Des cigarettes « sans » tabac et nicotine au centre d’inquiétudes sanitaires et réglementaires

12 septembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 4 septembre 2026

Temps de lecture : 8 minutes

Des cigarettes « sans » tabac et nicotine au centre d’inquiétudes sanitaires et réglementaires

Un article publié dans Tobacco Control alerte sur l’apparition aux États-Unis de cigarettes combustibles présentées comme dépourvues de tabac et de nicotine, mais contenant potentiellement un analogue de la nicotine[1]. Ces produits, commercialisés sous la marque Choice Smokes, pourraient échapper à certaines règlementations américaines tout en exposant les utilisateurs à des risques de dépendance et de toxicité encore mal connus.

Un produit présenté comme une cigarette « sans tabac et nicotine »

Les cigarettes sans tabac, parfois qualifiées d’« herbal cigarettes », sont généralement composées de matières végétales, comme du chanvre, du thé ou d’autres plantes, auxquelles peuvent être ajoutés des arômes et des agents de texture. En l’absence de nicotine, elles sont habituellement considérées comme non addictives, même si leur combustion produit des substances nocives.

En mai 2026, les auteurs ont repéré sur un site américain un produit baptisé Choice Smokes, fabriqué et commercialisé par Signature Brands of America LLC, une société enregistrée en Floride. Les cigarettes sont proposées en versions classique et mentholée, sous l’appellation « ercigs », pour « Ersatz Cigarettes », c’est-à-dire des cigarettes de substitution. Le site affirme que le produit offre une expérience comparable à celle d’une cigarette, tout en étant fabriqué à partir d’un « tabac de substitution ». La marque avance également que ses cigarettes élimineraient les substances nocives associées aux produits du tabac. Enfin, est mis avant le slogan : « Pas de taxes sur le tabac. Pas de réglementation. »

Les chercheurs soulignent cependant que les données d’analyse publiées par l’entreprise font apparaître des niveaux significatifs de produits issus de la combustion et d’autres substances nocives ou potentiellement nocives.

Un analogue de la nicotine au cœur des interrogations

Bien que le fabricant affirme que Choice Smokes ne contient ni tabac ni nicotine, ses documents commerciaux indiquent la présence de NOVARA, présenté comme un substitut de nicotine procurant « le même plaisir ». Selon les auteurs, les éléments disponibles laissent penser que NOVARA correspondrait à la 6-méthyl-nicotine, ou 6MN. Cette molécule est un analogue de la nicotine : sa structure chimique est proche de celle de la nicotine, mais elle n’est pas identique. La 6MN a été étudiée dans le cadre de recherches industrielles sur des dérivés de la nicotine entre les années 1960 et 1980. Elle a été retrouvée ces dernières années dans certains liquides de cigarette électronique et dans des sachets de nicotine commercialisés sous plusieurs noms, notamment « Metatine », « NoNic6 » ou « Imotine ». Les analyses mises en ligne par l’entreprise confirment seulement l’absence de nicotine classique. Elles ne précisent pas si le produit contient de la 6MN, et dans l’affirmative à quelle concentration. Elles ne recherchent pas non plus certains composés potentiellement toxiques issus de sa transformation, comme des nitrosamines cancérogènes.

Les études précliniques citées par les chercheurs suggèrent que la 6MN pourrait être plus puissante encore que la nicotine sur certains récepteurs nicotiniques du cerveau. Elles font également état d’effets neurotoxiques et létaux dans des modèles expérimentaux. Ces résultats ne permettent pas de mesurer directement les effets du produit chez l’être humain, mais ils justifient, selon les auteurs, une évaluation toxicologique indépendante.

Un risque particulier pour les jeunes

Choice Smokes est vendu à un prix nettement inférieur à celui des cigarettes classiques. Le site propose une cartouche de dix paquets pour 45 dollars (39 euros), soit 4,50 dollars (4 euros) par paquet, qui n’est pas taxé comme produit de tabac. À titre de comparaison, le prix moyen d’un paquet de cigarettes aux États-Unis est estimé à 10,15 dollars (9 euros), avec des écarts importants selon les États. Le site est par ailleurs accessible aux personnes âgées de 18 ans et plus, alors que l’âge légal pour acheter des produits du tabac aux États-Unis est fixé à 21 ans.

