Le vapotage pourrait entraîner des signes précoces de maladies cardio-respiratoires chez les jeunes adultes
14 juin 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 10 juin 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Une étude canadienne de l’Université de l’Alberta s’est intéressée aux effets d’une exposition chronique aux cigarettes électroniques chez de jeunes adultes sans antécédent de tabagisme combustible[1]. Les auteurs partent du constat que le vapotage est souvent présenté comme moins nocif que la cigarette classique, mais que les données sur ses effets à long terme restent limitées et contredisent l’hypothèse de son innocuité. Ils rappellent aussi que l’usage régulier de cigarettes électroniques a augmenté de 25 % chez les jeunes adultes aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni depuis 2017, une hausse préoccupante alors que se répand l’épidémie de dépendance nicotinique.
Objectif, hypothèse et méthode de l’étude
La question centrale est de savoir si des jeunes adultes en bonne santé apparente et dont les poumons se développent encore, mais exposés régulièrement aux cigarettes électroniques, présentent des anomalies cardio-respiratoires à l’effort et une réponse altérée de la capacité de diffusion pulmonaire du monoxyde de carbone (DLCO). Les chercheurs ont émis l’hypothèse que ce groupe montrerait une capacité d’exercice réduite, une efficacité ventilatoire diminuée, un essoufflement plus marqué et une moindre mobilisation de la DLCO lors d’un changement de posture. L’idée était aussi d’explorer un éventuel dysfonctionnement vasculaire pulmonaire précoce.
L’étude a inclus 40 participants au total : 20 usagers chroniques de cigarettes électroniques et 20 témoins appariés selon l’âge, la taille et le sexe. Les participants exposés au vapotage déclaraient un usage quotidien depuis 3,4 ans en moyenne et n’avaient aucun antécédent de tabagisme significatif (cigarettes ou autres formes de tabac) ni de maladie cardio-respiratoire connue. Tous ont passé des tests de fonction pulmonaire et un test d’effort cardio-respiratoire, puis une deuxième visite a permis de mesurer la DLCO, le volume sanguin capillaire pulmonaire et la capacité de diffusion membranaire en position assise et allongée.
Des anomalies respiratoires détectées chez le groupe vapoteur
Les deux groupes avaient une fonction pulmonaire normale au repos, sans différence significative sur la spirométrie, les volumes pulmonaires ni la DLCO de base. En revanche, les usagers de cigarettes électroniques affichaient une capacité d’exercice plus faible, avec un pic de consommation d’oxygène inférieur à celui des témoins. Ils présentaient aussi une efficacité ventilatoire moins bonne, un essoufflement plus important pendant l’effort et une réponse respiratoire jugée disproportionnée par rapport à la charge de travail.
« Des jeunes de 23 ans ne devraient pas être essoufflés. Dans ce cas précis, leur effort physique était d'une intensité équivalente à une marche modérée », a déclaré le chercheur principal Michael K. Stickland, professeur de médecine pulmonaire et directeur du Centre GF MacDonald pour la santé pulmonaire. « Malgré une allure modérée, on a constaté une augmentation de la dyspnée chez ces personnes. »
Les volumes pulmonaires opératoires pendant l’exercice ne différaient pas entre les deux groupes, ce qui suggère que l’essoufflement observé n’était pas lié à un phénomène de surdistension pulmonaire dynamique. Autrement dit, le problème semblait moins relever d’une mécanique ventilatoire anormale que d’une demande ventilatoire excessive ou d’une inefficacité des échanges gazeux. Le score d’essoufflement au maximum de l’effort n’était pas très différent entre groupes, mais sa progression au fil de l’effort était plus marquée chez les usagers de cigarettes électroniques.
Diffusion pulmonaire et vascularisation
L’un des résultats les plus importants concerne la réponse de la DLCO au changement de posture. Chez les témoins, le passage de la position assise à la position couchée s’accompagnait d’une mobilisation attendue de la diffusion pulmonaire, liée à une meilleure perfusion et à un recrutement capillaire. Chez les usagers chroniques de cigarettes électroniques, cette augmentation était atténuée, ce qui suggère une réponse vasculaire pulmonaire moins efficace.
En revanche, le volume sanguin capillaire pulmonaire et la capacité de diffusion membranaire n’étaient pas significativement différents entre les groupes en réponse à la posture. Les auteurs interprètent cette dissociation comme un possible signe précoce d’atteinte de la circulation pulmonaire, avant l’apparition d’anomalies plus visibles à l’examen au repos. Ils rapprochent ce profil de certaines altérations décrites dans des maladies pulmonaires ou vasculaires plus avancées, comme la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) légère.
Un constat qui appelle à approfondir les recherches, en particulier sur les jeunes et non-fumeurs
Les auteurs concluent que l’usage régulier de cigarettes électroniques chez de jeunes adultes apparemment en bonne santé s’associe à des anomalies cardio-respiratoires mesurables à l’exercice, malgré des examens de repos normaux. Selon eux, ces résultats remettent en question l’idée selon laquelle le vapotage constituerait une « alternative » sans risque au tabac combustible. Ils avancent que les troubles observés pourraient annoncer, à terme, une atteinte cardio-respiratoire plus franche si l’exposition se poursuit.
L’étude comporte toutefois des limites. L’échantillon est petit, l’exposition est déclarée par les participants et non mesurée directement, et le niveau d’activité physique repose lui aussi sur un questionnaire. Les auteurs soulignent également qu’ils n’ont pas pu étudier finement l’effet des arômes ni comparer clairement le vapotage seul avec d’autres formes d’exposition au tabac. Malgré cela, ils estiment que leurs résultats justifient des recherches plus larges sur les effets physiologiques du vapotage chez les jeunes. L’Université de l’Alberta mènera une vaste étude, en collaboration avec l’Université de la Colombie-Britannique, afin de suivre l’utilisation de la cigarette électronique et la fonction respiratoire sur une période de trois ans.
« Il est essentiel de mieux faire comprendre que ces substances ne sont pas inertes et que nous ignorons encore leurs conséquences à long terme », a expliqué Michael K. Stickland. « Imaginez le nombre de personnes qui vont consommer des cigarettes électroniques en attendant les résultats de nouvelles recherches. »[2]
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[1]Thomas G. Williams et al, Do Young Individuals With Chronic E-Cigarette Exposure Display Cardiopulmonary Abnormalities During Exercise and Blunted Recruitment of Pulmonary Diffusing Capacity?, CHEST, publié en 2026, consulté le 10 juin 2026
[2]Gillian Rutherford, Lisa Lock, Andrew Zinin, Vaping e-cigarettes leads to early signs of lung disease in young adults, Medical Xpress, publié le 9 juin 2026, consulté le 10 juin 2026