STOP alerte sur l’expansion mondiale agressive des sachets de nicotine, orchestrée par l’industrie du tabac
28 juin 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 25 juin 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Présentés comme une alternative moderne aux produits du tabac, les sachets de nicotine connaissent une croissance spectaculaire à l’échelle mondiale. Porté par les grandes multinationales du tabac, ce marché en plein essor suscite toutefois de nombreuses interrogations. Entre stratégies marketing ciblant les jeunes, produits induisant une forte dépendance, incertitudes sur les effets sanitaires à long terme et encadrement réglementaire encore inégal selon les pays, les experts tels que STOP, un organisme mondial de surveillance de l’industrie du tabac, appellent à une vigilance accrue face à ces produits dont la diffusion rapide pourrait contribuer à banaliser l’usage de la nicotine et générer une nouvelle épidémie[1].
Un produit nicotinique en pleine expansion mondiale
Les sachets de nicotine sont de petits produits oraux, généralement placés entre la lèvre et la gencive. Ils contiennent de la nicotine, des arômes, des fibres végétales et divers agents de texture, mais pas de tabac au sens strict. Cette absence de tabac les distingue notamment du snus, avec lequel ils sont parfois confondus, alors qu’il s’agit de produits différents. Leur présentation « discrète » et « pratique » fait partie de leur attrait commercial. Les emballages, les slogans et les visuels s’adaptent à des moments très différents de la journée, avec l’idée de faire entrer la nicotine dans les routines ordinaires.
Dans la pratique, ces produits sont conçus pour être utilisés facilement, sans combustion ni vapeur. Ils sont présentés par les fabricants de tabac comme des « alternatives » de consommation de nicotine compatibles avec de nombreux contextes du quotidien où la consommation de tabac et le vapotage sont proscrits. Toutefois, leur diffusion rapide ne doit pas être interprétée comme une preuve de bénéfice sanitaire.
Ce marché est en croissance rapide, porté par une stratégie d’expansion internationale menée par de grandes entreprises du tabac. En 2025, environ 34 milliards de sachets auraient été vendus dans le monde, soit une hausse de 660 % par rapport à 2020, et la valeur du marché mondial pourrait atteindre 25 milliards de dollars américains (22 milliards d’euros) en 2028. Aux États-Unis, actuellement le plus grand marché de sachets de nicotine, les ventes ont augmenté de plus de 1 300 % entre 2019 et 2025.
Cette progression s’accompagne d’une montée en puissance de marques détenues par des groupes transnationaux déjà très présents dans le tabac combustible. Les plus grands acteurs sont Philip Morris International (PMI) et British American Tobacco (BAT), qui contrôlaient chacun environ un tiers du marché mondial des sachets de nicotine en 2025. Cette diversification leur permet de compenser le recul du tabagisme classique et de conserver des consommateurs dépendants dans l’univers de la nicotine. Le développement des sachets s’inscrit ainsi dans une logique industrielle plus large de maintien des ventes et d’élargissement de l’offre.
Des stratégies commerciales très ciblées, surtout envers les jeunes
Les industriels misent sur des stratégies de communication commerciale particulièrement agressives. Les sachets de nicotine sont promus via les réseaux sociaux, les influenceurs, les sponsorisations sportives et des messages qui les présentent comme des produits « tendance », associés à des styles de vie socialement valorisés, renvoyant à des univers de performance et mis en avant comme produits de remplacement disponibles à tout moment et en tout lieu. Cette communication vise à banaliser leur usage tout en les rendant attractifs pour des publics variés. Au Royaume-Uni par exemple, les marques de sachets de nicotine – Velo, Nordic Spirit et Zyn – ont offert des échantillons gratuits aux consommateurs via leurs boutiques en ligne, lors d’événements ou encore leurs représentants qui les distribuaient dans les centres-villes.
