L’OMS accuse les géants de l’alimentation, du tabac et de l’alcool de bloquer les réformes vitales de santé

28 septembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 22 septembre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

L’OMS accuse les géants de l’alimentation, du tabac et de l’alcool de bloquer les réformes vitales de santé

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un communiqué dans lequel elle met en cause les fabricants de tabac, d’alcool et d’aliments ultra-transformés[1]. Selon elle, ces secteurs exercent un lobbying intense visant à bloquer, affaiblir ou retarder des politiques de santé publique telles que l’augmentation des taxes ou les restrictions de marketing à destination des jeunes. L’OMS estime que ces pratiques compromettent la mise en œuvre de réformes jugées essentielles pour réduire la mortalité et améliorer la santé des populations.

Un contexte international marqué par les maladies chroniques

Cette prise de position survient à quelques jours d’une réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies à New York consacrée aux maladies chroniques, notamment les maladies cardiaques, le diabète, le cancer ou encore les maladies respiratoires, notamment l’asthme, le jeudi 25 septembre 2025.

Bien que la mortalité liée à ces pathologies ait diminué au niveau mondial, les progrès se sont ralentis ces dernières années, selon une analyse récente.

La déclaration de l'OMS indique que les gouvernements sont en effet souvent confrontés à un lobbying intense de la part des industries qui tentent de bloquer, d'affaiblir ou de retarder les politiques, qu'il s'agisse de taxes sur la santé ou de restrictions commerciales visant les enfants. Lors de la réunion des Nations Unies, les gouvernements devraient s'accorder sur de nouveaux objectifs en matière de maladies non transmissibles et sur une feuille de route pour les atteindre, mais les associations de santé ont averti que le projet de déclaration politique avait déjà été édulcoré[2].

« Souvent, les gouvernements sont confrontés à une opposition farouche de la part des industries qui tirent profit des produits malsains », a déclaré le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d'une conférence de presse.

« Il est inacceptable que des intérêts commerciaux profitent de l'augmentation des décès et des maladies », a déclaré le Dr. Etienne Krug, directeur du département des déterminants de la santé, de la promotion et de la prévention de l'OMS, dans un communiqué. Il a ajouté que « Les gouvernements doivent faire passer les gens avant les profits et veiller à ce que les politiques fondées sur des données probantes ne soient pas entravées par la pression des entreprises. ».

Les recommandations et objectifs de l’OMS dans un climat de lobbyisme exacerbé

L’OMS plaide pour une hausse d’au moins 50 % des prix du tabac, de l’alcool et des boissons sucrées au cours de la prochaine décennie.

L’agence mondiale de santé rappelle que chaque dollar investi par les gouvernements dans la lutte contre les maladies non transmissibles pourrait sauver plus de 12 millions de vies, prévenir 50 millions de décès prématurés en cinquante ans et générer environ 1 000 milliards de dollars (environ 850 milliards d’euros) de recettes publiques d’ici 2030. Ces données sont d’autant plus importantes que les maladies chroniques et décès prématurés liés aux maladies non transmissibles mettent actuellement en péril les systèmes de santé.

Les représentants des industries agroalimentaires, du tabac et de l’alcool, de leur côté, se sont régulièrement opposés à ces propositions d’augmentation des taxes et demandent dans leurs déclarations publiques à être consultés et impliqués dans les politiques sanitaires de réduction des risques.

À cet égard, l’industrie du tabac a toujours joué un rôle moteur et pionnier en matière de marketing de masse et de contournement des lois. Ses pratiques se sont disséminées à d’autres industries et lobbies et les surnoms de « Big Pharma » ou « Big Food » sont des dérivés de « Big Tobacco ». La responsabilité de l’industrie du tabac dans la pandémie tabagique a été et demeure telle que les pays se sont accordés pour l’exclure de la définition et de la mise en œuvre de toute politique publique. Tel est le sens de l’article 5.3 du traité international de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) qui impose une telle obligation générale de protection des politiques publiques.

Le respect de cette obligation générale est d’autant plus nécessaire que le lobbyisme de l’industrie du tabac demeure constant et intense avec une immixtion à tous les niveaux en vue d’affaiblir la réglementation et la fiscalité des nouveaux produits nicotiniques (tabac chauffé, cigarettes électroniques, sachets de nicotine…), d’empêcher toute politique écologique et climatique efficace ou encore de consolider sa présence dans les États en développement et à faible réglementation et d’affaiblir les mécanismes mondiaux de protection à son égard.

©Génération Sans Tabac

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[1]Gabriela Galvin, Selon l'OMS, les géants du tabac, alcool et alimentation bloquent les politiques de santé, Euronews, publié le 18 septembre 2025, consulté le 19 septembre 2025

[2]Jennifer Rigby, Alcohol, tobacco and food giants block health reforms, says WHO, Reuters, publié le 18 septembre 2025, consulté le 19 septembre 2025

Comité national contre le tabagisme |

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