La candidate de Trump au poste d’administrateur de la Santé publique a investi dans plusieurs cigarettiers

20 septembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 14 septembre 2026

Temps de lecture : 7 minutes

La candidate de Trump au poste d’administrateur de la Santé publique a investi dans plusieurs cigarettiers

La nomination du Dr. Nicole Saphier au poste d’administrateur de la Santé publique des États-Unis (Surgeon General) intervient dans un contexte marqué aux États-Unis par plusieurs controverses concernant les conflits d’intérêts et les relations entre responsables publics et intérêts privés. Ses déclarations financières font notamment apparaître des participations dans plusieurs entreprises du tabac et de la nicotine, qu’elle s’est engagée à céder en cas de confirmation de sa nomination[1]. Cette dernière intervient également alors que l’administration Trump fait évoluer la réglementation des produits nicotiniques et que l’industrie multiplie les pressions sur la Food and Drug Administration (FDA) pour obtenir l’autorisation de nouveaux produits.

Le docteur Nicole Saphier nommée au poste de Surgeon General

Le Dr. Nicole Saphier, médecin radiologue, dirige le service d’imagerie mammaire du Memorial Sloan Kettering Cancer Center Monmouth, dans le New Jersey, et a précédemment collaboré avec Fox News en tant qu'experte contribuant sur des actualités sanitaires et médicales. Elle y a également publié plusieurs tribunes, notamment des opinions proches des antivaccins et de Trump sur la pandémie de Covid-19. Selon un accord éthique institutionnel régi par le Bureau américain de l'éthique gouvernementale (OGE), elle prend un congé sans solde de son établissement hospitalier dans le cadre de sa nomination.

Le Surgeon General est notamment chargé de communiquer au public américain les principales informations scientifiques disponibles en matière de santé et de prévention. La candidature de Nicole Saphier constitue la troisième tentative de l’administration Trump pour pourvoir ce poste. Les deux précédentes candidates, Janette Nesheiwat et Casey Means, ayant dû finalement se retirer en raison d’un manque de soutien au Sénat.

Nicole Saphier a notamment été désavouée plus tôt cette année après avoir initialement refusé de recommander la vaccination contre la rougeole lors d'une audition au Sénat, avant de revenir sur sa décision.

Cette nouvelle nomination intervient alors que le secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr., fait de la lutte contre les aliments ultra-transformés et certains additifs alimentaires une priorité de son mandat, ayant dévoilé plus tôt cette année de nouvelles directives alimentaires qui désignaient les boissons sucrées comme un facteur de « maladies métaboliques ». Nicole Saphier défend également la réduction de la consommation d’aliments ultra-transformés, la suppression de certains additifs et la pratique régulière d’une activité physique. L’audition de confirmation de Nicole Saphier devant le Sénat est prévue le 16 septembre 2026.

De nombreuses participations dans des industries néfastes pour la santé publique

Nicole Saphier a déclaré des avoirs financiers dans plus de 200 sociétés, dont les cigarettiers Philip Morris International, Altria et British American Tobacco. Ses placements concernent également plusieurs entreprises du secteur de la restauration rapide et des boissons sucrées comme McDonald’s, Starbucks, Yum! Brands (qui possède KFC, Habit Burger & Grill et Taco Bell), Monster Beverage, Coca-Cola et PepsiCo, un secteur connu pour ses liens historiques avec l’industrie du tabac, cette dernière continuant d’influencer les méthodes et stratégies d’autres secteurs pointés pour leurs conséquences délétères pour la santé publique. Enfin, les avoirs de Nicole Saphier concernent des compagnies pétrolières (Exxon, Chevron) elles aussi accusées dans les publications scientifiques de reprendre les stratégies de désinformation et de manipulation de l’industrie du tabac. Dans un autre domaine d’activité controversé, le Dr. Saphier est la fondatrice de DropRx, une entreprise qui commercialise des teintures à base de plantes présentées comme un moyen de favoriser la concentration, la détente et le bien-être général. Si DropRx précise que ses produits ne sont pas destinés à diagnostiquer, traiter, guérir ou prévenir les maladies, des questions ont été soulevées les concernant, notamment une formulation contenant du kava, un ingrédient associé à des problèmes de sécurité hépatique et interdit aux militaires par le ministère de la Défense[2].

