Une proposition de taxe sur le principe « pollueur-payeur » au Royaume-Uni

3 juin 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 2 juin 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Une proposition de taxe sur le principe « pollueur-payeur » au Royaume-Uni

Une étude menée par le Groupe de recherche sur la lutte antitabac de l'Université de Bath et le Groupe de recherche sur les addictions de l'Université de Sheffield, publiée dans la revue Social Science & Medicine, a examiné l’effet d’un plafonnement des prix de gros du tabac, combiné à une hausse des taxes, en Angleterre[1]. Les auteurs concluent qu’une telle mesure pourrait à la fois réduire la consommation, générer des recettes fiscales supplémentaires et diminuer les inégalités de santé. L’étude part du constat que les fabricants de tabac disposent encore d’une forte marge de manœuvre pour ajuster leurs prix et préserver leurs profits, y compris après les hausses de taxes. Les chercheurs estiment que cette capacité à jouer sur les prix limite l’efficacité des politiques fiscales classiques.

Une modélisation sur vingt ans

Les auteurs ont utilisé le Sheffield Tobacco and Alcohol Policy Model pour simuler l’évolution de la consommation, des dépenses, des revenus fiscaux et des effets sanitaires chez 250 000 adultes en Angleterre âgés de 18 à 89 ans, sur la période 2025-2044. Six scénarios ont été testés, allant d’un plafonnement de prix de gros souple à un plafonnement strict, avec des hausses de taxe ajustées en conséquence.

Le principe retenu consiste à faire baisser les prix de gros les plus élevés tout en compensant cette baisse par une hausse des droits d’accise, afin de maintenir le prix moyen du tabac à un niveau stable. Selon les auteurs, cette approche vise surtout à réduire le pouvoir de fixation des prix par l’industrie, plutôt qu’à faire porter l’effort financier sur les consommateurs et les détaillants.

Des gains sanitaires et des recettes publiques en hausse

Dans le scénario le plus ambitieux, un plafond de 0,035 livre (4 centimes d’euro) par cigarette de gros, appliqué immédiatement, s’accompagnerait d’une hausse de 23,6 % des droits spécifiques. À l’horizon 2030, ce scénario réduirait la prévalence du tabagisme de 0,08 point de pourcentage, soit 35 437 fumeurs en moins par rapport au scénario de référence. Sur vingt ans, le même scénario serait associé à 1 636 décès en moins, 43 987 années de vie perdues évitées et 10 073 hospitalisations de moins. Les gains seraient particulièrement marqués dans les groupes les plus défavorisés, ce que les auteurs interprètent comme un effet favorable sur les inégalités sociales de santé.

L’étude montre aussi que la mesure ferait reculer les revenus de l’industrie du tabac, tout en augmentant ceux de l’État. Dans le scénario le plus strict, les recettes fiscales liées au tabac progresseraient de 4,9 milliards de livres (5,6 milliards d’euros) sur cinq ans, tandis que les revenus de l’industrie diminueraient de 7,8 milliards de livres (9 milliards d’euros) sur la même période. Les auteurs soulignent que, même dans les scénarios intermédiaires, le dispositif reste compatible avec une hausse des recettes publiques. Dans leur modélisation, les dépenses moyennes des personnes qui fument restent globalement stables, ce qui suggère que l’essentiel du transfert financier se ferait du secteur privé vers la puissance publique.

Des écarts selon les revenus

L’un des résultats les plus marquants concerne la dimension sociale. Dans le quintile le plus défavorisé, la prévalence du tabagisme atteint 24,6 %, contre 7,44 % dans le quintile le moins défavorisé. Les auteurs rappellent aussi que les taux de mortalité attribuables au tabac et les hospitalisations sont nettement plus élevés dans les zones les plus pauvres.

Selon eux, un plafonnement des prix de gros, combiné à une fiscalité plus forte, toucherait plus directement les produits les moins chers, souvent davantage consommés par les ménages modestes. Le mécanisme pourrait donc renforcer l’effet incitatif à l’arrêt dans les groupes les plus exposés au tabac.

Une piste de politique publique en accompagnement de mesures antitabac fortes

Les auteurs présentent leur travail comme un outil d’aide à la décision pour les pays où la fiscalité tabac a déjà atteint des niveaux élevés, mais où l’industrie conserve une capacité à maintenir l’attractivité de ses produits. Ils estiment qu’une réglementation des prix de gros pourrait compléter les taxes classiques en limitant les stratégies de contournement des fabricants.

L’étude reste toutefois une modélisation, fondée sur des hypothèses de comportement des consommateurs et des entreprises. Les auteurs reconnaissent notamment des incertitudes sur les réactions à des hausses de prix plus fortes, sur les substitutions vers d’autres produits nicotiniques et sur le marché illicite.

L’étude défend néanmoins une conclusion claire : une politique combinant plafonnement des prix de gros et hausse des taxes pourrait rendre le tabac moins rentable pour l’industrie, tout en améliorant la santé publique et en réduisant les inégalités. Le Dr. Rob Branston, codirecteur du groupe de recherche sur la lutte antitabac de l'université de Bath et coauteur de l'étude, a déclaré qu’« en adoptant la loi sur le tabac et le vapotage, le gouvernement britannique a protégé toute une génération des effets néfastes du tabagisme. Nos recherches montrent qu'il est possible de renforcer ce leadership en s'attaquant aux profits colossaux d'une industrie qui tue plus de la moitié de ses consommateurs réguliers. »

Hazel Cheeseman, directrice générale d'Action on Smoking and Health UK, a ajouté : « Le public est massivement favorable à ce que les fabricants de tabac paient pour les dommages causés par leurs produits. Une taxe sur le principe du pollueur-payeur reflète une volonté publique claire de transférer le fardeau financier des contribuables vers une industrie qui profite de la dépendance et des maladies. […] Avec la baisse du tabagisme, les fumeurs sont de plus en plus désavantagés et subissent de plein fouet les méfaits du tabac. Il est donc primordial que les financements soient ciblés là où ils sont le plus nécessaires, afin d’aider les personnes à arrêter de fumer et de réduire les inégalités en matière de santé. »[2]

©Génération Sans Tabac

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[1]Duncan Gillespie, Damon Morris, Ryan Kai Le Chen, Alan Brennan, J. Robert Branston, Reducing tobacco supplier profits and pricing power: Modelling the impact of a tobacco price cap and tax increase on socioeconomic inequalities in England, Social Science & Medicine, Volume 402, publié le 28 mai 2026, consulté le 1 juin 2026

[2]Tobacco company levy could raise up to £4.9bn and prevent 10,000 hospital admissions, study suggests, University of Bath, publié le 28 mai 2026, consulté le 1 juin 2026

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