Marchés parallèles du tabac : le rapport KPMG au service du narratif de l’industrie

26 juin 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 26 juin 2026

Temps de lecture : 23 minutes

Marchés parallèles du tabac : le rapport KPMG au service du narratif de l’industrie

La publication du rapport KPMG 2025 consacré à la consommation illicite de cigarettes en Europe intervient dans un contexte marqué par les discussions européennes sur la fiscalité du tabac[1]-[2], la révision de la directive sur les produits du tabac[3] et le renforcement des politiques de lutte contre le tabagisme. Selon le cabinet mandaté par le cigarettier Philip Morris, 52,2 milliards de cigarettes consommées en Europe en 2025 relèveraient du « marché parallèle », soit environ 10 % de la consommation totale des 38 marchés étudiés. Très largement relayé par l’industrie du tabac et certains acteurs économiques, ce rapport présente la France comme le principal marché européen de la cigarette illicite et suggère que les politiques fiscales ambitieuses conduiraient à une hausse du commerce illicite[4].

Commandité par Philip Morris Products SA, le rapport repose sur une méthodologie régulièrement contestée dans la littérature scientifique[5]-[6]-[7] et par plusieurs organismes publics. Surtout, ses conclusions apparaissent en décalage avec les données issues des travaux menés par les autorités françaises[8]-[9]-[10]-[11], qui estiment les marchés parallèles en France à un niveau significativement inférieur et majoritairement composé d’achats transfrontaliers qui peuvent être légaux.

Les données publiques disponibles montrent par ailleurs que, malgré la persistance de marchés parallèles, les volumes concernés diminuent fortement depuis plusieurs années dans un contexte de recul structurel du tabagisme. Cette réalité conduit à replacer le débat dans une perspective plus large : celle des différentiels de fiscalité au sein de l’Union européenne, des stratégies d’approvisionnement des fabricants de tabac, et des failles du système européen actuel de suivi et de traçabilité des produits du tabac.

Un rapport financé par Philip Morris reposant sur une méthodologie contestée

Le rapport KPMG 2025 s’inscrit dans une série d’études annuelles commanditées par Philip Morris Products SA depuis près de vingt ans[12]. Dès les premières pages du document, KPMG précise que l’étude a été réalisée dans le cadre d’un contrat privé conclu avec Philip Morris et que le périmètre des travaux, les sources mobilisées ainsi que les limites méthodologiques ont été définis avec le bénéficiaire du rapport. Le cabinet indique également ne pas avoir cherché à vérifier de manière indépendante la fiabilité des informations utilisées et avoir supposé l’exactitude des données issues de sources publiques ou tierces.

Bien qu’il soit régulièrement présenté comme une étude de référence sur le commerce illicite du tabac en Europe, ce rapport demeure en réalité un travail financé et construit avec l’un des principaux fabricants mondiaux de tabac, dont les intérêts économiques sont directement concernés par la question des marchés parallèles, les débats relatifs à la fiscalité et à la réglementation des produits du tabac[13]. En France, les conclusions de cette publication font l’objet chaque année d’un plan de communication massive.  L’industrie du tabac et certaines organisations représentatives des buralistes dénoncent par ce biais les politiques fiscales nationales et les stratégies de réduction du tabagisme mises en œuvre par les pouvoirs publics.

Le rapport repose principalement sur des enquêtes de « ramasse-paquets » (“empty pack surveys”) et sur des données issues des fabricants de tabac ou d’agences mandatées par ceux-ci. Cette méthodologie, qui demeure particulièrement opaque, fait l’objet de critiques récurrentes dans la littérature scientifique et parmi plusieurs institutions publiques. Les enquêtes de ramasse-paquets constituent une modalité pour évaluer le commerce illicite mais plusieurs conditions ne sont pas réunies dans le cas de l’étude KPMG. En particulier les zones de collecte ne sont pas du tout représentatives et un biais majeur est introduit avec la sélection de lieux touristiques ou frontaliers. Ainsi la présence d’un paquet étranger dans l’espace public ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’existence d’un achat illicite. Un paquet peut provenir d’un consommateur étranger en visite en France, d’un consommateur Français en déplacement à l’étranger ou venu acheter des produits du tabac dans le respect des seuils autorisés par la réglementation européenne (achat transfrontalier). Le rapport additionne des catégories de nature très différente, achats transfrontaliers légaux, achats en duty free, contrebande, contrefaçon ou encore « illicit whites », contribuant à produire des chiffres particulièrement spectaculaires sur les « marchés parallèles ». Cette approche tend à brouiller la distinction entre comportements licites et activités criminelles organisées et ainsi à gonfler le phénomène.

