Au Kenya, une coalition de la société civile réclame une hausse des taxes sur le tabac afin de financer la santé publique
25 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 18 septembre 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Une coalition de patients atteints de cancer, de survivants et d’organisations de la société civile engagées dans la lutte antitabac au Kenya demande une augmentation significative des taxes sur les produits du tabac et de la nicotine. Selon eux, ces recettes sont indispensables pour financer durablement un système de santé sous-doté et faire face à la progression des maladies non transmissibles (MNT)[1].
Le tabagisme induit un coût sanitaire et financier lourd
Lors d’une conférence de presse à Nairobi, Prisca Githuka, survivante d’un cancer du sein et vice-présidente du Kenyan Network of Cancer Organisations, a exhorté le gouvernement à agir rapidement : « Nous appelons à relever les taxes sur le tabac et la nicotine afin de financer durablement la santé au Kenya et d’alléger le fardeau du cancer et des autres MNT. ».
Les intervenants ont rappelé que le tabac génère un coût financier net pour le pays. Robert Marine, survivant d’un cancer et membre de Champions of Hope, a expliqué que « pour chaque 129 shillings [0,85 €] collectés en taxes sur le tabac, le Kenya en perd entre 284 [1,88 €] et 387 [2,56 €] dans les soins liés aux maladies provoquées par ce produit. ».
Les chiffres disponibles estiment à 97,6 milliards de shillings (646 millions d’euros) par an le coût des maladies liées au tabac, dont 51,1 milliards (338 millions d’euros) en dépenses de santé et 46,7 milliards (309 millions d’euros) en pertes de productivité. Le coût moyen d’un traitement contre le cancer atteint à lui seul 3 millions de shillings (20 000 €) par patient.
Malgré cette situation, le financement public reste instable. Les dépenses pour la prévention des MNT ont diminué, passant de 2,25 milliards de shillings (15 millions d’euros) en 2023-2024 à seulement 749,3 millions (5 millions d’euros) en 2024-2025. Parallèlement, les patients témoignent de pénuries fréquentes de médicaments essentiels et de plafonds de remboursement très en deçà des coûts réels.
Des patients face à des soins inaccessibles et inégaux
Les témoignages recueillis mettent en évidence les difficultés quotidiennes rencontrées par les patients : ruptures fréquentes de médicaments, couverture insuffisante de l’assurance santé nationale et dépenses personnelles élevées. Le forfait d’oncologie du Social Health Authority (SHA), plafonné à 550 000 shillings (3 638 €), reste bien en dessous du coût réel des traitements. À cela s’ajoutent des obstacles administratifs, des erreurs dans la gestion des comptes des patients et des déductions non autorisées sur les paiements mobiles.
Ces limites poussent certains malades à reporter ou abandonner leur traitement. Les personnes vivant en zones rurales sont particulièrement touchées, devant parcourir de longues distances pour obtenir des informations ou accéder à leurs droits.
Selon les données disponibles, les MNT, incluant les cancers, diabètes, maladies cardiovasculaires et maladies respiratoires chroniques, représentent désormais près de la moitié des hospitalisations et 39 % des décès dans le pays[2]. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) projette que d’ici 2030, un décès sur deux au Kenya sera lié aux MNT, l’une des cinq premières causes de mortalité précoce évitable étant le tabagisme, qui tue actuellement 12 000 Kenyans chaque année.
Des réformes et un cadre législatif renforcé
La coalition réclame une augmentation des taxes sur le tabac et la nicotine, actuellement à moins de 20 % du prix de vente, pour que celles-ci atteignent au moins 70 % du prix de vente ou 75 % des taxes totales, conformément aux dispositions de l’OMS approuvées par le pays. Elle appelle également les parlementaires à adopter l’Amendment Bill 2024 sur la lutte antitabac et à intégrer ces mesures dans le prochain projet de loi de finances.
En parallèle, elle demande un renforcement de la lutte contre le commerce illicite par l’Autorité fiscale kényane (KRA), ainsi que des réformes systémiques au sein de la Social Health Authority pour assurer un approvisionnement régulier en médicaments et élargir la couverture en oncologie.
« Chaque jour de retard coûte des vies », ont conclu les organisations, en insistant sur la nécessité d’un accès abordable et équitable aux soins.
Plus tôt en 2025, le pays est-africain a décidé d’interdire les importations chinoises de tabac et d’imposer des avertissements graphiques sur les paquets de cigarette, et peu avant le pays avait renforcé sa réglementation des produits de la nicotine (cigarettes électroniques, recharges et sachets de nicotine)[3] et son interdiction de la chicha[4].
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[1]Samwel Doe Ouma, Cancer Patients and Survivors Demand Higher Tobacco Taxes to Fund Healthcare in Kenya, Health Business, publié le 6 septembre 2025, consulté le 11 septembre 2025
[2]Mercy Kahenda, Tax Tobacco More to Raise Funds for Cancer Care, Lobby Groups Plead, The Standard, publié le 8 septembre 2025, consulté le 11 septembre 2025
[3]Génération sans tabac, Le Kenya veut renforcer ses moyens de lutte contre les produits de la nicotine, publié le 14 juin 2025, consulté le 11 septembre 2025
[4]Génération sans tabac, Kenya : les autorités renforcent l’application de l’interdiction de la chicha, publié le 19 avril 2025, consulté le 11 septembre 2025