STOP insiste également sur le rôle des arômes dans l’essor des sachets. Les produits sont proposés dans une grande variété de saveurs, allant de la menthe aux fruits, en passant par le café, les épices ou des goûts plus imagés, comme « paan rush », « blast », « frost », « exotic black » et « urban vibe », ou encore des sachets de nicotine contenant des « perles » qui, selon l’entreprise, peuvent accélérer l’absorption de la nicotine et rehausser les saveurs. Selon eux, cette diversité aromatique renforce l’attrait du produit, en particulier chez les jeunes consommateurs.
L’industrie utilise aussi des codes visuels et des canaux de diffusion particulièrement efficaces auprès des adolescents et des jeunes adultes. Le recours aux réseaux sociaux, aux créateurs de contenu et à certains partenariats sportifs permet d’atteindre un public plus jeune que celui touché par les campagnes traditionnelles. STOP cite également des études et observations suggérant que la présentation discrète du produit favorise son usage dans des environnements scolaires ou sociaux.
Des risques sanitaires encore peu connus mais une dépendance forte
Sur le plan sanitaire, aucune preuve indépendante suffisante ne permet de considérer les sachets de nicotine comme un outil efficace d’arrêt du tabac ou du vapotage. Certains sachets peuvent contenir 50 mg de nicotine ou plus, contre 10 à 12 mg en moyenne pour une cigarette, pouvant aussi être utilisés en même temps. En l’absence d’encadrement strict, l’expansion de ces produits pourrait favoriser une nouvelle vague de dépendance à la nicotine plutôt qu’une réelle « réduction des risques ».
Par ailleurs, et même si les effets à long terme ne sont pas encore connus, l’innocuité de la nicotine a été démentie par la recherche scientifique indépendante. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) avait en 2023 fait état d’accidents en lien avec ces produits ; la nicotine peut avoir des effets négatifs sur le cerveau adolescent en développement ; des risques locaux existent aussi, comme des atteintes buccales ou gingivales, ainsi que la présence possible de substances indésirables dans certains produits. À la demande du Comité national contre le tabagisme (CNCT), des analyses en laboratoire ont été réalisées par l’Institut national de la consommation (INC) sur plusieurs marques de sachets de nicotine, dont ZYN, commercialisé par Philip Morris : ces analyses ont révélé la présence de substances toxiques, notamment du plomb et de l’arsenic, deux métaux lourds dont les effets délétères sur la santé sont largement documentés[2].
STOP recommande d’encadrer les sachets de nicotine de toute urgence
Le développement rapide de ces produits fortement addictifs, résultant d’une commercialisation et promotion intensive et d’une teneur élevée en nicotine, des risques pour la santé encore massivement méconnus, ainsi qu'une réglementation incomplète, créent un risque de banalisation et l’émergence de nouvelles générations de consommateurs très dépendants.
L’organisation appelle les pouvoirs publics à faire prévaloir le principe de précaution et à ne pas autoriser ces produits. Plusieurs pays, comme la France, la Belgique et les Pays-Bas, ont décidé d’interdire totalement la commercialisation de ces produits.
À défaut, les mesures à l’égard des produits du tabac via le traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), devraient être appliquées de manière stricte : taxation des produits, étiquetage avec notamment un emballage neutre et de grands avertissements sanitaires graphiques, limitation de la concentration en nicotine, interdiction des arômes, interdiction de toute publicité, promotion et parrainage, et encadrement rigoureux de la distribution au détail, le tout assorti de contrôles. Certains pays ont choisi cette voie réglementaire comme l’Irlande, qui souhaite en interdire la vente aux mineurs.
Enfin, STOP insiste aussi sur la nécessité de protéger et sensibiliser les jeunes et de limiter l’influence des industriels sur la réglementation, qui via leur lobby en Europe essaient non seulement d’imposer leurs produits pourtant interdits à la vente dans différents États membres mais bloquent également les hausses ambitieuses de taxation.
AD
[1]New Report: Nicotine Pouch Market Has Exploded with Big Marketing Push from Big Tobacco, STOP, publié le 23 juin 2026, consulté le 24 juin 2026
[2]Le CNCT et l’INC/60 Millions de consommateurs dévoilent les résultats de leur étude : du plomb et de l’arsenic retrouvés dans les sachets de nicotine, CNCT, publié le 10 décembre 2024, consulté le 25 juin 2026