D’une manière générale, la part de contrefaçon apparaît particulièrement importante et en progression dans le rapport. Or le secteur de fabrication des produits du tabac est particulièrement restreint et cette sur-représentation de la part de la contrefaçon vise essentiellement à faire apparaître l’industrie comme victime et non comme partie prenante de ces marchés. La responsabilité des fabricants se trouve en effet engagée si le produit est irrégulier et émane des usines des fabricants et ce, au regard de leurs obligations de contrôle de la chaîne d’approvisionnement[14]. Aussi ont-ils tout intérêt à présenter les produits hors du circuit légal comme étant contrefaits. Sur un plan pratique, l’identification des produits contrefaits repose directement sur des analyses réalisées par les fabricants de tabac eux-mêmes. Ce sont donc les principaux cigarettiers qui déterminent si des paquets portant leurs marques sont authentiques ou contrefaits, sans mécanisme indépendant systématique de vérification publique, ce qui constitue un conflit d’intérêt méthodologique majeur.

Les auteurs affirment que la France représenterait à elle seule près de la moitié du marché parallèle européen, alors même que la consommation totale de cigarettes continue officiellement de diminuer dans l'ensemble des 38 marchés étudiés (-4,1 % en 2025). Cette évolution ne permet pas, à elle seule, de remettre en cause les conclusions du rapport. Elle souligne néanmoins la nécessité d'interpréter ces estimations avec prudence et d'examiner attentivement les hypothèses méthodologiques retenues pour expliquer simultanément le recul de la consommation globale et l'importance croissante attribuée aux marchés parallèles.

À cela s’ajoutent des redressements statistiques que le rapport ne détaille pas suffisamment. KPMG applique en effet des corrections aux données brutes issues des enquêtes de ramasse-paquets, notamment pour tenir compte du taux de collecte, de la représentativité géographique ou des volumes de consommation estimés, sans que les paramètres et hypothèses retenues soient rendus publics ou soumis à une vérification indépendante. Ces ajustements peuvent avoir un impact significatif sur les résultats finaux, sans que leur justification soit établie et contrôlable par des tiers.

Des chiffres particulièrement spectaculaires pour le marché français

Le rapport KPMG affirme que la France représenterait à elle seule 49,1 % du marché parallèle européen des cigarettes. Ce chiffre, particulièrement élevé, contribue fortement à construire l’image d’une situation française présentée comme « hors de contrôle » et alimente chaque année les discours particulièrement alarmistes relayés par l’industrie du tabac et certains représentants des buralistes qui les disséminent de manière continue auprès des décideurs publics (parlementaires notamment) et des médias.

Une telle estimation doit toutefois être interprétée avec prudence. Elle découle directement des choix méthodologiques retenus par KPMG, notamment de l’agrégation de catégories très différentes au sein des « marchés parallèles ». Elle apparaît également en décalage avec les travaux menés par les autorités publiques françaises[15], qui décrivent une réalité plus nuancée et principalement liée aux achats transfrontaliers légaux.

Cette présentation très alarmiste du cas français n’est pas surprenante au regard de la politique fiscale forte adoptée par le pays il y a quelques années et qui a fortement contribué à réduire la prévalence dans le pays. La France est ainsi particulièrement visée afin de prévenir la généralisation de cette stratégie de fortes hausses dans les autres pays et empêcher la poursuite d’une politique fiscale forte dans le pays. L’objectif de communication poursuivi à travers ce rapport est d’installer l’idée selon laquelle les politiques de santé publique, et en particulier la fiscalité du tabac, seraient directement responsables d’une explosion du commerce illicite[16]. Or, les données publiques disponibles montrent au contraire une diminution importante des volumes consommés hors réseau dans un contexte global de recul du tabagisme.

Des estimations très supérieures aux données publiques françaises

Le rapport KPMG estime que 53,6 % des cigarettes consommées en France proviendraient du « marché parallèle », dont 41 % relèveraient de la catégorie « contrefaçon et contrebande » (« Counterfeit and Contraband »). La France serait ainsi, selon le rapport, le principal marché européen pour les cigarettes illicites.

Ces résultats apparaissent toutefois très éloignés des estimations produites par les organismes publics français et les études menées auprès des fumeurs. La dernière étude financée par la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) et la MILDECA estime la part du marché parallèle entre 11 % et 20 % de la consommation nationale, avec une moyenne de 17,7 %[17].

Les travaux de Santé publique France et de l’OFDT[18] aboutissent à des conclusions comparables. Selon leurs données, près de 80 % des fumeurs français déclarent avoir acheté leur dernier paquet au moment de l’enquête auprès d’un buraliste, tandis que les achats réalisés hors réseau relèvent majoritairement d’achats transfrontalier légaux dans les limites fixées ou effectués à l’étranger. Moins de 1 % des répondants déclarent avoir acheté leur dernier paquet dans la rue à la sauvette.

Des estimations difficilement conciliables avec les tendances épidémiologiques observées

Les estimations avancées par KPMG soulèvent également des interrogations quant à leur cohérence avec les tendances épidémiologiques observées en France. Le rapport indique en effet que la consommation totale de cigarettes en France (légale et illégale confondues) serait passée de 51,53 milliards de cigarettes en 2021 à 49,54 milliards en 2025, soit une baisse relativement limitée d’environ 3,9 % sur la période.

Dans le même temps, les données de santé publique montrent un recul particulièrement marqué du tabagisme en France ces dernières années (Santé publique France, 2025; OECD, 2023; WHO, 2023). Selon certaines estimations, la prévalence tabagique quotidienne aurait diminué d’environ 38,8 % sur la période. Rapportées entre elles, ces évolutions impliqueraient mécaniquement une augmentation estimée d’environ 57 % de la consommation individuelle des fumeurs restants afin de maintenir des volumes globaux aussi élevés.

Une telle évolution est en contradiction avec les données et tendances observées depuis plusieurs années en matière de réduction du tabagisme, de diminution des volumes consommés et de transformation des comportements d’achat dans les différentes enquêtes.

Les marchés parallèles en France : un phénomène principalement transfrontalier dans un contexte de diminution des volumes

Les travaux publics disponibles convergent pour montrer que les marchés parallèles en France sont avant tout liés aux achats transfrontaliers. Cette situation s’explique principalement par les écarts de fiscalité au sein de l’Union européenne, notamment avec certains pays frontaliers comme le Luxembourg, l’Allemagne ou l’Espagne et par le sur-approvisionnement de ces marchés par les fabricants de tabac en vue de vendre à des fumeurs frontaliers. Cette situation explique l’essentiel des achats réalisés en dehors du réseau national des buralistes, sans pour autant relever systématiquement du commerce illicite de la part des consommateurs. Ces achats sont en revanche rendus possible par la stratégie délibérément mise en place par les fabricants[19].

Cette situation affaiblit au moins pour partie l’efficacité des politiques de santé de hausse des taxes dans les territoires frontaliers. Selon le CNCT, les achats hors réseau des buralistes peuvent représenter jusqu’à 30 % de la consommation dans certains départements frontaliers. Cette réalité contribue ainsi à renforcer certaines inégalités territoriales de santé : les régions frontalières présentent une prévalence tabagique supérieure en moyenne de 2,5 points à celle des régions non frontalières et une incidence plus importante des pathologies associées et de la mortalité attribuable au tabac.

Pour autant, contrairement au discours particulièrement alarmiste régulièrement porté par l’industrie du tabac et certains acteurs économiques, les données publiques montrent une diminution importante des volumes concernés au cours des dernières années. Sur la base des données publiques, le CNCT indique que les marchés parallèles étaient évalués à 21 772 tonnes en 2012, et sont passés à 8 081 tonnes en 2023, soit une baisse de près de 63 %[20]. Cette stabilité relative en valeur depuis le début des années 2000, documentée par l’OFDT dès 2005[21] (achats transfrontaliers estimés entre 21,3 % et 22,7 % des ventes chez les buralistes) et 2012[22] (part hors réseau d’environ 20 %), contredit l’idée d’une explosion imputable aux hausses fiscales récentes.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de recul du tabagisme en France. La baisse de la prévalence tabagique observée depuis plusieurs années, associée aux politiques de prévention, aux augmentations de prix et au renforcement de la réglementation, a induit une diminution des volumes globaux consommés, y compris hors réseau. Les marchés parallèles demeurent ainsi un enjeu sanitaire, économique et fiscal réel, mais leur évolution ne permet pas de conclure à un échec des politiques de lutte contre le tabagisme. Il apparaît au contraire que le succès même de ces politiques publiques contribue à réduire ce problème de marchés parallèles.

