La Corée du Sud harmonise la réglementation des produits à nicotine « synthétique » et « naturelle »
28 mars 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 25 mars 2026
Temps de lecture : 5 minutes
La Corée du Sud va soumettre les produits à nicotine créée chimiquement, comme les e-cigarettes et le tabac chauffé, au même régime que les produits du tabac contenant de la nicotine « naturelle ». L’objectif est notamment de freiner la progression du vapotage chez les jeunes. La révision de la législation, annoncée par le ministère de la Santé et du Bien‑être, entrera en vigueur le 24 avril 2026. Jusqu’ici, la définition légale du tabac ne couvrait que la nicotine extraite des feuilles, laissant les produits à nicotine de synthèse en dehors du champ réglementaire malgré un pouvoir addictif similaire[1].
Des produits davantage encadrés pour protéger les non-fumeurs, surtout les jeunes
La nouvelle loi reconnaît la nécessité d’harmoniser la réglementation de tous les produits contenant du tabac ou de la nicotine tout en les classant sous le même vocable de « produits du tabac ».
La loi fixe une concentration maximale de nicotine de 20 mg/ml (2 %) pour les e-liquides, afin de réduire le risque de dépendance et les effets cardiovasculaires et neurologiques liés à la nicotine. Le volume des contenants nicotinés sera plafonné à 10 ml.
Les e‑cigarettes seront interdites dans les espaces non-fumeurs, avec des amendes pouvant atteindre 100 000 wons (environ 58 €) en cas d’infraction.
Les vendeurs devront être enregistrés comme détaillants autorisés, la vente en ligne sera totalement proscrite et toute forme de publicité, promotion ou parrainage de ces produits sera interdite, dans l’objectif de limiter leur banalisation.
Le texte vise particulièrement le marketing en direction des jeunes : les fabricants devront apposer des avertissements sanitaires visuels et textuels comme ceux apposés sur les conditionnements de cigarettes classiques, et les mentions d’arômes tels que « mangue », « menthe » ou « sucré », ainsi que les images associées, seront bannies des flacons. Le non-respect de cette réglementation est passible d'amendes pouvant atteindre 5 millions de wons (2 886 €) ou six mois d’emprisonnement.
Les produits à saveur fruitée ou de confiserie sont explicitement visés, leur combinaison avec un accès en ligne facilité ayant contribué à freiner la baisse du tabagisme classique et augmenter le vapotage chez les adolescents.
En effet, l'Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies (KDCA) a indiqué que le taux de vapotage chez les jeunes atteignait 2,9 % en 2025, ayant presque rejoint le taux de fumeurs de cigarettes classiques qui est de 3,3 %. Par ailleurs, 61,4 % des jeunes fumeurs utilisent également des cigarettes électroniques.
Le dispositif prévoit aussi un renforcement des inspections, avec des contrôles et prélèvements aléatoires dans les points de vente et entrepôts pour vérifier le respect des nouvelles règles.
Une politique de santé publique alignée sur les recommandations internationales
Le ministère de la Santé coréen présente cette révision comme un levier central pour prévenir le tabagisme chez les jeunes et avancer vers l’objectif d’une « génération sans tabac ». Un responsable du ministère de la Santé et du Bien-être a déclaré que « l’exposition généralisée des adolescents aux stratégies marketing subtiles du tabac dans leur vie quotidienne suscite une vive inquiétude sociale », ajoutant que « cette modification constituera une pierre angulaire pour la création d’une génération sans tabac et la réduction de l’exposition au tabac pour les générations futures. ».
Cette évolution réglementaire s’inscrit dans le cadre de l’application aux nouveaux produits des dispositions de la Convention‑cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS, ratifiée par le pays dès 2005. Depuis plusieurs années, l’agence mondiale de santé l’OMS alerte sur le rôle des arômes dans l’initiation des jeunes au vapotage et recommande de soumettre tous les produits nicotiniques, y compris ceux utilisant de nouvelles formes de nicotine, à un encadrement strict s’ils ne sont pas interdits à la commercialisation.
Sur le plan international, les pays présents à la 11e Conférence des Parties (COP) à la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, en 2025 à Genève, ont adopté une résolution visant à réglementer tous les types de produits du tabac et de la nicotine, afin de répondre aux défis posés par les nouveaux produits nicotiniques. En effet, l’article 2.1 sur les mesures prospectives incite les Parties à prendre des dispositions au-delà du texte stricto sensu de la Convention, donnant en exemple les Pays-Bas qui ont interdit les arômes de cigarettes électroniques et les sachets de nicotine.
Cependant, des défis persistent : les effets sur la santé humaine des « analogues de la nicotine » demeurent encore méconnus même si leur puissance de dépendance est similaire à celle de la nicotine. En raison de leur absence dans la nouvelle loi coréenne, certains experts comme le Dr. Lee Kyu-hong, de l'Institut national de recherche toxicologique, ont demandé que des tests rigoureux soient menés sur ces produits et que la pseudo-nicotine soit soumise à la loi sur l'enregistrement et l'évaluation des substances chimiques (REACH), qui contient des dispositions plus strictes que la loi sur le commerce du tabac[2].
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[1]Korea closes loophole on synthetic nicotine to curb youth vaping, The Korea Times, publié le 20 mars 2026, consulté le 24 mars 2026
[2]Kim Hyun-ji, 인체 흡입 ‘유사니코틴’ 강화된 검증 필요, Daum, publié le 25 mars 2026, consulté le même jour