États-Unis : progression de l’usage des sachets de nicotine et persistance d’un vapotage élevé chez les jeunes
26 décembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 19 décembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Les dernières données de l’enquête Monitoring the Future 2025[1] aux Etats-Unis montrent que si l’usage de certaines substances addictives chez les adolescents continue de baisser, l’usage des produits de la nicotine demeure un enjeu de santé publique significatif. En effet, environ un jeune sur cinq déclare avoir utilisé un produit au cours des 30 jours précédant l’enquête, avec une proportion importante d’e-cigarettes et une croissance notable de l’usage des sachets de nicotine.
L’enquête Monitoring the Future est une étude épidémiologique nationale menée chaque année aux États-Unis auprès d’un échantillon représentatif d’élèves scolarisés en classes de 5e, 3e et terminale, correspondant à des cohortes de 12–13 ans, 14–15 ans et 17–18 ans. La collecte de données s’effectue au printemps et en début d’été par le biais de questionnaires auto-rapportés standardisés, permettant de suivre la prévalence de l’usage de divers produits psychoactifs, y compris les cigarettes classiques, les cigarettes électroniques (e-cigarettes) et d’autres produits contenant de la nicotine. Les résultats 2025 reposent sur les réponses de plus de 24 000 élèves scolarisés dans des établissements publics et privés.
Usage de produits du tabac et de nicotine : une stagnation globale, liée à un vapotage élevé
Les données 2025 de l’enquête montrent que, malgré des niveaux historiquement bas de tabagisme chez les adolescents, l’usage global de produits nicotinés demeure élevé et ne poursuit plus sa baisse. Cette stagnation est principalement due à l’usage cigarettes électroniques, désormais largement majoritaires parmi les formes de consommation de nicotine chez les jeunes. En 2025, 9 % des élèves de cinquième ont déclaré avoir utilisé une cigarette électronique au cours des douze derniers mois, ils sont 14 % parmi les élèves de troisième et 20 % pour les élèves de terminale. Ces niveaux restent proches de ceux observés avant la pandémie, confirmant l’installation durable du vapotage dans les pratiques adolescentes. En consommation récente, 15,7 % des adolescents avaient déclaré avoir vapoté au cours des 30 jours précédant l’enquête, traduisant une exposition régulière à la nicotine à un âge clé du développement cérébral.
À l’inverse, la consommation de cigarettes manufacturées poursuit une tendance de long terme à la baisse, mais atteint désormais un palier. En 2025, 2% des élèves de terminale déclarent avoir fumé des cigarettes au cours des 30 derniers jours, contre 1,4 % en troisième et moins de 1 % en cinquième. Ces résultats confirment que la baisse du tabagisme combustible ne s’accompagne pas d’une diminution équivalente de la consommation de nicotine chez les jeunes. La cigarette électronique s’impose comme le principal vecteur d’initiation et de maintien de la dépendance nicotinique à l’adolescence.
Croissance de l’usage de sachets de nicotine : une tendance inquiétante
L’enquête met aussi en évidence une hausse marquée de l’usage des sachets de nicotine chez les adolescents, phénomène qui s’accentue dans toutes les tranches d’âge étudiées. Chez les élèves de terminale (17-18 ans), 4,4 % déclarent avoir utilisé des sachets de nicotine au cours des 30 derniers jours, contre 1,2 % en 2023 et 0,8 % en 2021. De même, chez les élèves de troisième (14-15 ans), 3,1 % rapportent une consommation récente de sachets de nicotine en 2025, contre 0,9 % en 2023, tandis que chez les élèves de cinquième (12-13 ans), l’usage passe de 0,6 % en 2023 à 1,8 % en 2025. Ces chiffres confirment que l’adoption des sachets de nicotine n’est pas limitée aux seuls lycéens les plus âgés, mais concerne également les collégiens, avec une augmentation relative encore plus forte chez les plus jeunes.
Lorsque l’on étend l’analyse aux usages annuels, la prévalence cumulative renforce cette tendance émergente. Parmi les terminales, 6,7 % déclarent avoir expérimenté les sachets de nicotine au cours des 12 derniers mois, contre 2,1 % en 2023. Les élèves de troisième présentent un taux d’expérimentation de 4,5 % en 2025, en hausse par rapport à 1,3 % en 2023, et les élèves de cinquième atteignent 2,9 % d’expérimentation annuelle, contre 0,8 % deux ans plus tôt.
L’augmentation de ces usages, même si elle part de niveaux plus faibles que ceux des cigarettes électroniques, représente une diversification des formes de consommation de nicotine et un élargissement des sources d’exposition à la dépendance nicotinique chez les adolescents. Ces tendances mettent en évidence la nécessité d’adapter les stratégies de prévention et de réglementation pour intégrer ces produits émergents.
Des adolescents exposés à des produits nicotiniques non autorisés
Le maintien d’un usage élevé de la cigarette électronique, combiné à la progression rapide de nouveaux produits tels que les sachets de nicotine, traduit principalement une transformation des modes de consommation. Cette évolution demeure préoccupante, dans la mesure où l’initiation précoce à la nicotine favorise l’installation d’une dépendance durable et expose les adolescents à des effets délétères sur le développement cérébral et les fonctions cognitives, avec des conséquences potentielles à long terme sur la santé, lesquelles ne sont pas encore toutes documentées.
La diversification rapide des produits, leur présentation attractive et leur banalisation comme alternatives présentées comme moins nocives voire sans risques brouillent les messages de santé publique et fragilisent les acquis en matière de dénormalisation. Aux États-Unis, cette situation est aggravée par les difficultés rencontrées par la Food and Drug Administration (FDA), confrontée à un volume très élevé de demandes d’autorisation de mise sur le marché de produits qu’elle ne parvient pas à traiter dans des délais compatibles avec la dynamique du marché. Dans ce contexte, de nombreux fabricants commercialisent des cigarettes électroniques et des produits nicotiniques sans autorisation préalable, en violation du cadre réglementaire fédéral, contribuant à une diffusion massive de produits illégaux auprès des jeunes.
L’augmentation de l’usage des sachets de nicotine chez l’ensemble des classes d’âge, y compris les plus jeunes, illustre ainsi la capacité de l’industrie à exploiter les limites opérationnelles des autorités de réglementation et à renouveler en permanence ses stratégies d’initiation à la nicotine. Ces constats plaident pour une approche renforcée et cohérente de la lutte contre le tabagisme et la dépendance nicotinique, intégrant pleinement l’ensemble des produits contenant de la nicotine dans les dispositifs de prévention, de réglementation et de surveillance épidémiologique. La réduction de l’attractivité des produits, notamment par un encadrement strict des arômes, du marketing et du conditionnement, apparaît comme un levier essentiel pour limiter l’initiation chez les jeunes rappellent les auteurs en santé publique.
AE
[1] Miech, R. A., Johnston, L. D., Patrick, M. E., & O’Malley, P. M. (2025). Monitoring the Future national survey results on drug use, 1975–2025: Overview and key findings for secondary school students. Monitoring the Future Monograph Series. Ann Arbor, MI: Institute for Social Research, University of Michigan.
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