Le tabac chauffé et les cigarettes électroniques associés à un risque accru de récidive de la maladie de Crohn
5 septembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 7 septembre 2026
Temps de lecture : 4 minutes
Une étude internationale publiée dans The American Journal of Gastroenterology suggère que l’usage du tabac chauffé et des cigarettes électroniques augmente le risque de récidive postopératoire chez les personnes atteintes de la maladie de Crohn[1]. Le lien apparaît particulièrement marqué pour le tabac chauffé, le lien entre tabac classique et une forme plus fréquente et sévère de maladie de Crohn étant connu de longue date, tandis que les résultats concernant la cigarette électronique restent à confirmer.
Une étude menée dans neuf centres européens
Les chercheurs ont analysé rétrospectivement les données de 937 patients ayant subi une résection iléocolique, suivie d’une évaluation endoscopique dans l’année suivant l’intervention. Les participants, suivis dans neuf centres en France, en Italie et en Espagne, ont été répartis selon leur consommation de tabac ou de nicotine : non-fumeurs, fumeurs de cigarettes classiques, utilisateurs de tabac chauffé et utilisateurs de cigarettes électroniques. Pour limiter les biais, les personnes consommant plusieurs produits ou ayant changé de produit pendant la période postopératoire ont été exclues. Le principal critère étudié était la récidive endoscopique, définie par un score de Rutgeerts supérieur ou égal à 2.
Des taux de récidive les plus élevés chez les consommateurs de tabac
Une récidive endoscopique a été observée chez 40,8 % des non-fumeurs, contre 69,4 % des fumeurs de cigarettes classiques, 63,9 % des utilisateurs de tabac chauffé et 60,6 % des utilisateurs de cigarettes électroniques. Ces différences restaient significatives chez les patients ayant reçu un traitement prophylactique après l’opération. Après prise en compte de plusieurs facteurs potentiellement confondants, le tabagisme classique demeurait associé à un risque accru de récidive, avec un odds ratio de 3,49. Le tabac chauffé était également significativement associé à ce risque, avec un odds ratio de 2,76. Pour la cigarette électronique, l’association observée — odds ratio de 2,02 — n’atteignait pas le seuil de significativité statistique.
Des indicateurs complémentaires allaient dans le même sens. Les fumeurs de tabac classique et de tabac chauffé présentaient des taux de calprotectine fécale supérieurs à ceux des non-fumeurs et les taux chez les utilisateurs de cigarettes électroniques étaient intermédiaires.
Des résultats à interpréter avec prudence mais qui vont dans le sens du principe de précaution
Les auteurs soulignent qu’il s’agit de la première étude consacrée à l’impact du tabac chauffé et de la cigarette électronique sur la récidive postopératoire de la maladie de Crohn. Ils avancent plusieurs hypothèses biologiques, notamment le rôle possible de la nicotine ou d’autres substances communes aux différents produits. L’étude présente toutefois plusieurs limites : les groupes d’utilisateurs de tabac chauffé et de cigarettes électroniques étaient de petite taille, les produits de vapotage étaient très hétérogènes et les habitudes de consommation pouvaient être sous-déclarées. Son caractère rétrospectif ne permet pas non plus d’établir un lien de causalité. Les chercheurs estiment néanmoins que ces produits ne devraient pas être considérés comme dépourvus de risques chez les patients opérés pour une maladie de Crohn. Ils recommandent de maintenir l’arrêt complet du tabac comme objectif prioritaire et suggèrent que les utilisateurs de cigarettes électroniques ou de tabac chauffé soient pris en compte avec une vigilance comparable à celle appliquée aux fumeurs traditionnels dans le suivi postopératoire.
Pour rappel, aucune étude indépendante n’a démontré que les produits du tabac chauffé, qui sont des produits de tabac au même titre que les cigarettes, entraînent une quelconque réduction des risques pour les fumeurs. Ainsi, il est nécessaire que le tabac chauffé soit soumis à une réglementation et à une fiscalité comparables à celles des cigarettes classiques. De même, même si les cigarettes électroniques présentent des risques moindres que ceux liés au tabac, sous toutes ses formes, des risques sont d’ores et déjà avérés : troubles respiratoires, cardiovasculaires et neurologiques, effets potentiels sur le développement fœtal chez les femmes enceintes. Les risques à long terme de l’usage de ces produits demeurent encore largement méconnus.
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[1]Tommaso Lorenzo Parigi et al., The Impact of E-Cigarettes and Heat-Not-Burn Tobacco on Postoperative Recurrence of Crohn's Disease: A Multicenter International Study, American Journal of Gastroenterology, 121(8), 1954–1962, publié le 24 octobre 2025, consulté le 19 août 2026