Elle s’est engagée à céder totalement ou partiellement les participations détenues dans ces entreprises au plus tard 90 jours après sa confirmation à ce poste.

Elle prévoit également de se désengager de plusieurs groupes pharmaceutiques et de biotechnologies, parmi lesquels Eli Lilly, Biogen, Johnson & Johnson, Pfizer, AstraZeneca, Merck et AbbVie. Des participations ont aussi été évoquées dans des géants technologiques comme Meta, accusé d’utiliser les mêmes ressorts promotionnels et psychologiques que l’industrie du tabac pour rendre ses utilisateurs dépendants.

Une nomination qui s’inscrit dans un contexte de proximité entre l’administration Trump et l’industrie de la nicotine et de pression majeure sur la FDA

La nomination de Nicole Saphier intervient dans un contexte plus large marqué par plusieurs controverses concernant les liens entre l’administration Trump, les intérêts privés et les politiques de santé publique. Ces dernières années, des nominations, départs de responsables et situations de conflits d’intérêts ont notamment suscité des interrogations sur l’indépendance de certaines décisions sanitaires. Dans le secteur du tabac et des autres produits de la nicotine, ces préoccupations sont renforcées par les liens financiers établis entre cette industrie et l’environnement politique du président américain. Selon une enquête de KFF Health News, les intérêts du secteur tabac ont versé au moins 6 millions de dollars en 2025 à des structures soutenant Donald Trump et son investiture, tandis que les contributions de l’industrie à des organisations politiques proches du président dépasseraient 20 millions de dollars depuis fin 2023.

Cette proximité intervient alors que la politique américaine à l’égard des produits nicotiniques connaît plusieurs évolutions favorables à l’industrie. En mai 2026, la FDA a notamment assoupli certaines conditions permettant aux fabricants de commercialiser des cigarettes électroniques et des sachets de nicotine dans l’attente de décisions réglementaires, tout en autorisant de nouveaux produits. Ces changements ont été précédés par des démarches de lobbying de représentants du secteur auprès de l’administration Trump. En juin, la FDA a également autorisé 20 produits ZYN de Philip Morris à être commercialisés avec des mentions de risque modifié par rapport à ceux du tabagisme.

Dans ce contexte, les participations financières déclarées par Nicole Saphier dans plusieurs groupes de tabac et autres secteurs d’entreprises, à l’origine d’une mortalité prématurée et d’une grande morbidité, constituent un élément factuel interrogeant sa capacité à définir et à communiquer de façon indépendante en matière de politiques de santé publique fondées sur les preuves scientifiques. Elles illustrent également l’importance des règles de prévention des conflits d’intérêts dans un domaine où les intérêts commerciaux des fabricants de tabac et de nicotine entrent directement en contradiction avec les objectifs de santé publique.

Cette situation est d’autant plus aggravée que les États-Unis sont l’un des rares pays à n’avoir jamais ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), dont l’article 5.3 appelle les États à protéger leurs politiques de santé publique des intérêts commerciaux et autres intérêts de l’industrie du tabac.

©Génération Sans Tabac

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[1]Nathaniel Weixel, Trump surgeon general nominee discloses tobacco, pharma investments, The Hill, publié le 10 septembre 2026, consulté le 11 septembre 2026

[2]Surgeon General Nominee Nicole Saphier Owned Tobacco, Pharma and Junk-Food Stocks—Conflict or Disclosure System Working?, TrialSiteNews, publié le 11 septembre 2026, consulté le 14 septembre 2026

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