Le Costa Rica envisage d’interdire les cigarettes électroniques et le tabac chauffé

10 décembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 10 décembre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Le Costa Rica envisage d’interdire les cigarettes électroniques et le tabac chauffé

Une députée de la majorité gouvernementale au Costa Rica, Ada Acuña, du Partido Progreso Social Democrático, a déposé le 18 novembre 2025 une proposition de loi visant à interdire totalement les dispositifs de vapotage, avec ou sans nicotine, et de tabac chauffé dans le pays[1]. Plusieurs pays de la région ont déjà interdit les cigarettes électroniques.

Un projet de loi contre les produits de vapotage et le tabac chauffé

Enregistrée sous le numéro 25.309, cette proposition prévoit l’interdiction de l’importation, de la vente, de l’utilisation, de la fabrication, de la distribution, du stockage, de la publicité et du transport des cigarettes électroniques et des dispositifs similaires sans nicotine.

Sont aussi concernés les produits du tabac chauffé, souvent assimilés aux cigarettes électroniques bien qu’il s’agisse de produits distincts contenant du tabac. De même, tous les composants des dispositifs seraient couverts par le champ de l’interdit : liquides, batteries, cartouches et accessoires.

Le texte prévoit également que le ministère de la Santé établisse une liste officielle de substances interdites liées à ces produits afin de prévenir de possibles contournements. La députée estime que la loi adoptée en 2021 pour encadrer ces dispositifs n’a pas permis d’en freiner la diffusion, en particulier chez les mineurs, des ventes sans contrôle d’âge ayant eu lieu via des services de livraison.

Des préoccupations sanitaires et économiques au cœur de la loi

La proposition met en avant des risques sanitaires associés au vapotage, tels que des brûlures, des atteintes pulmonaires chroniques, des troubles cardiovasculaires, des lésions oculaires et des dommages à différents organes. La députée souligne également le rôle des arômes sucrés et fruités, dont il existe plusieurs milliers de variétés, et celui du design moderne et rassurant des produits et de leur emballage suscitant une forte attractivité parmi les adolescents.

Elle rapporte 25 cas d’intoxication enregistrés par le ministère de la Santé cette année, principalement chez des jeunes âgés de 10 à 17 ans. En 2023, un jeune de 16 ans a passé 29 jours en soins intensifs en raison d'une affection pulmonaire liée au vapotage.

Le projet de loi prévoit l’abrogation de la loi n°10.066 actuelle qui soumet ces produits à une taxe de 20 %, dont les recettes sont destinées au système public de sécurité sociale pour financer des traitements liés aux maladies causées par le tabac.

Toutefois, selon les autorités, cette taxe n’aurait pas été effectivement perçue depuis plus d’un an, les pertes liées au tabac et la nicotine étant donc beaucoup plus élevées que les recettes.

Un mouvement d’interdiction régional et international

Le Costa Rica avait jusqu’ici mis en place une réglementation partielle, notamment en interdisant en 2024 les produits contenant de la nicotine synthétique ou des cannabinoïdes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) avaient alors appelé à un renforcement des politiques de contrôle.

L'avocat Larry Hans Arroyo a prévenu qu'une interdiction totale de ces produits sans application rigoureuse de la loi pourrait engendrer un marché noir, potentiellement plus dangereux. Le Réseau national antitabac a partagé cet avis, affirmant qu'un contrôle douanier et policier insuffisant pourrait permettre au crime organisé de combler le vide avec des produits toxiques et de mauvaise qualité. Jeancarlo Córdoba, spécialiste en santé publique au sein du réseau, a ajouté que la loi actuelle n'est pleinement en vigueur que depuis moins d'un an, jugeant prématuré de la qualifier d'inefficace et plaidant pour un renforcement de la réglementation plutôt que pour son abolition. L’industrie du tabac et de la nicotine reprend souvent cette même rhétorique afin de prôner une approche de la « réduction des risques » et empêcher les réglementations strictes et ambitieuses.

Au contraire, les partisans de l'interdiction affirment qu'elle privilégie la santé des enfants et des adolescents aux intérêts de l'industrie, sachant que le Costa Rica s’est engagé à défendre la santé publique de l’ingérence de l’industrie en ratifiant la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS le 21 août 2008. Si le projet de loi est adopté, cela alignerait le Costa Rica sur ses voisins comme le Panama et le Nicaragua dans une stratégie de prévention.

La proposition de loi, issue d’une initiative parlementaire individuelle, doit maintenant être inscrite à l’ordre du jour par l’exécutif pour être débattue en session extraordinaire du Parlement.

Dix pays d’Amérique latine ont déjà adopté une interdiction totale des cigarettes électroniques – l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique, le Nicaragua, le Panama, le Suriname, l’Uruguay et le Vénézuéla.

Dans le monde, 46 pays au total bannissent actuellement la vente et la distribution des cigarettes électroniques[2].

©Génération Sans Tabac

AD


[1]Tico Times, Costa Rica Eyes Complete Vape Ban to Combat Rising Teen  Use and Risks, publié le 2 décembre 2025, consulté le 3 décembre 2025

[2]Global Center for Good Governance in Tobacco Control, E-CIGARETTE BAN & REGULATION: Global Status as of May 2025, consulté le 3 décembre 2025

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser