Juul peut continuer à vendre des e-cigarettes saveurs tabac et menthol, selon la FDA
25 juillet 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 28 juillet 2025
Temps de lecture : 6 minutes
La Food and Drug Administration (FDA) a annoncé le 17 juillet 2025 que la marque de cigarettes électroniques Juul est désormais autorisée à continuer de vendre ses produits à la saveur de tabac et de menthol. Selon l’agence, les études fournies par Juul indiquent que ses dispositifs représentent une « alternative moins nocive » pour les fumeurs adultes qui arrêtent complètement de fumer au profit du vapotage. Cette autorisation concerne le système original de Juul, un dispositif réutilisable fonctionnant avec des cartouches de nicotine disponibles en deux dosages[1].
Des critiques persistantes sur le danger des Juul auprès des jeunes
Cette décision ne fait pas l’unanimité. De nombreux parents, élus et organisations de santé publique s’opposent fermement au maintien de Juul sur le marché. Ceux-ci estiment que l’entreprise porte une responsabilité importante dans la crise du vapotage chez les jeunes, amorcée à la fin des années 2010.
Pour Yolonda Richardson, directrice générale de l’organisation Campaign for Tobacco-Free Kids, c’est « un grand pas dans la mauvaise direction que d'autoriser la vente du produit qui est à l'origine de cette crise de santé publique ». L'utilisation des e-cigarettes Juul chez les lycéens a explosé, passant de 11,7 % en 2017 à 27,5 % en 2019. Selon l'enquête nationale 2024 sur le tabagisme chez les jeunes, Juul reste dans le top 5 des marques d'e-cigarettes les plus populaires auprès des jeunes Américains, avec 12,6 % des utilisateurs actuels d'e-cigarettes au collège et au lycée. Juul est même la troisième marque d'e-cigarettes la plus populaire parmi les consommateurs de produits du vapotage au collège[2].
L'American Lung Association (ALA) a également accusé Juul d'être à l'origine de la montée en flèche du vapotage chez les jeunes. « Il s'agit d'un grave faux pas », a déclaré Ranjana Caple, responsable du plaidoyer à l’ALA, dans un communiqué. « Juul est responsable de l'épidémie de vapotage chez les jeunes et ses produits ont rendu toute une génération d'enfants accros à la nicotine. Autoriser ces produits est le signe d'un échec cuisant en matière de protection de la santé publique »[3].
Juul, à son apogée, fut valorisée à plus de 13 milliards de dollars (11 milliards d’euros) mais l’entreprise a depuis dû supprimer des centaines d’emplois et verser plusieurs milliards de dollars en lien avec les recours engagés à son encontre.
Un parcours marqué par les recours en justice
Lancé en 2015 par deux étudiants de Stanford, Juul a connu un essor fulgurant grâce à ses dispositifs compacts très chargés en nicotine, et ses arômes goûts mangue, menthe ou encore crème brûlée. Le cigarettier Philip Morris Altria y avait acquis en 2018 une participation majoritaire.
En 2022, les actions en justice intentées par des familles d'utilisateurs de Juul, des districts scolaires, des administrations municipales et des tribus amérindiennes ont conduit l'entreprise à verser 1,7 milliard de dollars (1,46 milliard d’euros). L’accord passé a également imposé à l’entreprise de payer 1,1 milliard de dollars (945 millions d’euros) à l’attention d’États américains. La procédure avait notamment mis en exergue, via la publication de documents internes, l’ampleur des stratégies marketing visant à séduire un public très jeune.
Depuis ces actions en justice, Juul avait ainsi retiré du marché ses arômes fruités et sucrés, autrefois très prisés par les adolescents, pour se concentrer sur les saveurs tabac et menthol. Elle est devenue ainsi l’une des deux seules entreprises aux États-Unis, avec NJOY, autorisées à vendre des produits au menthol, une saveur particulièrement prisée par les adultes.
En 2022, la FDA avait initialement ordonné le retrait des produits Juul du marché, évoquant des données scientifiques insuffisantes de la part du fabricant et la présence possible de substances nocives. Toutefois, par suite d’un recours en justice engagé par le fabricant et alors que l’entreprise était en quasi-situation de banqueroute, l’agence fédérale a accepté de réévaluer le dossier. La décision rendue récemment n’équivaut pas à une approbation ou une promotion par la FDA : elle signifie simplement que le produit est considéré comme potentiellement bénéfique pour la santé publique si les fumeurs adultes s’en servent dans une optique de sevrage tabagique. Cinq produits de vapotage, incluant l'appareil Juul et les capsules Juul à saveur de tabac et de menthol, d'une concentration de nicotine de 3 % et de 5 % chacune, ont été de nouveau autorisés[4].
Juul espère désormais obtenir l’autorisation pour un nouveau dispositif et peut-être proposer à l’avenir de nouvelles saveurs. Aujourd’hui, la marque n’est plus en tête du marché, désormais dominé par Vuse du cigarettier British American Tobacco.
Ce sauvetage de Juul s’inscrit par ailleurs dans un contexte de forte influence de l’industrie du tabac sur l’administration Trump. Ce dernier, depuis sa réélection en janvier 2025, largement soutenue financièrement par une filiale du cigarettier Reynolds American, a notamment retiré les États-Unis de l’OMS et enterré l’interdiction des cigarettes mentholées. En outre, la FDA a été tout particulièrement visée par la nouvelle administration avec des licenciements en masse, notamment son responsable de la réglementation des produits du tabac et de la nicotine.
Les données récentes indiquent une baisse notable du vapotage chez les adolescents, notamment grâce à une surveillance accrue des produits non autorisés souvent importés de Chine, comme les cigarettes électroniques jetables Elf Bar. Mais Campaign for Tobacco-Free Kids rappelle que plus de 1,6 million de jeunes Américains utilisent encore des e-cigarettes, et près de 90 % d'entre eux consomment des produits de vapotage aromatisés. L’enjeu de la commercialisation de ses produits et des saveurs demeure important pour ce fabricant.
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[1]CBS News, Juul can keep selling tobacco and menthol e-cigarettes, FDA decides, publié le 17 juillet 2025, consulté le 18 juillet 2025
[2]Campaign for Tobacco-Free Kids, FDA’s Authorization of Juul Is a Big Step Backward for Preventing Youth E-Cigarette Use, publié le 17 juillet 2025, consulté le 18 juillet 2025
[3]Weixel Nathaniel, FDA reverses ban on sale of Juul e-cigarettes, The Hill, publié le 17 juillet 2025, consulté le 18 juillet 2025
[4]Rumney Emma, Bharat Mistry Anuja, FDA approves Juul's tobacco and menthol e-cigarettes, Reuters, publié le 18 juillet 2025, consulté le 18 juillet 2025