Le Tadjikistan annonce son intention d’interdire les cigarettes électroniques
29 décembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 23 décembre 2025
Temps de lecture : 7 minutes
Le Tadjikistan a annoncé son intention d’interdire l’utilisation, la production et la distribution des cigarettes électroniques[1]. Cette orientation a été présentée lors de la quatrième session du Majlisi Milli, la chambre haute du parlement tadjik, le Majlisi Oli. Le président Rustam Emomali a indiqué que cette décision vise à renforcer la protection de la santé publique, en particulier celle des jeunes et des adolescents, face aux risques associés au vapotage. Cependant, le tabac classique reste bien plus ancré dans la population tadjike, surtout chez les hommes, et l’absence de dispositions pour ces produits suggère une très faible volonté de réglementer ce secteur en dépit des engagements pris par le pays au titre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) depuis 2013.
Des préoccupations sanitaires mises en avant pour interdire le vapotage
La décision d’interdire les cigarettes électroniques s’appuie sur les conclusions d’experts médicaux soulignant les effets nocifs de la cigarette électronique. L’usage de ces produits est associé à des troubles respiratoires, à une incidence sur le fonctionnement cardiovasculaire et des premières suspicions commencent à être établies pour certains cancers.
Au Tadjikistan, les cigarettes électroniques sont pour l’instant assimilées aux produits du tabac dans la réglementation existante et soumises à la loi sur la limitation de l'usage des produits du tabac[2]. Leur présentation sur les lieux de vente et leur vente aux mineurs de moins de 18 ans sont d’ores et déjà interdites.
La réglementation prévoit en principe que ces produits soient vendus dans leur emballage d’origine tel que mis sur le marché par le fabricant ou l’importateur, non reconditionné, non fractionné et non modifié au niveau du point de vente. Celui-ci doit comporter des avertissements sanitaires relatifs aux risques, rédigés dans la langue officielle, conformément aux exigences applicables aux produits du tabac.
Les informations concernant les ingrédients et les substances cancérigènes, entre autres, doivent être clairement indiquées et présentées dans une taille minimale. Le vapotage est interdit dans certains lieux publics, ainsi que dans les véhicules privés en présence de mineurs de moins de 16 ans.
D’après un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui couvre plusieurs pays européens et d’Asie centrale, la consommation actuelle de cigarettes électroniques chez les adolescents âgés de 15 ans au Tadjikistan est faible comparée à celle d’autres pays et à l’échelle mondiale : environ 2 % chez les garçons et moins de 1 % chez les filles ont déclaré vapoter au cours des 30 derniers jours précédant l’enquête de 2021-2022[3]. Toutefois, l’OMS a alerté sur la progression du vapotage chez les jeunes, les adolescents y ayant recours beaucoup plus fréquemment que les adultes.
Une mesure d’interdiction inscrite dans une dynamique régionale et mondiale
L'interdiction proposée alignerait ainsi le Tadjikistan sur les pays voisins d'Asie centrale, où l’interdiction des cigarettes électroniques se généralise. La plupart des pays d'Asie centrale ont en effet déjà imposé une interdiction totale des cigarettes électroniques[4] :
Au Turkménistan, les cigarettes électroniques sont totalement interdites de facto depuis 2023 dans le cadre d'une politique stricte de lutte contre la nicotine. Pionnier dans la région, le pays affiche un objectif d’éradication complète du tabagisme.
Au Kazakhstan, depuis 2024, la vente, la distribution et l'importation de cigarettes électroniques sont interdites, sous peine de sanctions administratives et pénales.
Le Kirghizistan, depuis le 1er juillet 2025, a interdit l'importation, la vente et l'utilisation des cigarettes électroniques, et de lourdes amendes sont prévues en cas de violation de la disposition.
Enfin, l’Ouzbékistan, depuis le 27 novembre 2025, interdit totalement la production, le stockage, la vente, la distribution, le transport et l’utilisation des cigarettes électroniques et des e-liquides associés, avec des sanctions comprenant des amendes et d'éventuelles peines d'emprisonnement.
Ailleurs dans le monde, des mesures similaires ont récemment été mises en place notamment au Mexique, illustrant une tendance internationale au renforcement du contrôle des produits contenant de la nicotine ou des substances apparentées. D’autres pays comme la Russie, le Costa Rica, la Malaisie et les Philippines ont du reste récemment annoncé leur intention d’interdire les cigarettes électroniques dans le proche futur.
Au total, au moins 46 pays ont pour l’heure interdit la vente et la distribution des cigarettes électroniques[5] selon les recensements internationaux disponibles.
Le tabagisme classique est bien plus élevé, mais la volonté politique dans ce domaine semble faible
Ces mesures essentielles de protection sanitaire ne doivent pas occulter le fait que le tabagisme classique est particulièrement élevé dans le pays.
D’après Tobacco Atlas, 16,9 % des hommes tadjiks de 15 ans et plus fumaient en 2019 (pour seulement 1,3 % des femmes), et le tabac classique était responsable de 8,4 % des décès prématurés et évitables en 2021[6].
Le coût social du tabac était au moment de l’enquête de 491 millions de somoni (45 millions d’euros) perdus pour l’État tadjik en dépenses de santé et pertes de productivité chaque année, soit environ 0,4 % du PIB national.
Dans un contexte de faible transparence réglementaire, propice à l’influence des acteurs économiques, l’industrie semble influente dans le pays comme de façon globale dans les pays d’Asie centrale à faible réglementation sanitaire et environnementale, commercialisant ses produits de manière agressive auprès des jeunes et populations à faibles revenus. Au Tadjikistan, un fumeur doit dépenser en moyenne 9,3 % du PIB par habitant pour acheter 100 paquets de cigarettes par an parmi les plus populaires.
De plus, Tobacco Atlas relevait au moment de son enquête que le pays n’avait mené aucune campagne nationale antitabac, ni mis en œuvre les interdictions prévues dans le traité de l’OMS notamment en matière de publicité, promotion et parrainage du tabac, ou encore n’avait alloué aucun financement pour l’application de la loi antitabac, ni mis en place aucun service de sevrage tabagique.
Seule l’application stricte de toutes les mesures de la CCLAT, et une protection des politiques de santé publique contre l’interférence des intérêts commerciaux, conformément à l’article 5.3, pourrait permettre au pays d'atteindre efficacement des objectifs de santé publique.
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[1]2firsts, Tajikistan Signals Plan to Ban Use, Production and Circulation of E-Cigarettes, publié le 16 décembre 2025, consulté le même jour
[2]Global State of Tobacco Harm Reduction, E-cigarette vaping in Tajikistan, mis à jour le 2 septembre 2022, consulté le 16 décembre 2025
[3]World Health Organization, A focus on adolescent substance use in Europe, central Asia and Canada. Health Behaviour in School-aged Children international report from the 2021/2022 survey. Volume 3, publié le 25 avril 2024, consulté le 16 décembre 2025
[4]Asia-plus, Tajikistan to introduce full ban on vapes, publié le 16 décembre 2025, consulté le même jour
[5]Global Center for Good Governance in Tobacco Control, E-CIGARETTE BAN & REGULATION: Global Status as of May 2025, publié le 4 juin 2025, consulté le 16 décembre 2025
[6]Drope J, Hamill S, Country profile: Tajikistan, The Tobacco Atlas, New York: Vital Strategies and Economics for Health, consulté le 16 décembre 2025