Une lecture européenne orientée contre les politiques fiscales de santé publique

Au-delà du seul cas français, le rapport KPMG construit un récit visant à associer directement la hausse de la fiscalité du tabac à une progression du commerce illicite. Le document insiste à plusieurs reprises sur le fait que les pays appliquant les prix les plus élevés seraient également ceux connaissant les niveaux les plus importants de consommation illicite[23], citant régulièrement la France, l'Irlande, le Royaume-Uni, et plus récemment la Belgique ou les Pays-Bas qui ont précisément adopté des augmentations de textes ces toutes dernières années. Selon le rapport, les cigarettes relevant de la catégorie « contrefaçon et contrebande » représenteraient 41 % de la consommation en France, 35 % en Irlande ou encore 32 % au Royaume-Uni, une présentation qui tend à établir un lien quasi mécanique entre fiscalité élevée et développement du commerce illicite.

Le rapport reconnaît que plusieurs États européens sont simplement des pays de transit en matière de commerce illicite, ce qui est le cas de la France mais sans en réduire le poids au niveau national.

Le rôle essentiel des fabricants de tabac dans les marchés parallèles

Le rapport occulte surtout la responsabilité directe des fabricants de tabac dans ces marchés parallèles. S’agissant notamment de la France, l’importance des achats transfrontaliers est rendue possible essentiellement par le fait que les fabricants sur-approvisionnent les marchés frontaliers, par exemple au Luxembourg, sachant que leurs produits pourront être vendus à des fumeurs français frontaliers. Or les codes d’identification unique apposés par les cigarettiers sur leurs produits au moment de la fabrication doivent indiquer le marché de destination et le nombre émis devrait correspondre à la prévalence du marché concerné. Ainsi depuis plusieurs décennies, les fabricants soutiennent que l'augmentation de la fiscalité favoriserait mécaniquement la contrebande afin d’occulter leurs propres responsabilités dans ces marchés parallèles. L’absence de publication de rapports sur les données du système de suivi et de traçabilité s’inscrit du reste dans cette opacité des pratiques. Une telle publication permettrait en effet de documenter combien certains débitants frontaliers sont alimentés sans aucun rapport avec le marché local concerné.

Cette omission de la responsabilité des fabricants de tabac apparaît d’autant plus problématique que plusieurs enquêtes institutionnelles et journalistiques ont documenté des situations de sur-approvisionnement délibéré dans divers pays européens. Selon les données du rapport KPMG lui-même, 88 % des cigarettes vendues au Luxembourg ne sont pas consommées par des résidents luxembourgeois, ce qui représente un volume de 5,36 milliards de cigarettes pour une consommation intérieure estimée à 0,64 milliard. Ces volumes excédentaires ne peuvent résulter que de décisions commerciales prises par les fabricants en connaissance de cause[24].

Outre les pratiques de sur-approvisionnements de marchés frontaliers, plusieurs enquêtes institutionnelles et journalistiques documentent des cas d’implication directe de fabricants dans des circuits illicites. En 2023, British American Tobacco a accepté de payer 629 millions de dollars pour solder des poursuites américaines relatives à des ventes illicites de tabac à la Corée du Nord[25]. Des enquêtes menées par l’OCCRP[26] en Afrique de l’Ouest ont mis en lumière le rôle de PMI et BAT dans le sur-approvisionnement de marchés à haut risque, contribuant au financement de milices armées et à la déstabilisation régionale[27]. Ces éléments rappellent que, loin d’être une simple victime du commerce illicite, l’industrie du tabac en est parfois un acteur direct.

Pourtant la stratégie discursive des fabricants bénéficie d'une forte caisse de résonance médiatique : chaque année, les chiffres les plus élevés du rapport sont largement relayés, souvent sans mise en perspective méthodologique ni comparaison avec les données des organismes publics indépendants. Cette asymétrie contribue à marginaliser les analyses mettant en lumière les enjeux structurels liés aux stratégies d'approvisionnement des fabricants et aux limites du système européen actuel de suivi et traçabilité. Or c'est précisément ce dernier point qui constitue l'enjeu central : l’absence d’indépendance juridique, économique et surtout organisationnelle (choix des prestataires, auditeurs) à l’égard de l’industrie du tabac[28]. La documentation de cette responsabilité directe dans l’alimentation des marchés parallèles constitue l’un des arguments les plus solides pour justifier que les fabricants de tabac ne puissent pas se voir confier, même partiellement, la gestion ou le financement des systèmes de suivi et de traçabilité des produits du tabac.

