Tobacco Control Scale 2025 européen : de fortes disparités réglementaires mais des progrès possibles

24 mai 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 22 mai 2026

Temps de lecture : 8 minutes

Tobacco Control Scale 2025 européen : de fortes disparités réglementaires mais des progrès possibles

Le nouveau Tobacco Control Scale 2025 dresse un état des lieux contrasté de la lutte antitabac en Europe[1]. Le rapport couvre 37 pays et mesure leurs politiques sur 100 points, à partir de huit domaines, dont les prix (taxes), les espaces sans tabac, l’interdiction de toute publicité, les avertissements sanitaires, l’aide au sevrage tabagique, les limites d’âge, les campagnes médiatiques d’ampleur, la lutte contre le commerce illicite et la protection contre l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques publiques. Cette édition introduit deux nouveautés : un score spécifique sur les limites d’âge et une nouvelle méthode d’évaluation des campagnes médiatiques.

Le constat central est préoccupant : pour la première fois, davantage de pays ont vu leur score baisser en 2025 qu’augmenter. Le rapport attribue ce recul à deux facteurs principaux : la réglementation insuffisante des produits du tabac chauffé, souvent traités différemment des cigarettes, et l’absence d’ajustement suffisant des taxes à l’inflation. Les auteurs parlent d’un signal clair de stagnation, voire de régression, dans plusieurs pays européens.

La France parmi les pays les mieux classés mais l’Irlande reste l’exemple à suivre

L’Irlande arrive en tête avec 80 points sur 100, devant le Royaume-Uni (78), les Pays-Bas (76), la France (73), puis la Norvège (66) et la Finlande (65). La Belgique et la Slovénie rejoignent cette année le groupe des pays les mieux notés, avec 64 et 62 points. Au total, neuf pays obtiennent au moins 60 points, ce qui les place dans le groupe de tête.

Le rapport souligne que ces pays ont en commun des politiques plus cohérentes sur les prix, la publicité et les espaces sans tabac. Il met aussi en avant l’existence de paquets neutres, des restrictions très fortes sur la publicité/promotion et une meilleure prise en charge du sevrage dans plusieurs d’entre eux. La France, par exemple, reste bien classée malgré une prévalence encore élevée. Le rapport souligne cependant que la récente baisse du tabagisme quotidien de 25 % en 2021 à 18 % en 2024 renvoie à l’arsenal de mesures adoptées. Néanmoins, l’Irlande reste le modèle à atteindre : premier du classement, il a été notamment le premier pays au monde à interdire de fumer dans les bars et restaurants, affiche le niveau de prix le plus élevé parmi les pays de l’UE et réglemente les produits du tabac chauffés au même titre que les cigarettes, freinant le développement de ces nouveaux produits sur le marché. Le pays est également engagé dans un meilleur contrôle de l’offre et de la distribution au détail. Depuis le mois de février 2026, les détaillants souhaitant vendre des produits du tabac doivent s’acquitter d’une redevance annuelle de 1 000 € pour obtenir une telle licence et de 800 € pour vendre des substances à inhaler contenant de la nicotine.

L’édition de ce rapport régulièrement publié depuis 2005 intègre également des dispositions nouvelles. Ainsi pour la première fois, l’accent est placé sur l’âge d’accès aux produits du tabac, devenu une mesure structurante et mobilisatrice pour la sortie programmée du tabac d’un pays. La Lettonie est ainsi devenue le premier pays européen à relever l’âge légal à 20 ans en 2025 auquel il est possible de vendre du tabac, et plus récemment, le Royaume-Uni avec l’adoption de l’interdiction générationnelle de vente constitue une référence : le Tobacco and Vapes Bill prévoit en effet d’interdire la vente aux personnes nées à partir du 1er janvier 2009. Pour les auteurs, ces mesures illustrent la direction que pourrait prendre la politique européenne si elle veut réellement empêcher une nouvelle génération de consommateurs dépendants.

Des faiblesses structurelles dans de nombreux pays européens

À l’autre extrémité du classement, 19 pays sur 37 n’atteignent pas 50 points, seuil que le rapport considère comme le niveau minimal d’une politique efficace. Les scores les plus faibles sont enregistrés en Bosnie-Herzégovine (20 points) et en Suisse (33 points). Huit pays obtiennent même moins de 45 points, contre cinq seulement dans l’édition précédente de 2021.