Pour les auteurs, le faible prix, la disponibilité à partir de 18 ans – quand les dispositifs de contrôle d’âge ne sont pas défaillants voire inexistants -, l’absence de taxation et la possibilité de choisir un arôme mentholé pourraient favoriser l’accès des adolescents et des jeunes adultes à ces produits. Ils redoutent également l’arrivée de déclinaisons aromatisées aux fruits ou aux confiseries, susceptibles d’accroître l’attractivité de ces cigarettes auprès des jeunes. La présence d’un analogue de la nicotine potentiellement puissant pourrait alors associer les caractéristiques d’un nouveau produit combustible à celles d’une substance addictive.

Une possible faille réglementaire que les États essayent de juguler

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) réglemente les produits du tabac. La législation fédérale inclut notamment les produits fabriqués à partir de tabac ou contenant de la nicotine provenant de n’importe quelle source et destinés à la consommation humaine. Toutefois, la définition réglementaire de la nicotine demeure étroite. Elle renvoie principalement à la molécule de nicotine classique, dont la formule chimique est différente de celle de la 6MN. Des représentants de fabricants soutiennent donc que les produits contenant un analogue de la nicotine, mais pas de nicotine au sens strict, ne relèvent pas de la compétence de la FDA sur les produits du tabac. Selon les auteurs, cette interprétation pourrait permettre à certains fabricants de commercialiser des produits nicotiniques en dehors du cadre réglementaire fédéral.

La commercialisation de Choice Smokes pourrait également poser un problème dans les États ayant adopté des restrictions sur les cigarettes mentholées. La marque propose en effet une version mentholée, alors que la Californie et le Massachusetts, ainsi que plusieurs dizaines de municipalités américaines, ont interdit la vente de cigarettes mentholées. Les auteurs estiment ainsi que des cigarettes combustibles contenant de la 6MN pourraient contourner ces interdictions si les textes visent uniquement les cigarettes contenant du tabac ou de la nicotine classique.

Le même risque concernerait les réglementations destinées à limiter la teneur en nicotine des cigarettes combustibles. La FDA a proposé une norme visant à réduire fortement le rendement en nicotine de certaines cigarettes. Des produits contenant un analogue non pris en compte par la définition réglementaire pourraient, en théorie, échapper à cette limitation.

Ces produits pourraient aussi fragiliser les dispositifs visant à instaurer une « génération sans tabac ». Dans certains territoires américains, ces mesures similaires à ce qu’ont mis en place les Maldives et le Royaume-Uni reposent sur l’interdiction de la vente de produits du tabac aux personnes nées après une certaine date. Si les cigarettes à base d’analogues de la nicotine ne sont pas juridiquement classées parmi les produits du tabac, elles pourraient ne pas être couvertes par ces dispositions.

Les États commencent néanmoins à réagir. La Californie a modifié sa législation afin d’intégrer les analogues de la nicotine dans la catégorie des produits du tabac. Dans l’Indiana, une loi adoptée en 2025 interdit les analogues de la nicotine et rend leur commercialisation passible de sanctions pénales. En Europe, la Commission européenne a récemment indiqué que les produits contenant des analogues de la nicotine relevaient de la directive sur les produits du tabac (TPD). Certains pays ont également pris des mesures spécifiques : la Suède a interdit la vente de produits insuffisamment étiquetés, tandis que les Pays-Bas ont interdit la commercialisation de certaines catégories contenant de la 6MN.

Les auteurs considèrent quant à eux que les fabricants ne devraient pas pouvoir utiliser les différences de définition chimique entre la nicotine et ses analogues pour échapper aux règles de santé publique. Ils appellent les autorités à clarifier rapidement le statut juridique de ces produits, à imposer des analyses indépendantes et à appliquer des règles concernant l’âge de vente, la fiscalité, l’étiquetage, les arômes et la publicité.

Ce problème est toutefois bien plus large que celui des seules cigarettes classiques. Des cigarettes électroniques et des sachets de nicotine contenant du 6MN ont récemment été repérés en Australie et en Europe, sachant que ces nouveaux produits nicotiques sont beaucoup plus attrayants pour les jeunes que les cigarettes classiques[2]. Face à cette situation évolutive, les acteurs de santé publique comme le Comité national contre le tabagisme (CNCT) souhaitent quant à eux que la définition de la nicotine soit suffisamment large pour couvrir toutes ses variantes présentes et futures.

©Génération Sans Tabac

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[1]Seidenberg A., Jabba S.V., Goniewicz M.L., et al., Combustible tobacco-free cigarettes containing a nicotine analogue: a dangerous design to counter smoking regulations?, Tobacco Control, publié le 3 août 2026, consulté le 3 septembre 2026

[2]Sigaretten met nicotinevervanger om wet te omzeilen, TabakNee, publié le 3 septembre 2026, consulté le même jour

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