Kenya : les autorités renforcent l’application de l’interdiction de la chicha

19 avril 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 15 avril 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Kenya : les autorités renforcent l’application de l’interdiction de la chicha

Le ministère de la Santé du Kenya, via sa division de lutte contre les drogues et addictions, a mené une opération coordonnée avec les forces de l’ordre, dans plusieurs établissements illégaux de chicha à Nairobi ce week-end du 12 et 13 avril 2025[1]. Plusieurs personnes ont été arrêtées et des dispositifs de consommation de chicha ont été saisis. L’objectif du pays est de viser une disparition totale de la chicha à terme, pourtant déjà prohibée depuis 2017.

Un engagement fort des autorités pour faire respecter l’interdiction

L'intervention, menée par la division de la lutte contre les drogues et addictions en collaboration avec une équipe pluri-institutionnelle d'agents des services répressifs, a abouti à l'arrestation de plusieurs personnes et à la saisie d’appareils de chicha.

Dans un communiqué, la Secrétaire principale à la Santé, Mary Muriuki, a souligné que cette opération marque une étape-clé dans l’application du bannissement de la chicha. Elle a précisé que les contrôles allaient se poursuivre à l’échelle nationale jusqu’au respect complet de l’interdiction. « Le ministère de la santé reste déterminé à protéger la santé de nos concitoyens et travaillera sans relâche pour éliminer les violations de cette interdiction. » a-t-elle déclaré[2].

Elle a également appelé la population à signaler tout point de vente illégal afin de protéger la santé des jeunes et des générations futures. Les personnes arrêtées ont été traduites en justice en comparution immédiate.

Des enjeux de santé publique élevés dans un pays fragilisé

La chicha, également appelée narguilé ou pipe à eau, est une méthode de consommation du tabac dans laquelle la fumée passe par de l’eau avant d’être inhalée. Le tabac est aromatisé à des saveurs souvent très sucrés comme des saveurs de fruits, mais aussi à la menthe ou des saveurs d’épices.

Ce mode de consommation populaire chez les jeunes est connu pour ses risques sanitaires importants. Fumer la chicha présente de graves risques pour la santé, notamment des complications respiratoires, des problèmes cardiaques et l'exposition à des toxines nocives[3]. Selon l’OMS, une seule séance de chicha ou de narguilé a le même impact sur la santé que le fait de fumer 20 ou 30 cigarettes.

C’est pourquoi le Kenya a mis en œuvre une interdiction complète de la chicha en 2017 en vertu du Règlement relatif à la santé publique (contrôle de la consommation de chicha) au sein de la Loi sur la santé publique. Cette interdiction concerne l'utilisation, l'importation, la fabrication, la vente, l'offre de vente, la publicité, la promotion, la distribution, l'encouragement ou la facilitation de son utilisation[4].

Malgré l'interdiction, la chicha reste toujours largement utilisée et vendue dans le pays, principalement dans les lieux de divertissement comme les boîtes de nuit. La consommation de produits du tabac est en hausse chez les jeunes au Kenya, suscitant une inquiétude croissante en matière de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les taux de tabagisme dans le pays — en particulier chez les jeunes — figurent parmi les plus élevés d’Afrique, avec 36 % des jeunes Kenyans qui consomment du tabac, contre 11 % des adultes[5]. Par ailleurs, une étude récente menée sur la côte kenyane révèle que près d’un tiers des étudiants en universités sont des consommateurs actifs de chicha[6].

De manière générale, le Kenya reste un pays très perméable à l’influence de l’industrie du tabac malgré ses progrès en termes de santé publique. Si le pays a ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) dès le 25 juin 2004, il est régulièrement ciblé par Philip Morris qui cherche à y commercialiser ses sachets de nicotine, populaires auprès des jeunes, ou encore par British American Tobacco (BAT) qui cherche à y faire assouplir les règlementations sur les produits du tabac et de la nicotine. Des recours contre les législations de santé publique ont été engagés par les cigarettiers, ils ont été encore récemment rejetés par la Cour suprême du Kenya en novembre 2024[7]. Enfin, les cigarettiers sont également pointés dans leurs pratiques d’évasion fiscale et d’organisation de la contrebande qui affaiblissent l’économie du pays.

©Génération Sans Tabac

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[1]KNA, No smoke, No joke: Authorities double down on Shisha ban, The Star, publié le 14 avril 2025, consulté le 15 avril 2025

[2]Olage Martin, Nairobi Authorities Ramp Up Enforcement of Shisha Ban, Mwakilishi.com, publié le 14 avril 2025, consulté le 15 avril 2025

[3]Mutabasi Rachael, State launches crackdown on illegal shisha outlets in Nairobi, The Eastleigh Voice, publié le 14 avril 2025, consulté le 15 avril 2025

[4]Wanga Sharon, Ministry launches crackdown on Shisha outlets in Nairobi, The Standard, publié le 14 avril 2025, consulté le 15 avril 2025

[5]Tobacco Control Board – Kenya, Tobacco use among the Kenyan youth alarmingly high, publié le 9 juin 2022, consulté le 15 avril 2025

[6]Halima Allahdad A, Ngari M, Mwiti Kibiti C, Udu Yusuf R, Mutua S, Budambula V, Shisha Consumption and Presence of Cotinine in Saliva Samples among Students in Public Universities in Coastal Kenya, Global Health Epidemioly and Genomics, publié le 21 août 2024, consulté le 14 avril 2025

[7]Génération sans tabac, La Cour suprême du Kenya confirme la validité des lois anti-tabac : une défaite pour l’industrie du tabac, publié le 1 décembre 2024, consulté le 15 avril 2025

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