Le texte insiste tout particulièrement sur l’enjeu des politiques fiscales et pointe les carences de ces politiques dans un contexte d’inflation élevée entre 2020 et 2024. Seuls 4 pays sur 37 ont amélioré leur score sur ce volet : les Pays-Bas, la Belgique, la Slovénie et la Slovaquie. Le Royaume-Uni et l’Irlande restent les pays avec les prix du tabac les plus dissuasifs, alors que la Turquie et la Fédération de Russie figurent parmi les moins bien classés sur ce point.

Le problème du tabac chauffé, une faille réglementaire dans la lutte antitabac

Le rapport alerte également sur un problème récurrent : dans plusieurs pays, les produits du tabac chauffé ne sont pas réglementés comme les cigarettes alors qu’ils sont des produits du tabac et devraient être réglementés de manière similaire. C’est l’une des raisons principales des baisses de score observées en Roumanie, en Italie et en Tchéquie.

Dans ce cadre, l’Italie est particulièrement critiquée pour avoir laissé se développer une forte publicité pour les produits chauffés, y compris dans la presse écrite. La Tchéquie et la Roumanie sont elles aussi en retard en matière d’interdiction de fumer et d’encadrement des nouveaux produits. Le rapport considère ces exemptions comme des « failles » qui fragilisent les progrès réalisés sur le tabac combustible.

Les recommandations du rapport, inspirées des bonnes pratiques et rattachées au traité de l’OMS

Ainsi le Tobacco Control Scale formule-t-il une série de recommandations qui s’appuient sur la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par tous les pays étudiés pour ce classement à l’exception de la Suisse.

Les auteurs du rapport appellent tous les pays, quand ce n’est pas déjà le cas, à se fixer un objectif de « sortie du tabac » (« endgame ») à échéance et à renforcer les politiques globales de lutte antitabac.

Ils rappellent que les produits du tabac chauffé doivent être réglementés comme les cigarettes traditionnelles (avec des règles similaires en termes de taxation, d’interdiction de publicité, d’arômes, de consommation des lieux publics et à usage collectif…). L’adoption du paquet neutre pour tous les produits du tabac fait partie des mesures de base de même que l’encadrement des produits nicotiniques, incluant pour les produits du tabac la suppression du filtre.

En outre, ces auteurs exhortent les autorités à adopter un nouveau texte de taxation européen prévoyant d’augmenter les minimas de perception et de réduire les écarts entre produits. Ils prônent l’extension des espaces sans tabac ni aérosols, l’interdiction de la publicité et de l’exposition des produits en point de vente.

Par ailleurs, ils encouragent à développer l’aide à l’arrêt du tabac et à mener régulièrement des campagnes d’information grand public.

Enfin, ils préconisent de renforcer la lutte contre le commerce illicite en ratifiant le Protocole de la CCLAT visant à éliminer le commerce illicite des produits du tabac, lequel prévoit un système de suivi et de traçabilité strictement indépendant de l’industrie du tabac, et la possibilité de limiter les approvisionnements des marchés en lien avec leur prévalence tabagique.

Pour parvenir à l’adoption et mise en œuvre de cet arsenal de mesures qui se renforcent les unes les autres, il est indispensable que les dispositions de protection des politiques publiques à l’égard de l’interférence de l’industrie du tabac s’appliquent pleinement conformément à l’article 5.3 de la CCLAT. Le rapport souligne que les pays qui ont obtenu de moins bons résultats comme Chypre qui assure actuellement la présidence européenne, sont en grande partie ceux qui font actuellement obstruction aux mesures fortes dans le processus de révision de la directive sur la taxation des produits. Erin Roman, directrice de la coalition européenne antitabac Smoke Free Partnership, en appelle à ne pas céder au lobby du tabac et à viser une politique de santé publique la plus ambitieuse possible[2].

©Génération Sans Tabac

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[1]Joossens L., Abbink H., Roman E., The Tobacco Control Scale 2025 in Europe, Brussels: Smoke Free Partnership, publié le 20 mai 2026, consulté le 21 mai 2026

[2]Dalers op Tobacco Control Scale frustreren EU-beleid, TabakNee, publié le 21 mai 2026, consulté le même jour

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