L’OMS confirme un risque d’infertilité accru de 40 % chez les fumeuses

23 septembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 15 septembre 2026

Temps de lecture : 8 minutes

L’OMS confirme un risque d’infertilité accru de 40 % chez les fumeuses

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié le 8 septembre 2026 une nouvelle synthèse de l’état des connaissances[1] consacrée au tabac et à l’infertilité (« Tobacco and infertility », collection des WHO tobacco knowledge summaries). Fondé sur une revue systématique des études parues entre 2000 et 2026, le document conclut que les fumeuses présentent un risque d’infertilité accru de 40 %. L’exposition au tabagisme passif accroît également ce risque, tandis que chez les hommes, le tabagisme est associé à des altérations du sperme et à des troubles de la fonction sexuelle. La synthèse indique par ailleurs que le tabagisme peut réduire de moitié les chances de succès des traitements de l’infertilité, mais aussi que l’arrêt du tabac est associé à une diminution de 25 % du risque d’infertilité chez les anciennes fumeuses. Alors qu’une personne sur six dans le monde est confrontée à l’infertilité au cours de sa vie, l’OMS recommande aux professionnels de santé d’informer systématiquement les patient-es et les couples ayant un projet de grossesse des risques liés au tabac et de proposer aux fumeurs une prise en charge de leur tabagisme fondée sur les bonnes pratiques.

Une personne sur six touchée par l’infertilité dans le monde

L’OMS définit l’infertilité comme une maladie du système reproducteur masculin ou féminin caractérisée par l’absence de grossesse après douze mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés. À l’échelle mondiale, environ une personne en âge de procréer sur six en fait l’expérience à un moment de sa vie, et cette prévalence ne varie pas de manière significative selon les régions ni entre pays à revenu élevé et pays à revenu faible ou intermédiaire (17,8 % contre 16,5 % de prévalence au cours de la vie).

Selon une vaste étude multicentrique de l’OMS portant sur 8 500 couples dans 25 pays, l’infertilité est attribuable à des facteurs féminins seuls dans 30,6 % des cas, à des facteurs masculins seuls dans 18,7 % des cas et à une combinaison des deux dans 26,3 % des cas. Dans environ 10 % des cas, aucune cause n’est identifiée. Parmi les facteurs de risque modifiables, les enseignements de la littérature scientifique font état d’une alimentation déséquilibrée, de la sédentarité, de la consommation excessive d’alcool, ainsi que du tabagisme actif et passif.

Un risque d’infertilité augmenté de 40 % chez les fumeuses

Le lien entre tabagisme et infertilité féminine est documenté de longue date : dès 1979, le rapport du Surgeon General des États-Unis relevait que les fumeuses étaient plus souvent infertiles, et une revue systématique de 1998 estimait le risque d’infertilité des fumeuses à 1,5 fois celui des non-fumeuses. La nouvelle revue systématique conduite pour l’OMS sur les études publiées entre 2000 et 2026 confirme cette association : le risque d’infertilité est 1,4 fois plus élevé chez les femmes qui fument actuellement. Concrètement, si le risque d’infertilité est de 15 % chez les non-fumeuses, il atteint 21 % chez les fumeuses.

La synthèse souligne que l’arrêt du tabac améliore les chances de conception : les femmes ayant fumé par le passé mais ne fumant plus présentent un risque d’infertilité inférieur de 25 % à celui des fumeuses actuelles. Le tabagisme passif constitue également un facteur de risque : les femmes non-fumeuses exposées à la fumée des autres ont un risque d’infertilité 1,2 fois plus élevé et des chances de conception réduites à chaque cycle.

Concernant les autres produits du tabac et produits à la nicotine non médicamenteux, l’OMS relève que les données restent parcellaires. Une étude américaine menée auprès de plus de 4 500 femmes a associé l’usage de cigarettes électroniques à une baisse de 20 % de la fécondabilité, et deux études incluant des consommatrices de narguilé (chicha) ont mis en évidence un risque accru d’infertilité comparable à celui de la cigarette. L’OMS estime toutefois que des recherches supplémentaires de qualité sont nécessaires pour caractériser pleinement les effets du narguilé, du tabac sans fumée et des produits de la nicotine sur la fertilité, tout en rappelant que la présence de toxiques similaires dans ces produits laisse penser que les mécanismes en cause pourraient être les mêmes.

