Des organisations de santé publique exhortent les États-Unis à augmenter les taxes sur le tabac
28 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 26 janvier 2026
Temps de lecture : 8 minutes
Un nouveau rapport publié par Campaign for Tobacco Free-Kids, l’American Heart Association, l’American Cancer Society, l’American Lung Association, Americans for Nonsmokers’ Rights et Truth Initiative recommande aux États américains d’augmenter significativement les taxes sur le tabac[1]. Selon ses auteurs, cette mesure permettrait à la fois de réduire la consommation de tabac et de générer des recettes supplémentaires destinées au financement de programmes essentiels de prévention et de santé publique. Néanmoins, le principal obstacle à cette mesure fondamentale de lutte antitabac, comme à d’autres mesures, demeure l’ingérence de l’industrie, dans un pays aux politiques de santé décentralisées très inégales et au gouvernement central hostile à l’OMS et ses recommandations.
La prévention et le sevrage du tabagisme largement sous-financés malgré l’urgence sanitaire
La publication de ce rapport intervient alors que les États préparent leurs budgets pour 2026, dans un contexte de déficits aggravés par les réductions récentes des financements fédéraux en matière de santé. Ont particulièrement été touchés le programme Medicaid et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), dont le Bureau de la lutte antitabac et de la santé a été supprimé. Ce dernier jouait pourtant un rôle déterminant dans les efforts nationaux de réduction du tabagisme et apportait une aide financière et technique essentielle à chaque État.
Le rapport souligne que les programmes de prévention et de sevrage tabagique restent fortement sous-financés. Pour l’exercice 2026, les États consacreront 728,6 millions de dollars (620 millions d’euros) à ces programmes, soit une diminution de 36,2 millions de dollars (30 millions d’euros) par rapport à 2025 et seulement 22 % des 3,3 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros) recommandés par les CDC.
Seul le Maine atteint les 100 % de financement préconisés par les CDC, tandis que huit autres États fournissent au moins 50 % des niveaux de financement recommandés. Dix-sept États y consacrent moins de 10 % des montants recommandés dont huit États qui dépensent moins de 5 % des niveaux de financement recommandés. Le New Hampshire n’alloue pour sa part aucun fonds public aux programmes de prévention du tabagisme[2].
À titre indicatif, les dépenses nationales déclarées de marketing de l’industrie du tabac — plus de 8,6 milliards de dollars (7,3 milliards d’euros) par an — dépassent de près de douze fois les budgets publics alloués à la prévention.
Or le tabagisme demeure la première cause de décès évitables aux États-Unis, avec près de 500 000 décès annuels et plus de 241 milliards de dollars (205 milliards d’euros) de coûts de santé, dont plus de 60 % sont financés par les contribuables via des programmes gouvernementaux comme Medicare et Medicaid.
Malgré une baisse continue, environ 26 millions d’adultes fument encore, soit près de 10 % des adultes américains, et plus de 2,25 millions de jeunes consomment des produits du tabac ou autres produits de la nicotine, dont plus de 1,6 million de vapoteurs.
De plus, l’épidémie nicotinique est d’autant plus entretenue que de nombreux produits aromatisés et fortement nicotinés sont distribués illégalement, alimentent la dépendance précoce chez les jeunes. En parallèle, l’industrie continue de promouvoir ses produits via des offres promotionnelles et des coupons de réduction.
Des gains de santé et financiers significatifs grâce à une hausse de 1,50 dollar par paquet
Les organisations signataires de ce rapport appellent ainsi à un renforcement coordonné de la fiscalité du tabac et du financement des politiques de prévention, notamment via le rétablissement par le Congrès du financement du programme de lutte antitabac des CDC, afin de consolider les progrès réalisés et de limiter l’impact sanitaire, économique et social du tabagisme.
Le rapport évalue les effets d’une augmentation de $1,50 (1,28 €) par paquet de cigarettes si elle était appliquée dans l’ensemble des cinquante États et à Washington, D.C., qui, en tant que capitale fédérale, ne fait pas partie des États de l'Union et dépend directement du Congrès.
Une telle mesure permettrait collectivement de prévenir l’entrée dans le tabagisme de 231 600 enfants, d’inciter 860 300 adultes à arrêter de fumer dès la première année et d’éviter 275 400 décès prématurés et évitables liés au tabac.
D’un point de vue financier, cela permettrait également d’économiser 14,3 milliards de dollars (12,1 milliards d’euros) de dépenses de santé à long terme, dont 363 millions de dollars (309 millions d’euros) pour Medicaid sur cinq ans, et de générer 6,1 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) de nouvelles recettes fiscales la première année.
Les données scientifiques nationales et de l’OMS rappellent pour leur part que l’augmentation des taxes sur le tabac représente la stratégie la plus efficace pour diminuer le tabagisme, en particulier chez les jeunes[3] : à l'échelle nationale d’un pays à haut revenu, chaque augmentation de 10 % du prix réel des cigarettes réduit le tabagisme chez les adultes d'environ 2 %, réduit le tabagisme chez les jeunes adultes d'environ 3,5 %, réduit le nombre d'enfants qui fument de 6 à 7 % et réduit la consommation globale de cigarettes d'environ 3 à 5 %.
Par ailleurs, cela diminue les maladies non transmissibles qui en découlent comme les cancers, les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et le diabète, contribuant ainsi à réduire les dépenses de santé à long terme.
Les auteurs insistent donc sur la dimension doublement gagnante de la mesure que ce soit sur le plan sanitaire comme des revenus.
L’interférence de l’industrie du tabac et de la nicotine dans les politiques publiques, premier obstacle à des réformes essentielles
L’OMS l'a ainsi résumé : « Les taxes sur le tabac sont efficaces. C'est pourquoi l'industrie investit autant d'argent et d'efforts pour bloquer les augmentations importantes des taxes et autres réformes fiscales efficaces. ».
Selon l’édition 2025 de l’indice mondial de l’interférence de l’industrie du tabac, qui mesure le degré d’interférence de l’industrie dans les politiques de santé publique, le pays était particulièrement mal classé. Il figure parmi les pays comme le Japon, la Géorgie, la Suisse et la République dominicaine où l’industrie est extrêmement influente : les cigarettiers y bénéficient encore d’un accès privilégié aux décideurs et participent à l’élaboration de réglementations permissives et inefficaces. Cette influence permet également aux cigarettiers de redorer leur image et promouvoir aisément tous leurs produits.
Le pays n’a jamais fait ratifier par le Sénat la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS, qu’elle vient par ailleurs de quitter[4]. L’absence des États-Unis du plus grand, et unique, traité international de santé publique, qui couvre 90 % de la population mondiale et combat l’épidémie tabagique par de nombreuses mesures éprouvées, comme les taxes sur le tabac mais aussi d’autres mesures non fiscales comme l’apposition d’avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes, interroge d’autant plus sur la présence des industriels du tabac dans les sphères décisionnelles américaines.
Ces mêmes industriels ont d’ailleurs été les plus gros donateurs de la campagne électorale de Donald Trump, militant pour affaiblir ou supprimer des projets de loi antitabac, et font partie des donateurs ayant contribué à la construction de la salle de bal de plusieurs centaines de millions de dollars de la Maison Blanche. La cheffe de cabinet de Trump a été accusée de lobbying en faveur de l’industrie du tabac, et plusieurs licenciements et remaniements au sein de la FDA et de la CDC ont fait craindre de graves conflits d’intérêt, ainsi qu'un possible assouplissement des règles de mise sur le marché de certains produits.
Toute cette perméabilité du cadre décisionnel permet ainsi à l’industrie de développer son récit de réduction de risque associé à sa stratégie marketing. Elle promeut ainsi largement ses nouveaux produits (cigarettes électroniques, tabac chauffé, snus, sachets de nicotine…), notamment auprès des adolescents et non-fumeurs, étant ainsi responsable d’une hausse inquiétante de ces produits chez les jeunes.
AD
[1]A State-by-State Look at the 1998 Tobacco Settlement 27 Years Later, Campaign for Tobacco-Free Kids, publié le 21 janvier 2026, consulté le 23 janvier 2026
[2]FY2026 State Rankings: States Ranked by Percent of CDC-Recommended Funding Levels, Campaign for Tobacco-Free Kids, consulté le 23 janvier 2026
[3]Raising cigarette taxes reduces smoking, especially among kids (and the cigarette companies know it), Campaign for Tobacco-Free Kids, publié le 23 décembre 2025, consulté le 23 janvier 2026
[4]Imogen Foulkes, Ottilie Mitchell, US officially leaves World Health Organization, BBC, publié le 23 janvier 2026, consulté le même jour