Pays-Bas : un collectif de détaillants de tabac fait pression pour influencer les politiques nationale et européenne

14 septembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 8 septembre 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Pays-Bas : un collectif de détaillants de tabac fait pression pour influencer les politiques nationale et européenne

Le Collectief Tabak Speciaalzaken (CTS ou en français le « Collectif des magasins spécialisés dans le tabac ») est une organisation créée aux Pays-Bas en février 2026 pour représenter les intérêts des détaillants spécialisés dans la vente de tabac, aux niveaux national et européen[1]. Elle indique vouloir renforcer la représentation des commerces indépendants auprès des responsables politiques, des décideurs publics et des médias. Le collectif affirme que les évolutions réglementaires ont un impact important sur son secteur et souhaite participer davantage aux discussions relatives aux politiques antitabac. Ses représentants déplorent toutefois ne pas être reçus par les autorités néerlandaises, dans le contexte des règles découlant de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), qui encadrent les interactions entre pouvoirs publics et industrie du tabac, et notamment son article 5.3.

Le recours aux tierces parties par l’industrie du tabac, y compris au niveau européen

La création du CTS intervient alors que les détaillants de tabac disposent déjà d'organisations professionnelles, notamment NSO Retail, qui représente les commerces de tabac et de proximité aux Pays-Bas. Des travaux antérieurs ont documenté les relations entre cette organisation et l’industrie du tabac, notamment dans le cadre des débats sur les hausses d’accises et les restrictions concernant les points de vente. Des recherches journalistiques ont également décrit des stratégies consistant à faire intervenir des représentants de détaillants dans les débats publics, ces derniers pouvant apparaître comme des acteurs économiques indépendants plutôt que comme des représentants directs des fabricants. L’existence de telles pratiques est cohérente avec une stratégie plus large documentée au niveau international : l’industrie du tabac recourt à des organisations professionnelles, associations de commerçants, groupes de façade ou autres tiers dans la défense masquée de ses intérêts auprès des décideurs. La mobilisation de tierces parties vise à crédibiliser les positions défendues par l’industrie et à utiliser ces tierces parties pour faire pression sur les décideurs et influencer la décision en sa faveur. Une telle stratégie a été particulièrement documentée en France avec l’utilisation de la Confédération des buralistes par les fabricants de tabac.

Dans le cas du CTS, les informations disponibles ne permettent pas d’établir que le collectif serait directement financé ou lié aux fabricants de tabac.

Au-delà, l'un des aspects les plus significatifs du développement du CTS réside dans sa volonté d'agir à l'échelle européenne. Le collectif a rejoint la Confédération européenne des détaillants en tabac (CEDT), organisation présentée comme un interlocuteur représentant les détaillants de tabac européens. Cette affiliation est importante au regard de l'histoire de la CEDT. Des recherches universitaires fondées notamment sur des documents internes de Philip Morris International (PMI) ont montré que l’organisation avait été mobilisée dans les années 2010 dans le cadre de la stratégie de lobbying du fabricant contre la révision de la directive européenne sur les produits du tabac (TPD). Les documents étudiés par les chercheurs montrent que PMI considérait alors le recours à des organisations tierces comme un élément important de sa stratégie d'influence. Des organisations de surveillance du lobbying ont également documenté des dépenses de Philip Morris liées à la CEDT et l’intervention d’un cabinet de relations publiques britannique travaillant avec cette organisation.

Ces éléments sont historiques et ne démontrent pas qu’un financement de PMI existe aujourd’hui entre le fabricant et le CTS. Ils permettent néanmoins de replacer le choix de la CEDT dans un contexte plus large de lobbying européen et d’utilisation de représentants du commerce comme intermédiaires dans les débats sur la réglementation du tabac. Cette question est particulièrement importante dans le contexte actuel de révision de plusieurs politiques européennes concernant le tabac et la nicotine. Les discussions portent notamment sur la fiscalité, les nouveaux produits nicotiniques, les cigarettes électroniques, le tabac chauffé et l’évolution du cadre européen de lutte contre le tabagisme.

Une composition qui ne correspond pas entièrement au profil revendiqué

La composition du conseil d’administration du CTS soulève néanmoins plusieurs questions concernant la représentation des commerces indépendants. Son président, Pieter Vlamings, exploite une station-service. Le trésorier, Wouter van de Bunt, dirige notamment un supermarché Jumbo à Apeldoorn et explique avoir ouvert un commerce spécialisé dans le tabac afin de maintenir son activité commerciale après l'interdiction de vendre du tabac dans les supermarchés. Ed Meeuw est également actif dans la grande distribution et exploite parallèlement un commerce de tabac. Sebas Gras et Roy van den Hoogen sont, eux, actifs dans le commerce spécialisé. Ce dernier exploite notamment un magasin Primera à La Haye, adresse également utilisée par le CTS. Cette composition est notable puisque le collectif se présente comme la voix des « tabaksspeciaalzaken », alors que plusieurs de ses dirigeants sont liés à des activités commerciales plus larges : supermarchés, stations-service ou réseaux de distribution. La situation est particulièrement intéressante concernant Primera, réseau néerlandais de commerces de proximité comprenant des points de vente de tabac. L’organisation a par ailleurs développé le réseau Volado, consacré aux commerces spécialisés dans le tabac. Ces éléments relativisent donc la présentation du CTS comme une organisation exclusivement composée de petits détaillants indépendants isolés.

Le collectif propose parallèlement à ses adhérents différents services commerciaux : assurances, réduction de certains coûts de transaction ou encore installation d’écrans publicitaires destinés à générer des revenus supplémentaires. Le CTS se présente donc à la fois comme une structure d’influence politique et comme un organisme proposant des services aux détaillants.

Ce phénomène fait écho aux demandes répétées des experts antitabac de faire appliquer la CCLAT

Le cas néerlandais s’inscrit dans un phénomène plus large de lobbying indirect et de représentation par des tiers, observé dans les autres États membres et dans les institutions de l’UE.

Les experts de la lutte antitabac comme TabakNee aux Pays-Bas ou le Comité national contre le tabagisme en France rappellent que l’application de l’article 5.3 de la CCLAT est un élément essentiel de la protection des politiques publiques. Ils recommandent notamment de limiter les interactions avec l’industrie du tabac, d'assurer la transparence des interactions qui ont lieu, de rejeter les partenariats avec l'industrie et de renforcer la connaissance des stratégies d'ingérence. Ceux-ci soulignent également que l’article 5.3 ne concerne pas uniquement les contacts directs avec les fabricants : les autorités doivent aussi prendre en compte les acteurs qui « s’attachent à promouvoir » les intérêts de l’industrie. Le principe est donc de ne pas se limiter à l'identification des cigarettiers eux-mêmes, mais d'examiner également les organisations, associations professionnelles ou autres intermédiaires susceptibles de porter leurs intérêts.

©Génération Sans Tabac

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[1]Tabaksspeciaalzaken beginnen nieuwe lobbyclub CTS, TabakNee, publié le 7 septembre 2026, consulté le même jour

Comité national contre le tabagisme |

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