Le Kenya interdit les importations chinoises de tabac et impose des avertissements graphiques

10 août 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 18 août 2025

Temps de lecture : 7 minutes

Le Kenya interdit les importations chinoises de tabac et impose des avertissements graphiques

Le gouvernement kényan a annoncé l’interdiction des importations de produits du tabac en provenance de Chine. Cette décision fait partie d’une campagne renforcée visant à réduire l’addiction des jeunes et à protéger la santé publique[1], à la suite à l'arrêté du 31 mai 2025 qui a gelé toutes les licences existantes pour la fabrication, l'importation, la distribution, la vente et la promotion des produits du tabac et de la nicotine. Les vendeurs disposent d'un délai de 21 jours pour présenter une nouvelle demande selon des exigences de conformité plus strictes. En parallèle, le gouvernement a décidé d’imposer des avertissements graphiques sur les produits du tabac avec le soutien de la société civile.

Les importations chinoises au cœur des préoccupations, notamment pour la santé de la jeunesse

Le ministre de la Santé, Aden Duale, a déclaré devant le Comité de la législation déléguée de l’Assemblée nationale que, malgré les lois existantes, des cargaisons de tabac continuent d’entrer sur le marché local. « Les produits du tabac envahissent nos marchés, rendant vains nos efforts de lutte. C’est pour cela que nous avons pris cette décision », a-t-il affirmé.

Soulignant la gravité de l'épidémie de tabagisme, le ministre de la Santé a cité des statistiques montrant que les maladies liées au tabac causent la mort de 8 millions de personnes chaque année dans le monde. « Parmi celles-ci, environ 1,2 million sont des non-fumeurs exposés au tabagisme passif », a-t-il ajouté, soulignant les implications plus larges pour la santé publique au-delà des seuls consommateurs directs.

L'interdiction s'applique à toutes les formes de tabac et de produits nicotiniques, y compris les cigarettes manufacturées, les cigares, les narguilés, le gutkha, les cigarettes électroniques aromatisées et les sachets de nicotine.

Le ministre a souligné que les jeunes restent particulièrement exposés à ces produits, souvent bon marché et facilement accessibles. Il a exprimé son inquiétude face à une mise en œuvre insuffisante des lois de lutte contre le tabac, en raison notamment de la corruption au sein des agences chargées de l’application. Il a cité le cas de la chicha, où la répression reste limitée.

Le ministère de la Santé coordonnera des équipes d'inspection conjointes, composées de responsables de la santé publique des comtés, de douaniers de l'Autorité fiscale du Kenya, d'inspecteurs du Bureau kenyan des normes, des services sanitaires portuaires et des services d'immigration, afin de faire respecter l'interdiction d'importation à tous les principaux points d'entrée terrestres, maritimes et aériens.

Les agents de santé en poste aux postes-frontières terrestres, aux ports maritimes et aux aéroports retiendront et saisiront toute cargaison dépourvue de licence valide. Les cargaisons suspectes seront soumises à des analyses médico-légales et à des tests de dépistage de stupéfiants.

L'interdiction d'importation marque l'intervention la plus importante jamais prise en matière d'approvisionnement dans l'histoire de la lutte antitabac au Kenya. Son impact dépendra de la rapidité avec laquelle les licences seront accordées aux opérateurs conformes, de la rigueur avec laquelle le commerce illicite sera interdit et de la poursuite des campagnes d'éducation en matière de santé publique[2].

Les avertissements sanitaires graphiques, une nouvelle étape dans la législation antitabac

Cette annonce a coïncidé avec les discussions sur la réglementation 2025 relative aux avertissements sanitaires illustrés sur les produits du tabac. Le Kenya a introduit pour la première fois des avertissements textuels en 2008, puis des avertissements graphiques en 2016. La série actuelle marque la troisième mise à jour des avertissements, visant à renforcer davantage l'impact visuel des messages antitabac[3]. Ainsi, de nouvelles règles visent à rendre l’emballage plus dissuasif, avec des images illustrant les risques graves du tabagisme : maladies cardiaques, cancers, troubles respiratoires, etc.

De plus, parmi les nouvelles règles, si elles sont adoptées par l'Assemblée nationale, figurera l’exigence que chaque paquet contenant des produits du tabac porte le mot « avertissement » en lettres majuscules. Tout le texte devra être rédigé en caractères bien visibles et lisibles, sauf si le texte de l'étiquette occupe plus de 70 % de la surface désignée. Dans ce cas, le texte devra être plus petit mais toujours bien visible, à condition qu'au moins 60 % de la surface soit occupée par le texte requis.

Les avertissements qui devront figurer sur les paquets comprendront des descriptions telles que « le tabagisme provoque le cancer du poumon », « fumer nuit à votre entourage », « le tabac nuit à votre futur bébé », « le tabac provoque des maladies cardiaques », « le tabagisme provoque l'infertilité » et « le tabagisme provoque l'impuissance »[4].

Les membres du Parlement ont exprimé leur soutien à ces mesures. Le président du comité, Samuel Chepkong’a, a affirmé que la santé publique doit primer sur les intérêts commerciaux. De son côté, le vice-président Robert Gichimu a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre le ministère, les gouvernements locaux et la NACADA, l’autorité nationale contre l’alcool et les drogues. Cette dernière collaborera avec les écoles et les chefs de communauté pour diffuser des messages anti-tabac[5].

Les organisations de la société civile ont également salué cette initiative. Les groupes axés sur la protection des jeunes et la promotion de la santé ont salué cette interdiction comme une mesure essentielle pour réduire le tabagisme chez les adolescents et ont appelé à une mise en œuvre rapide des nouvelles réglementations relatives aux avertissements sur les paquets.

Le public a été encouragé à signaler les infractions et à soutenir les campagnes en faveur d'environnements sans tabac.

Enfin, le député Julius Sunkuli a salué les efforts du ministère pour faire appliquer des lois restées longtemps inactives.

Les nouvelles réglementations s'alignent également sur les obligations internationales du Kenya en vertu de la Convention-cadre de l'Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par lui le 25 juin 2004, qui exhorte les pays à adopter des mesures plus strictes pour réduire la consommation de tabac. En juin, le pays est-africain avait par exemple fait montre de sa bonne foi en demandant à l’OMS de l’aide pour réviser la loi de 2007 sur le contrôle du tabac ainsi que ses textes réglementaires d'application, afin d’y ajouter les produits de la nicotine comme les e-cigarettes et sachets de nicotine.

©Génération Sans Tabac

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[1]Mumbi Lucy, China flagged as key source of tobacco imports as Kenya imposes ban to curb youth addiction, The Eastleigh Voice, publié le 30 juillet 2025, consulté le 1 août 2025

[2]Kauna Dan, Tobacco imports banned in Kenya - Here’s what you need to know, Pulselive Kenya, publié le 31 juillet 2025, consulté le 1 août 2025

[3]Kinyanjui Maureen, Duale blames corruption for weak tobacco law enforcement as Kenya rolls out stricter warning labels, The Eastleigh Voice, publié le 30 juillet 2025, consulté le 1 août 2025

[4]Mwai Mercy, New tobacco package rules mooted as cartels targeted, People Daily, publié le 31 juillet 2025, consulté le 1 août 2025

[5]Olambo Nicholas, Tobacco Imports in Kenya Face Total Ban as Government Fights Addiction and Corruption, Kenya Insights, publié le 31 juillet 2025, consulté le 1 août 2025

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