Royaume-Uni : une génération d’enfants en mauvaise santé, alertent les pédiatres

19 juillet 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 16 juillet 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Royaume-Uni : une génération d’enfants en mauvaise santé, alertent les pédiatres

Dans un rapport publié le 14 juillet 2026, le Royal College of Paediatrics and Child Health (RCPCH) tire la sonnette d'alarme : sur les douze indicateurs de santé infantile qu'il suit depuis près de dix ans, la quasi-totalité des résultats se sont dégradés ou stabilisés en Angleterre, avec des inégalités territoriales et sociales marquées. Un constat que les pédiatres jugent alarmant, et qui les conduit à interpeler les pouvoirs publics britanniques en pleine transition politique, les appelant à engager des changements structurels[1].

Un état des lieux détaillé sur les douze indicateurs de santé infantile

Le RCPCH fonde son analyse sur douze indicateurs internationalement reconnus. Sur le développement lors de la petite enfance, le taux d'enfants atteignant un bon niveau de développement à cinq ans progresse (68,3 % en 2024, contre 65,2 % en 2021) mais il reste sous l'objectif de 75 % et sous son niveau d'avant la pandémie. L’ écart est marqué dans les milieux plus précaires : 51,3 % des enfants éligibles à la gratuité des repas scolaires atteignent ce niveau, contre 72,5 % des autres enfants. La couverture vaccinale reste insuffisante, avec seulement 84 % des enfants ayant reçu les deux doses du vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) à cinq ans, loin de l'objectif de 95 % fixé par l'Organisation mondiale de la santé.

La mortalité infantile (3,9 pour 1 000 naissances en 2023) et la mortalité des enfants de 1 à 17 ans ne se sont que faiblement améliorées ces dernières années, le suicide constituant un facteur de mortalité notable chez les 10-17 ans. Ces deux indicateurs demeurent marqués par de fortes inégalités sociales, les taux étant près de deux fois plus élevés dans les zones les plus défavorisées. Sur le plan de la santé mentale, la part des enfants de 8 à 16 ans présentant un trouble probable est passée de 12,5 % en 2019 à 20,3 % en 2023, tandis que l'accès à un soutien via l'école s'est dégradé sur la même période. Les jeunes eux-mêmes signalent des difficultés d'accès à un soutien en santé émotionnelle, souvent conditionné à une situation de crise.

L'obésité touche 23,5 % des enfants de 4 à 5 ans, une proportion qui atteint 36,2 % à 10-11 ans, avec des écarts marqués selon le niveau de précarité et l'origine ethnique. La santé bucco-dentaire reste préoccupante, avec 22 % des enfants de cinq ans touchés par des caries en 2024, pour un coût d'extractions dentaires estimé à 74,8 millions de livres sterling cette même année. Les hospitalisations en urgence pour blessures restent plus fréquentes chez les plus jeunes et dans les zones défavorisées. Concernant l’usage de substances toxiques et addictives, si le cannabis recule légèrement, la consommation d'alcool progresse chez les 11-15 ans. 46 % des filles et 41 % des garçons déclarent avoir déjà été ivres en 2023, ils étaient respectivement 39 % et 28 % en 2016.  Le tabagisme reste quant à lui faible (3 % des filles et des garçons de cette tranche d'âge en 2023), à la différence de l'usage de la cigarette électronique, qui continue d'augmenter (27 % des filles et 22 % des garçons déclarant en avoir déjà utilisé, contre 25 % et 19 % en 2021). Enfin, les hospitalisations en urgence pour asthme sont reparties à la hausse après plusieurs années de baisse, les enfants issus de milieux défavorisés présentant un risque de décès quatre fois supérieur à celui de leurs pairs plus favorisés.

Des recommandations structurelles face à une réponse politique jugée insuffisante

Face à ce constat, le RCPCH formule trois recommandations prioritaires à destination du gouvernement britannique : renforcer la qualité, la collecte et le partage des données de santé infantile ; fixer des objectifs nationaux explicites et contraignants pour réduire les inégalités sur l'ensemble des douze indicateurs ; et introduire une norme d'investissement dédiée à la santé de l'enfant, accompagnée d'une stratégie de long terme pour les personnels concernés. Un sondage YouGov associé à ces travaux montre que seuls 12 % des parents estiment que la santé de leurs enfants s'est améliorée au cours des dix dernières années.

Cette publication intervient quelques jours avant l'entrée en fonction d'Andy Burnham comme Premier ministre britannique, à la suite de la démission de Keir Starmer début juillet 2026. Le gouvernement a répondu en mettant en avant plusieurs mesures déjà engagées : suppression du plafonnement des allocations à deux enfants, extension du soutien en santé mentale dans les écoles, ouverture de centres de santé locaux, encadrement renforcé du tabac, du vapotage et de la publicité pour la « malbouffe », ainsi que la mise en place de petits-déjeuners et de repas scolaires gratuits pour les enfants des foyers les plus modestes. Pour la docteure Helen Stewart, responsable de l'amélioration de la santé au RCPCH, qui a qualifié le bilan britannique de « national embarrassment » (« honte nationale »), ces annonces ne suffisent pas à elles seules à répondre à l'ampleur des inégalités identifiées, l'analyse pointant par ailleurs des lacunes persistantes dans la collecte de données et un sous-investissement chronique dans les services dédiés à la santé de l'enfant.

Une opportunité pour des politiques de prévention plus ambitieuses

Si les travaux du RCPCH ne s'inscrivent pas explicitement dans le cadre des déterminants commerciaux de la santé, plusieurs des indicateurs qu'ils documentent, vapotage, obésité, consommation d'alcool, concernent des produits dont la conception, la promotion et l'accessibilité pèsent sur les comportements des plus jeunes. Sur le tabac et le vapotage en particulier, la baisse continue du tabagisme chez les 11-15 ans contraste avec la progression de l'usage de la cigarette électronique dans cette même tranche d'âge. Le Royaume-Uni dispose déjà d'un cadre législatif sur ce sujet, avec le Tobacco and Vapes Act promulgué le 29 avril 2026, qui instaure une interdiction générationnelle de vente de tabac à partir du 1er janvier 2027 et confère au gouvernement le pouvoir de réglementer les arômes, le conditionnement et la publicité des produits de vapotage. Ces dispositions restent toutefois à préciser par voie réglementaire, une consultation publique sur le sujet, ouverte le 10 juillet 2026, ne se clôturant que le 2 octobre prochain. Cette publication sur l’évolution de la santé infantile peut ainsi constituer un point d'appui pour les pouvoirs publics britanniques, à la fois pour finaliser une stratégie ambitieuse dans le cadre de ces textes d'application, et plus largement pour engager des mesures fortes sur les autres produits identifiés.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Tobi Thomas, UK children will be one of unhealthiest generations in decades, doctors say, The Guardian, publié le 14 juillet 2026, consulté le jour-même

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser