INC-5.2 à Genève : nouvel échec du traité mondial sur la pollution plastique

20 août 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 19 août 2025

Temps de lecture : 5 minutes

INC-5.2 à Genève : nouvel échec du traité mondial sur la pollution plastique

La cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique (INC-5.2), qui s’est tenue du 5 au 14 août 2025 à Genève, s’est conclue sans qu’un accord émerge. Malgré l’urgence environnementale et sanitaire liée à la production et à la consommation croissantes de plastiques, les divergences profondes entre États et l’influence des industries fossiles ont empêché toute avancée significative.

Initialement prévu pour se conclure à Busan en 2024, le processus a déjà été retardé une première fois par l’échec de cette session sud-coréenne. À Genève, malgré dix jours d’échanges, aucun consensus n’a émergé, repoussant une nouvelle fois la finalisation du texte.

Des clivages politiques aggravés par le poids de l’industrie pétrochimique

Les discussions de Genève ont mis en lumière une fracture profonde entre deux visions du futur traité. D’un côté, la coalition dite High Ambition, rassemblant plus de 100 pays, plaidait pour un accord ambitieux, couvrant l’ensemble du cycle de vie des plastiques, incluant une réduction de la production et des engagements juridiquement contraignants. De l’autre, un bloc de pays producteurs de pétrole et de plastiques, regroupés au sein du Like-Minded Group, s’est opposé à toute limitation de la production de plastique vierge et a défendu un texte centré uniquement sur la gestion des déchets et le recyclage.

Ce clivage politique a été renforcé par l’influence déterminante de l’industrie pétrochimique et des lobbies associés. La session a été marquée par une présence massive de représentants liés aux intérêts des plastiques et des hydrocarbures, qui ont largement orienté le contenu du projet de texte. Les dispositions visant à réduire la production ont été systématiquement affaiblies, au profit d’approches fondées sur l’économie circulaire et le recyclage, des solutions insuffisantes pour enrayer la crise mondiale du plastique.

Plusieurs organisations de la société civile, dont Greenpeace et le CIEL, ont dénoncé l’ingérence directe des lobbies industriels, accusés d’avoir détourné les négociations de leur objectif initial. Leur influence a contribué à neutraliser les ambitions de la majorité des délégations, au point de vider de sa substance le projet d’accord. Pour de nombreux observateurs, l’INC-5.2 illustre une fois encore la difficulté à avancer sur un texte véritablement contraignant tant que les intérêts économiques de l’industrie pétrochimique priment sur l’intérêt général et la protection de l’environnement et de la santé.

La santé publique, grande absente des négociations : un sursaut politique indispensable

L’un des constats les plus préoccupants de cette session de Genève réside dans l’absence quasi totale de la dimension sanitaire dans les discussions. Le projet de texte présenté par la présidence a en effet supprimé l’article initialement consacré à la santé, illustrant ainsi le poids des industries concernées dans le processus et marquant un recul significatif dans la reconnaissance du lien pourtant avéré entre pollution plastique et impacts sur la santé humaine.

Or, la crise plastique constitue également une crise sanitaire. La contamination des sols, de l’air et des océans par les microplastiques, ainsi que l’exposition aux substances chimiques toxiques qui y sont associées, sont désormais largement documentées par la communauté scientifique. L’exclusion de ces enjeux du texte de négociation fragilise la crédibilité du futur traité et en limite la portée.

Dans ce contexte, la société civile, réunie notamment au sein de la Stop Tobacco Pollution Alliance (STPA), rappelle la nécessité pour le traité de prendre en compte la spécificité des produits du tabac. Les filtres de cigarettes, qui représentent le déchet plastique toxique le plus disséminé au monde, ne présentent aucune justification sanitaire et constituent avant tout un outil marketing destiné à renforcer l’acceptabilité du produit. Leur interdiction constituerait une mesure à la fois concrète, symbolique et efficace, permettant de réduire durablement la pollution plastique tout en répondant à un enjeu de santé publique.

Plus largement, un sursaut politique s’avère indispensable. Les États doivent recentrer les négociations sur l’intérêt général et intégrer pleinement la dimension sanitaire, en cohérence avec d’autres instruments internationaux, notamment la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Cette dernière a démontré qu’il est possible de contenir l’ingérence des industries et d’adopter des dispositions ambitieuses de santé publique. S’inspirer de cet exemple est essentiel pour garantir que le traité mondial sur la pollution plastique réponde véritablement à l’urgence environnementale et sanitaire actuelle rappelle la STPA.

Prochaines échéances stratégiques

Une nouvelle session de négociation reste à organiser, à une date encore indéterminée, afin de tenter de finaliser ce traité annoncé depuis 2022. Dans l’intervalle, la 11ᵉ Conférence des Parties à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), prévue en novembre à Genève, constituera une étape décisive pour réaffirmer la nécessité d’intégrer la santé publique au cœur des discussions sur la pollution plastique. Cette échéance sera notamment l’occasion de rappeler l’urgence d’interdire les filtres de cigarettes, un produit dépourvu de toute utilité sanitaire pour les fumeurs et responsable d’une pollution plastique massive et persistante précise le Comité national contre le tabagisme (CNCT), dans un communiqué[1].

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, Traité mondial sur la pollution plastique : un échec à Genève qui appelle à une ambition renouvelée, CNCT, publié le 19 août 2025, consulté le jour-même

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser