France : les sachets de nicotine sont interdits
3 avril 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 2 avril 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Le 5 septembre 2025, le gouvernement avait publié un décret sur les sachets de nicotine prévoyant une interdiction allant bien au-delà de la seule commercialisation, incluant ainsi la fabrication, la production et l’exportation avec une entrée en vigueur prévue le 1er avril 2026. Le décret avait été notifié à l’Union européenne. Dans un recours, le Conseil d’État avait également formellement rappelé que l’offre, la cession, l’acquisition et l’emploi de ces sachets étaient déjà interdits. Il importe aujourd’hui pour les organisations de santé que la mesure soit dorénavant pleinement respectée et que toutes les publicités associées à la vente de ces produits cessent également[1].
Des produits nocifs et addictifs, ciblant les jeunes, interdits sur le territoire national
Ces sachets blancs ou « pouches », qui ne contiennent pas de tabac, sont constitués d’un tissu perméable, de fibres de polymères imprégnées d’arômes et de 3 à 20 mg de nicotine, et se glissent entre la lèvre supérieure et la gencive pour diffuser de la nicotine à travers la muqueuse buccale.
Ces nouveaux produits visent principalement les jeunes malgré les discours de l’industrie qui les présentent comme des aides au sevrage tabagique.
Les autorités estiment « que la publicité pour les sachets de nicotine est importante sur les réseaux sociaux, ciblant ainsi les jeunes consommateurs » et « que la consommation régulière de la nicotine contenue dans ces produits expose au développement d’une dépendance à moyen et long terme », précise un site gouvernemental. En effet, la nicotine ingérée est extrêmement addictive, équivalente à au moins un paquet de cigarettes.
De plus, des analyses de laboratoire ont mis en évidence la présence de métaux lourds dans certains échantillons, mais aussi des doses élevées de nicotine et la présence massive de sucralose, réfutant la prétendue innocuité de ces produits. Une étude menée par l’Institut national de la consommation (INC)-60 millions de consommateurs avec le CNCT a ainsi révélé que certains sachets contiennent des taux d’arsenic jusqu’à 6,5 fois supérieurs à ceux d’une cigarette traditionnelle. Du plomb, de l’antimoine et du formaldéhyde, ainsi que des substances cancérogènes ou toxiques, ont également été détectés dans plusieurs marques.
Depuis leur mise illicite sur le marché, divers acteurs de santé avaient alerté les pouvoirs publics. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) avait en 2023 fait état d’accidents en lien avec ces produits, et les organisations de la société civile comme le Comité national contre le tabagisme (CNCT) ou l’alliance Contre-Feu, réunissant les associations de lutte contre le tabagisme, pointaient régulièrement les pratiques promotionnelles en faveur de ces produits[2]. Dès 2023, le CNCT avait déposé une plainte auprès du Procureur de la République pour trafic de substances vénéneuses classées en liste I, et appelé les pouvoirs publics à garantir l’interdiction de vente de ces produits.
Une interdiction à faire appliquer strictement et un lobbyisme à combattre
La position du gouvernement pour une interdiction complète et forte notifiée au niveau européen, saluée par les acteurs de santé, avait été vivement combattue par les industriels du tabac et de la nicotine. Ces derniers ont tenté de bloquer le processus par l’intermédiaire d’objections émises par d’autres États membres. Encore aujourd’hui, la Confédération des buralistes a fait savoir qu’elle déposait un recours[3]. En dépit d’un lobby majeur déployé par les fabricants de tabac et leurs représentants, la France a su maintenir sa position ferme, arguant de la nécessité de protéger la santé publique, notamment la santé des mineurs.
Il reste aujourd’hui que la disposition doit être pleinement appliquée dans toutes ses dimensions et que les pratiques promotionnelles disparaissent également.
Dans le cadre de sa mission de surveillance des stratégies marketing de l’industrie du tabac, le CNCT a effectué des observatoires sur les lieux de vente : en 2025, l’enquête nationale menée par l’institut Audirep, auprès d’un échantillon représentatif de 600 établissements en France métropolitaine (400 bureaux de tabac et 200 enseignes spécialisées), a permis d’observer la promotion de sachets de nicotine dans 22 % des établissements, alors même que ces produits ne sont pas autorisés à la commercialisation en France. En parallèle, l'analyse des stratégies marketing pour les produits du tabac et de la nicotine menée par le CNCT en 2024 a révélé une augmentation significative de la promotion des sachets de nicotine sur les réseaux sociaux. Ces produits représentent 41 % des annonces publicitaires recensées sur les canaux étudiés, contre 25 % en 2023[4].
Cette effectivité dépendra avant tout de la fermeté des contrôles et de la sévérité des sanctions. Il apparaît crucial selon le Comité que des inspections régulières soient menées, tant dans les points de vente physiques que sur Internet, et que des sanctions réellement dissuasives soient prévues à l’encontre des contrevenants.
La France n’est pas seule à vouloir contrer le développement de nouveaux produits à la nicotine qui constituent autant de portes d’entrée dans l’addiction. La Belgique et les Pays-Bas ont également opté pour une interdiction.
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[1]Interdiction des sachets de nicotine : "L'industrie du tabac ne pourra plus inonder le marché de nouveaux produits", salue le collectif Contre-Feu, franceinfo, publié le 1 avril 2026, consulté le même jour
[2]Le CNCT salue l’interdiction des sachets de nicotine, une étape cruciale pour protéger les jeunes, CNCT, publié le 7 septembre 2025, consulté le 1 avril 2026
[3]Sachets de nicotine : la Confédération a déposé un recours contre leur interdiction, Le Monde du Tabac, publié le 1 avril 2026, consulté le même jour
[4]Sachets de nicotine : l’offensive marketing illégale de British American Tobacco en France, Génération sans tabac, publié le 18 mars 2025, consulté le 2 avril 2026