Chez les hommes, des altérations du sperme et de la fonction sexuelle

Chez les hommes, le lien entre tabagisme et infertilité est généralement établi à partir des paramètres du sperme et de la fonction sexuelle. Une revue récente de 44 études portant sur plus de 60 000 hommes a associé le tabagisme à une augmentation des dysfonctions reproductives, de façon constante dans les différentes populations étudiées. Les fumeurs présentaient plus souvent des troubles de l’érection et de l’éjaculation que les non-fumeurs, et le tabagisme pourrait accroître le risque d’azoospermie (absence de spermatozoïdes), d’asthénozoospermie (mobilité réduite) et de tératozoospermie (morphologie anormale).

Des études ont également associé la consommation de narguilé à une moindre qualité du sperme (volume plus faible, mobilité réduite, proportion moindre de spermatozoïdes de forme normale), même si une étude plus récente n’a pas retrouvé d’effet sur la mobilité. Là encore, l’OMS appelle à des recherches complémentaires.

Des traitements de l’infertilité deux fois moins efficaces chez les fumeuses

Le tabagisme compromet aussi les chances de succès des traitements de l'infertilité (stimulation de l'ovulation, chirurgie, fécondation in vitro et autres techniques d'assistance médicale à la procréation). En regroupant les résultats de 21 études, des chercheurs ont comparé les femmes fumeuses et non-fumeuses ayant suivi ce type de traitement. Le constat est net : à traitement égal, les fumeuses ont environ deux fois moins de chances de parvenir à une grossesse, et environ deux fois moins de chances que cette grossesse aboutisse au terme de  la naissance d'un enfant. Autrement dit, fumer peut diviser par deux l'efficacité d'un parcours souvent long, coûteux et éprouvant. L’OMS mentionne qu’une étude plus récente mais de taille réduite (environ 300 femmes) n’a pas retrouvé de différence selon le statut tabagique ou l’usage de cigarettes électroniques et de narguilé, sans que cela remette en cause le constat d’ensemble.

Les recommandations de l’OMS : informer, conseiller et accompagner le sevrage

S’appuyant sur sa ligne directrice de 2025 sur la prévention, le diagnostic et le traitement de l’infertilité, l’OMS recommande aux professionnels de santé d’informer les personnes et les couples ayant un projet de grossesse des risques du tabac pour la reproduction et de proposer aux fumeurs une prise en charge de leur tabagisme fondée sur les bonnes pratiques. Elle recommande également que des conseils brefs (de 30 secondes à 3 minutes par consultation) soient systématiquement délivrés à tous les usagers de tabac dans l’ensemble des lieux de soins. De même, à l’attention des patients confrontés aux problèmes d’infertilité, des conseils sur le mode de vie devraient leur être donnés avant et pendant leur traitement. Lignes téléphoniques d’aide à l’arrêt, programmes par messagerie mobile, outils numériques et traitements pharmacologiques approuvés font partie des approches recommandées, décrites dans la ligne directrice clinique de l’OMS de 2024 sur le sevrage tabagique chez l’adulte, laquelle s’appuie sur les directives d’application d’une des dispositions (Art 14) du traité de la Convention cadre pour la lutte antitabac de l’OMS, CCLAT.

« Pour toutes les personnes qui planifient une grossesse, notre message est : arrêtez de fumer, améliorez votre santé et améliorez aussi votre santé reproductive », a déclaré la Dre Kerstin Schotte, médecin à l’Initiative pour un monde sans tabac de l’OMS[2].

Au niveau des politiques publiques, l’OMS rappelle que la mise en œuvre des mesures de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), notamment les mesures fiscales et de prix, l’interdiction complète de la publicité, de la promotion et du parrainage, le paquet neutre et la protection contre l’exposition à la fumée, est indispensable pour réduire les risques du tabac, y compris ses effets sur la santé reproductive.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Organisation mondiale de la Santé, Tobacco and infertility, WHO tobacco knowledge summaries, Genève, 2026. https://doi.org/10.2471/B09819

[2] Organisation mondiale de la Santé, « Tobacco smoking may be harming your chances of having a baby », communiqué de presse, 8 septembre 2026, consulté le 10 septembre 2026

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