Sachets de nicotine : le risque microplastique n’a pas été évalué par la FDA
20 juillet 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 20 juillet 2026
Temps de lecture : 9 minutes
Selon une enquête du média The Examination[1], la Food and Drug Administration (FDA) américaine a autorisé en janvier 2025 la commercialisation des sachets de nicotine Zyn, du fabricant Philip Morris International, sans avoir déterminé précisément de quel matériau ces sachets sont faits ni évalué leur potentiel de libération de microplastiques. Ces affirmations émanent d’une ancienne toxicologue de l'agence, Christy Leppanen, qui affirme avoir été écartée lorsqu'elle a cherché à obtenir des informations complémentaires auprès du fabricant.
Une lanceuse d'alerte met en cause la rigueur de l'évaluation
Christy Leppanen, toxicologue depuis près de trente ans, a travaillé quatre ans au sein du Center for Tobacco Products de la FDA, qu'elle a rejoint en 2021. En 2024, elle est chargée, avec son collègue Dilip Venugopal, de mettre à jour l'évaluation environnementale de Zyn, en instruction depuis quatre ans. Dilip Venugopal lui affirme à plusieurs reprises que les sachets se dissolvent en bouche. Fin 2024, lors d'une conférence de santé publique, un échange avec un chercheur universitaire la conduit à douter de cette information. Elle achète alors un paquet de Zyn et teste elle-même le produit : immersion dans la salive, chauffage au micro-ondes, écrasement. Les sachets ne se dissolvent pas.
Elle en informe Venugopal, qui reconnaît s'être trompé et convient qu'il serait légitime d'interroger Philip Morris International sur la composition exacte du matériau. Une semaine plus tard, il lui indique que la direction de l'agence souhaite clore le dossier plutôt que de solliciter des informations supplémentaires auprès du fabricant. Ni lui, ni leur supérieure Sharon Edelson-Mammel, ni la responsable de la division environnementale Susan Addo Ntim ne savent alors précisément de quoi les sachets sont faits, selon les échanges cités par The Examination. Les courriels échangés dans les semaines suivantes montrent une pression de la hiérarchie pour que Mme Leppanen finalise son évaluation dans des délais resserrés, malgré ses objections sur l'absence de données concernant le matériau.
Une autorisation entachée d'irrégularités
Le 16 janvier 2025, la FDA autorise la vente de Zyn. Le document d'autorisation indique qu'un constat d'absence d'impact environnemental significatif a été signé par Christy Leppanen le 2 janvier. Cette dernière affirme ne pas avoir signé ce document et se trouvait alors en congé, sans accès à ses outils professionnels. À son retour, elle adresse un courriel détaillé au directeur du Center for Tobacco Products, Brian King, pour contester la manière dont l'évaluation a été conduite ; elle n'obtient pas de réponse. Elle quitte l'agence la semaine suivante, dans le cadre d'un dispositif fédéral de départ volontaire.
Par courriel peu avant son départ, elle apprend qu’un correctif est prévu à propos de l’absence d’impact environnemental qu’elle aurait endossé par sa signature, mais celui-ci n'est pas publié dans les mois qui suivent. Le 1er mars, elle utilise un portail de commentaires publics de la FDA pour signaler la situation. Ce n'est que fin mars que l'autorisation est mise à jour pour préciser qu'elle n'a pas signé le document, daté a posteriori du 27 janvier 2025.
Plusieurs anciens responsables de la FDA interrogés par The Examination, dont l'ancien directeur du Center for Tobacco Products Mitch Zeller et l'ancien directeur de la science de ce même centre David Ashley, ainsi que l'ancien directeur juridique de l'agence Eric Lindblom, estiment que la loi impose l'évaluation de chaque composant d'un produit avant autorisation, et qu'une absence d'information sur le matériau aurait dû conduire à une demande de compléments ou à un refus d'autorisation. Esther Agbaje, avocate spécialiste de la réglementation fédérale au Public Health Law Center, indique que ces éléments pourraient fonder une action en justice contre la FDA pour manquement à ses obligations au titre du Tobacco Control Act.
Une question scientifique non tranchée : le risque microplastique
En 2025, des chercheurs de l'agence danoise de protection de l'environnement (Miljøstyrelsen) ont analysé onze marques de sachets de nicotine, dont ceux de la marque Zyn. Ils ont conclu que leur matériau est une cellulose semi-synthétique proche de celle de l'acétate de cellulose, la substance utilisée dans les filtres de cigarettes[2]. Cette même étude, menée par des chercheurs du DTU Sustain, précise que ce matériau associe des fibres de cellulose régénérée à un polymère thermoplastique assurant l'étanchéité et la fermeture du sachet ; les analyses par spectroscopie infrarouge (FTIR) indiquent que sa dégradation en milieu naturel pourrait nécessiter plusieurs années, voire plus d'une décennie, un constat similaire à celui déjà établi pour les filtres de cigarettes. Philip Morris indique sur son site que ses sachets sont composés de « cellulose », sans autre précision, et n'a pas répondu aux sollicitations de The Examination sur la nature exacte du matériau ; la FDA n'y a pas répondu non plus.
Plusieurs chercheurs sollicités par The Examination indiquent que si le matériau est bien de l'acétate de cellulose, une libération de microplastiques lors de l'usage en bouche est plausible. Des travaux de recherche sur les microplastiques issus des filtres de cigarettes ont montré une toxicité pour les cellules immunitaires humaines. Aucune étude publique n'a toutefois mesuré directement une libération de microplastiques par les sachets de nicotine ni évalué leurs effets sanitaires propres. La FDA a déclaré à The Examination que lors de son examen, des « préoccupation nouvelle ou supplémentaire » concernant les ingrédients ou matériaux de ces produits n'avaient pas été identifiées. Un rapport de l'agence publié le 10 mars 2025 sur l'impact environnemental des produits oraux de nicotine reconnaît par ailleurs ne pas traiter des effets potentiels des plastiques et microplastiques issus du matériau des sachets.
Au-delà de la seule question des microplastiques, l'étude de la Miljøstyrelsen documente une autre dimension du problème : les sachets usagés conservent une part importante de leur nicotine initiale, en moyenne 63 % pour les produits testés d'une marque courante, ce qui les rend toxiques en cas d'ingestion accidentelle par des animaux, plusieurs cas d'intoxication de chiens ayant été rapportés au Danemark. Les chercheurs estiment par ailleurs à environ 5,3 millions le nombre de sachets abandonnés chaque année dans la nature dans ce seul pays.
Un marché en expansion, que la FDA continue de faciliter
Le marché américain des sachets de nicotine est estimé devoir croître de 37 % en un an, pour atteindre 6,8 milliards de dollars, selon le cabinet d'études TobaccoIntelligence. Deux semaines avant la publication de l'enquête, la FDA a autorisé Philip Morris International à indiquer dans sa communication que l'usage de Zyn réduirait certains risques associés au tabagisme des cigarettes, une décision saluée par l'entreprise, qui a mis en avant la rigueur de l'examen scientifique de l'agence, en contraste avec les pays ayant choisi de restreindre ou d'interdire le produit. Cette autorisation pourrait faciliter l'accès de Zyn à d'autres marchés nationaux.
Les produits de nicotine sans combustion comme les sachets et les cigarettes électroniques sont présentés par l'industrie comme permettant de délivrer de la nicotine sans les substances associées à la combustion du tabac. Aux États-Unis, leur autorisation par la FDA repose sur une mise en balance entre le bénéfice potentiel pour les fumeurs adultes cherchant à substituer la cigarette et le risque d'usage par des non-fumeurs, notamment des jeunes.
Des obstacles structurels qui demeurent
Ce dossier illustre les nombreuses difficultés qui dépassent le seul cas de Zyn : une évaluation réglementaire qui repose largement sur les données transmises par les fabricants eux-mêmes, une littérature scientifique indépendante encore limitée sur la composition et le comportement à l'usage de ces nouveaux produits, une tension, documentée en interne à la FDA, entre les délais d'instruction et l'exigence d'une évaluation complète des risques sanitaires et environnementaux et enfin, le poids du lobby et de l’interférence des fabricants actifs à tous les niveaux pour influencer la décision publique dans un sens favorable à leurs intérêts.
La manière dont Philip Morris a valorisé, dans sa communication, l'autorisation de la FDA et la rigueur de son examen scientifique fait écho à un précédent déjà documenté avec l'IQOS, autre produit de l'entreprise. La FDA avait accordé à ce dispositif de tabac chauffé un statut de « produit du tabac à risque modifié » strictement limité à des mentions de réduction d'exposition à certaines substances, sans reconnaissance d'une réduction du risque sanitaire. Cette décision a cependant été massivement utilisée et détournée par l'entreprise dans ses stratégies de valorisation commerciale, contribuant à façonner une image de moindre nocivité au-delà du cadre initialement défini par l'agence. Le même mécanisme se dessine avec l'autorisation, deux semaines avant la publication de l'enquête sur Zyn, de messages sur la réduction de certains risques liés au tabagisme : un cadre réglementaire américain conçu pour encadrer strictement la communication sur un produit tend, dans son usage commercial, à devenir un argument de légitimation susceptible d'être mobilisé au-delà des frontières américaines, y compris dans les discussions réglementaires en cours en Europe.
AE
[1] Matthew Chapman, Kathryn Kranhold, FDA approved Zyn nicotine pouches for sale without knowing what they were made of, says former agency scientist, The Examination, publié le 14 juillet 2026, consulté le 16 juillet 2026
[2] Sachets de nicotine : une nouvelle source de pollution plastique, Génération sans tabac, publié le 25 octobre 2025, consulté le 16 juillet 2026