes, soit 40 %, ont arrêté de fumer, là encore principalement dans les trois mois suivant le diagnostic.

À trois ans, le taux de décès était de 6 % chez les personnes ayant arrêté de fumer, contre 24 % chez celles ayant continué. À cinq ans, ces taux étaient respectivement de 15 % et 40 %. Après ajustement sur différentes caractéristiques des patients, du cancer et des traitements, l’arrêt du tabac était associé à une diminution de 50 % du risque de décès toutes causes confondues, de 46 % du risque de décès lié au cancer et de 55 % du risque de progression de la maladie par rapport aux fumeurs. Les bénéfices en matière de survie étaient observés quel que soit le stade du cancer, y compris chez les patients atteints d’un cancer de stade IV.

Intégrer l’arrêt du tabac aux soins oncologiques

Au-delà des résultats cliniques, le CIRC présente également des données concernant l’intérêt économique d’une intégration de l’aide au sevrage tabagique dans les soins oncologiques. Une analyse menée du point de vue du National Health Service (NHS) britannique a évalué le rapport coût-efficacité d’une prise en charge proposée dès le diagnostic du cancer. Selon cette analyse, les coûts supplémentaires associés à l'obtention d'une année de vie ajustée sur la qualité de vie (QALY) étaient estimés entre 2 606 livres sterling (3 030 euros) pour le cancer du poumon et 5 495 livres (6 390 euros) pour les cancers de la tête et du cou. Ces montants étaient inférieurs au seuil de 20 000 livres (23 000 euros) par QALY généralement utilisé dans cette analyse comme référence pour déterminer si une intervention présente un rapport coût-efficacité acceptable. L'intégration directe de la prise en charge du sevrage dans les parcours de soins était également associée à un bénéfice monétaire net par rapport à une simple orientation vers un service extérieur : celui-ci était estimé à 1 543 livres (1 794 euros) par patient atteint d'un cancer du poumon et à 5 362 livres (6 235 euros) par patient atteint d'un cancer du rein. À l'échelle du NHS, une intégration systématique des services d'aide à l'arrêt du tabac dans les parcours de cancérologie était estimée susceptible de générer environ 88 millions de livres (102 millions d’euros) d'économies par an.

À partir de ces résultats, le CIRC considère que la prise en charge du tabagisme doit être intégrée aux soins des personnes atteintes de cancer, plutôt que proposée uniquement sous la forme d'une orientation vers des services extérieurs. L'agence recommande aux professionnels de santé d'évaluer la consommation de tabac de tous les patients atteints de cancer à chaque contact clinique, puis de proposer une prise en charge du sevrage quel que soit le type ou le stade de la maladie. Elle appelle également les pouvoirs publics à financer durablement les dispositifs de prise en charge de la dépendance au tabac et à garantir un accès gratuit ou subventionné aux traitements pharmacologiques du sevrage.

Le CIRC recommande par ailleurs d'intégrer le traitement de la dépendance au tabac aux recommandations nationales et aux standards de qualité en cancérologie, ainsi que de renforcer la formation des professionnels de l'oncologie. Les organisations de patients sont également invitées à informer les personnes atteintes de cancer et leur entourage sur les bénéfices de l'arrêt du tabac, notamment en matière de résultats thérapeutiques, de progression des traitements et de prévention de la récidive du cancer.

Dans ses recommandations de politique publique, l'agence préconise notamment de développer les interventions de sevrage directement dans les structures de soins en cancérologie, y compris dans les parcours préopératoires, de réduire les obstacles financiers et géographiques à l'accès aux traitements et aux conseils, et de mettre en place des indicateurs permettant de suivre le recours à ces dispositifs, leur qualité et leurs résultats. Elle souligne également l'intérêt d'un accompagnement psychosocial adapté aux difficultés spécifiques rencontrées par les personnes atteintes de cancer, notamment le stress, la culpabilité ou la peur.

Le CIRC rappelle toutefois qu’il s’agit d’une synthèse de travaux de recherche et non une revue systématique de l'ensemble des données disponibles. Les résultats présentés doivent donc être lus dans le cadre des études originales sur lesquelles ils reposent.

©Génération Sans Tabac

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[1]Tobacco cessation after cancer diagnosis: a fundamental component of cancer care, IARC Evidence Summary Briefs, No. 8, Lyon, France: International Agency for Research on Cancer, publié le 23 septembre 2026, consulté le 24 septembre 2026

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