Une approche centrée sur les pertes fiscales et sécuritaires

Le rapport KPMG insiste sur les conséquences économiques du commerce illicite, en estimant les pertes fiscales à près de 19,4 milliards d’euros pour les États européens en 2025, dont plusieurs milliards d’euros pour la France. Ces estimations découlent directement des volumes de marchés parallèles avancés dans le rapport lui-même : elles sont donc aussi contestables que les données sur lesquelles elles reposent.

Cette mise en avant des pertes fiscales contribue à cadrer le débat sous un angle essentiellement budgétaire et sécuritaire, qui tend à occulter les bénéfices sanitaires associés aux politiques de réduction du tabagisme. Les données publiques montrent en effet que la baisse des recettes fiscales liées au tabac reflète avant tout une diminution réelle de la consommation, ce qui constitue précisément l’objectif des politiques de santé publique, et non un transfert massif vers les marchés illicites.

Mettre pleinement en œuvre les dispositions du protocole de lutte contre le commerce illicite

Le rapport KPMG présente les marchés parallèles résultant exclusivement de politiques fiscales fortes et n’aborde pas le problème au niveau de l’offre. Cette approche est pourtant considérée comme essentielle dans la lutte contre les marchés parallèles. C’est notamment le sens du Protocole de l’OMS pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac, entré en vigueur depuis 2018[29]. Ce dernier a été ratifié à ce jour par 69 Parties dont la France, l’Union européenne et d’autres Etats membres. Il prévoit plusieurs mesures destinées à agir directement sur les causes structurelles du phénomène. Le traité insiste notamment sur la nécessité de contrôler l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement des produits du tabac, incluant un système de suivi et de traçabilité pleinement indépendant de l’industrie du tabac et la limitation des volumes mis sur chaque marché au regard de la demande domestique des pays concernés[30].

Dans ce contexte, plusieurs organisations de santé publique, dont le CNCT et Smoke Free Partnership (SFP), appellent à réviser l’actuelle dispositif européen et à le renforcer en intégrant cette dernière disposition. Ces organisations soulignent notamment les insuffisances du système actuel et le caractère non conforme du dispositif au regard du Protocole de lutte contre le marché illicite des produits du tabac[31].

Le CNCT et SFP plaident ainsi pour une révision de l’article 15 de la directive européenne sur les produits du tabac afin de garantir un système de traçabilité pleinement conforme aux exigences du Protocole de l’OMS et strictement indépendant. Les deux organisations soutiennent également la mise en place de mécanismes de quotas au niveau des volumes d’approvisionnement par pays, conformément à l’article 7 du Protocole, afin de limiter les situations de sur-approvisionnement observées dans certains États membres.

Cette approche vise à replacer la question des marchés parallèles dans une perspective structurelle, européenne voire internationale, centrée sur le contrôle des flux, des approvisionnements et des responsabilités des différents acteurs de la chaîne du tabac, plutôt que sur une remise en cause des politiques de santé publique fondées sur la réduction du tabagisme.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Revision of the Tobacco Taxation Directive, Commission européenne

[2] Revision of the Tobacco Taxation Directive In “A new plan for Europe's sustainable prosperity and competitiveness”

[3] Revision of the Tobacco Products Directive, Commission européenne

[4] Communiqué, Le marché parallèle, premier buraliste de France, PMF, publié le 3 juin 2026

[5] Gilmore AB, Rowell A, Gallus S, et al Towards a greater understanding of the illicit tobacco trade in Europe: a review of the PMI funded ‘Project Star’ report Tobacco Control 2014;23:e51-e61.

[6] Cadahia P, Golpe A, Martín-Álvarez JM, Asensio E. Measuring anomalies in cigarette sales using official data from Spanish provinces: Are the anomalies detected by the Empty Pack Surveys (EPSs) used by Transnational Tobacco Companies (TTCs) the only anomalies?. Tobacco Induced Diseases. 2021;19(December):98. doi:10.18332/tid/143321.

[7] World Bank Group. (2019). Confronting Illicit Tobacco Trade: A Global Review of Country Experiences. Washington, DC: World Bank Group. Available at: World Bank report

[8] Santé publique France, OFDT, L’approvisionnement en tabac des fumeurs en France, .014-2022. Mars 2024.  https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2024-05/approvisionnement_tabac_2022.pdf

[9] INSEE, Les approvisionnements à l’étranger représentent au moins 9,5 % des ventes de tabac en France. Février 2024.  https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/version-html/7764897/ia94.pdf

[10] OFDT, L’approvisionnement en tabac des fumeurs en France : 2014-2022. Mars 2024.

https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2024-05/approvisionnement_tabac_2022.pdf

[11] Assemblée nationale. Rapport d’information relatif à l’évolution de la consommation de tabac et du rendement de la fiscalité applicable aux produits du tabac pendant le confinement et aux enseignements pouvant en être tirés. 2021.  https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion_fin/l15b4498_rapportinformation

[12] Gilmore, A.B., Rowell, A., Gallus, S., Lugo, A., Joossens, L. & Sims, M. (2014). Towards a greater understanding of the illicit tobacco trade in Europe: a review of the PMI-funded 'Project Star' report. Tobacco Control, 23(e1), e51-e61.

[13] Ross, H., Gallagher, A. & Stoklosa, M. (2016). Assessing the validity of tobacco industry-funded research on illicit tobacco trade. Tobacco Control.

[14] World Bank Group. (2019). Confronting Illicit Tobacco Trade: A Global Review of Country Experiences. Washington DC.

[15] Étude TAFE 2025 : 17,7 % du tabac échappe à la fiscalité nationale. 31 octobre 2025.

https://www.douane.gouv.fr/actualites/etude-tafe-2025-177-du-tabac-echappe-la-fiscalite-nationale

[16] Smith KE, Savell E, Gilmore AB. (2011). What is known about tobacco industry efforts to influence tobacco tax? A systematic review. Tobacco Control.

[17] Étude TAFE 2025 : 17,7 % du tabac échappe à la fiscalité nationale. 31 octobre 2025.

https://www.douane.gouv.fr/actualites/etude-tafe-2025-177-du-tabac-echappe-la-fiscalite-nationale

[18] Santé publique France, OFDT, L’approvisionnement en tabac des fumeurs en France, .014-2022. Mars 2024.  https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2024-05/approvisionnement_tabac_2022.pdf

[19] Joossens L, Raw MProgress in combating cigarette smuggling: controlling the supply chain Tobacco Control 2008;17:399-404.

[20] François Topart, TABAC & MARCHÉS PARALLÈLES, Une analyse critique des données et de l'influence de l'industrie du tabac dans le débat public, CNCT, 2025

[21] OFDT. Estimation des achats transfrontaliers de cigarettes, 2004-2007.  https://bdoc.ofdt.fr/doc_num.php?explnum_id=9069

[22] OFDT. L’observation du marché illicite de tabac en France. Juin 2012.

https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2023-11/field_media_document-4644-doc_num--explnum_id-12996-.pdf

[23] Smith KE, Savell E, Gilmore AB What is known about tobacco industry efforts to influence tobacco tax? A systematic review of empirical studies Tobacco Control 2013;22:e1.

[24] François Topart, TABAC & MARCHÉS PARALLÈLES, Une analyse critique des données et de l'influence de l'industrie du tabac dans le débat public, CNCT, 2025

[25] U.S. Department of Justice. (2023). British American Tobacco Pleads Guilty and Agrees to Pay More Than $629 Million for Bank Fraud and Sanctions Violations Related to North Korea. https://www.justice.gov/opa/pr/british-american-tobacco-pleads-guilty-and-agrees-pay-more-629-million-bank-fraud-and

[26] OCCRP – Big Tobacco and the Illicit Tobacco Trade in West Africa https://www.occrp.org/en/big-tobacco

[27] Bureau of Investigative Journalism https://www.thebureauinvestigates.com/stories/2021-07-06/big-tobacco-smuggling-west-africa

[28] Smoke Free Partnership. (2023). Recommendations on the revision of the EU Tobacco Track and Trace System.

[29] WHO FCTC Secretariat. (2018). Protocol to Eliminate Illicit Trade in Tobacco Products.

[30] WHO Framework Convention on Tobacco Control. Guidelines for implementation of Article 5.3.

[31] Stopping Tobacco Organisations and Products (STOP). (2020). Exposing the Tobacco Industry's Influence over EU Track and Trace.

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