La Russie soutient une interdiction totale de la vente de cigarettes électroniques

16 novembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 14 novembre 2025

Temps de lecture : 7 minutes

La Russie soutient une interdiction totale de la vente de cigarettes électroniques

Les autorités russes envisagent d’interdire totalement la vente de cigarettes électroniques sur l’ensemble du territoire[1]. Le gouvernement a exprimé son soutien à cette proposition portée par des parlementaires et des acteurs de santé publique, estimant qu’il s’agit d’une mesure nécessaire pour protéger la population, notamment les jeunes. Selon les estimations de l’agence RIA Novosti, entre 3,5 et 4 millions de Russes utilisent actuellement des cigarettes électroniques, ce qui demeure bien moins que les 22,5 millions de fumeurs adultes russes estimés par Tobacco Atlas en 2022, soulignant une puissante emprise de l’industrie du tabac sur un pays dont les profits du tabac contribuent à financer l’économie de guerre.

Un projet soutenu par les pouvoirs publics et les autorités sanitaires

Selon l'agence TASS, le président, lors de sa visite dans un centre de démonstration et de sensibilisation aux sports adaptés à Samara, a approuvé l'idée d'une interdiction totale de la vente de cigarettes électroniques en Russie.

La présidente du mouvement « Patrie saine » a évoqué devant le chef de l’État les exemples de pays de la Communauté des États indépendants (CEI), une organisation intergouvernementale d’ex-pays alors liés à l’Union soviétique, et d’autres pays ayant déjà mis en place de telles interdictions. Le président a approuvé l’idée, précisant que le gouvernement, représenté par le vice-premier ministre, partageait cette position.

La Douma d’État (chambre basse du Parlement) s’est largement mobilisée en faveur de cette interdiction. Son président a qualifié les cigarettes électroniques de « poison liquide » et rappelé que 74 % des 265 000 personnes interrogées dans un sondage public soutiennent une interdiction complète. La Douma prévoit un projet de loi visant à interdire totalement les cigarettes électroniques dans toute la Russie lors de sa session d'automne, a déclaré le vice-président de la Douma[2].

Les autorités ont laissé entendre que la version finale du projet de loi pourrait également inclure des restrictions supplémentaires concernant la publicité et l'emballage des produits nicotinés.

Les mesures existantes au niveau fédéral, comme le bannissement de la vente de cigarettes électroniques aux mineurs en 2023, sont jugées insuffisantes par plusieurs députés.

Des expérimentations et mesures qui préparent l’interdiction nationale

Avec l’approbation du gouvernement et le soutien de l’agence de protection des consommateurs Rospotrebnadzor, le gouverneur de Nijni Novgorod a récemment mis en place régionalement un projet pilote d’interdiction des cigarettes électroniques, des e-liquides et du tabac chauffé. Le gouverneur a cité la protection de la santé des jeunes comme l'une des principales raisons justifiant cette mesure, ainsi que la volonté de dénormaliser socialement la pratique du vapotage.

En réaction, le gouverneur de la République du Daghestan a également proposé sa région pour un projet pilote d’interdiction totale de la vente de cigarettes électroniques au détail[4].

Vologda pourrait également être l'une des premières régions russes où les cigarettes électroniques seront interdites, puisque le gouverneur régional est connu pour être l'un des plus fervents opposants aux cigarettes électroniques[5].

« Une interdiction totale du vapotage devrait être introduite progressivement, dans des régions spécifiques et sous forme de projet pilote, accompagnée d'un mécanisme de contrôle complet, afin que cette pratique puisse ensuite être généralisée à l'échelle nationale », a souligné un membre de l'Association des avocats de Russie.

La Russie n’est pas seule dans cette situation puisque de nombreux pays ont déjà décidé d’interdire la vente des cigarettes électroniques. Dans l’ex-bloc soviétique, le Kazakhstan et le Turkménistan interdisent déjà la vente et la distribution de cigarettes électroniques et cette interdiction est également le fait d’un grand nombre de pays dans le monde[6].

La Russie reste un terreau très fertile pour l’industrie du tabac, qui contribue à financer une économie de guerre

Ces efforts pour lutter contre le vapotage ne sont pas aussi prononcés quand il s’agit du tabac classique. Pourtant, selon les données 2022 de Tobacco Atlas, 42 % des hommes et 14,8 % des femmes de 15 ans et plus seraient fumeurs en Russie, le tabagisme représentant en tout 9,3 % des décès dans le pays, ce qui constitue donc une cause de mortalité prématurée et évitable majeure. L’industrie du tabac est particulièrement présente en Russie depuis la chute de l’URSS : l’État russe a confié son monopole du tabac à des multinationales privées, dont les stratégies commerciales agressives ont provoqué une hausse rapide de la consommation[7].

Si une proposition de loi russe envisageait d’interdire la vente de produits du tabac et de la nicotine aux personnes nées après 2009, les grands fabricants de tabac comme Philip Morris International (PMI) et Japan Tobacco International (JTI) restent profondément ancrés dans l’économie russe et contribuent à soutenir financièrement l’économie de guerre contre l’Ukraine : en 2021, la Russie représentait environ 10 % des ventes de produits du tabac de Philip Morris et 6 % de son chiffre d'affaires net d’un montant de 31 milliards de dollars.  De même, Japan Tobacco tire 20 % de ses bénéfices globaux dans le tabac du marché russe, JTI emploie plus de 4 000 personnes et possède quatre usines en Russie.

En 2022, ces entreprises ont respectivement engrangé 7,9 milliards de dollars américains et 7,4 milliards en profit et elles ont versé à la Russie des centaines de millions d’impôt sur les bénéfices, 206 millions pour Philip Morris et 193 millions pour Japan Tobacco.

Initialement, PMI et JTI avaient annoncé leur intention de se retirer du marché russe à la suite de l'invasion de l'Ukraine. Cependant, ces deux géants du tabac ont finalement maintenu leur présence, invoquant les conséquences financières d’un départ pour eux et leurs investisseurs.

Les autorités ukrainiennes et plusieurs ONG ont dénoncé le rôle du secteur du tabac dans le financement indirect de la guerre en Ukraine. Les activités des fabricants de tabac constituent une source de revenus importante pour l’État russe, qui l’utilise pour financer son effort de guerre[8].

©Génération Sans Tabac

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[1]Big News Network, Putin backs total vape ban, publié le 7 novembre 2025, consulté le même jour

[2]Xinhua, Putin supports nationwide ban on vape sales in Russia, China Daily, publié le 7 novembre 2025, consulté le même jour

[3]Anton Kulikov, Putin Approves Nationwide Ban on Vape Sales in Russia, Pravda.Ru, publié le 6 novembre 2025, consulté le 7 novembre 2025

[4]2firsts, Dagestan Proposes Pilot Ban on E-Cigarette Sales, Submits Request to State Duma, publié le 21 octobre 2025, consulté le 7 novembre 2025

[5]2firsts, Feature | Vape Politics in Russia: Local Governments Push Forward Despite Legislative Deadlock, publié le 28 octobre 2025, consulté le 7 novembre 2025

[6]Global Center for Good Governance in Tobacco Control, E-CIGARETTE BAN & REGULATION: Global Status as of May 2025, publié en 2025, consulté le 13 novembre 2025A

[7]Génération sans tabac, L’État et le tabac : quand le promoteur est aussi l’autorité de réglementation, publié le 6 septembre 2025, consulté le 13 novembre 2025

[8]Génération sans tabac, Multinationales du tabac : des liens persistants avec la Russie et la Biélorussie malgré leurs annonces publiques, publié le 18 décembre 2024, consulté le 13 novembre 2025

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