Corée du Sud : une baisse du tabagisme freinée par l’essor du tabac chauffé et du vapotage

18 décembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 12 décembre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Corée du Sud : une baisse du tabagisme freinée par l’essor du tabac chauffé et du vapotage

Une enquête menée en 2025 montre que le taux de fumeurs de cigarettes classiques en Corée du Sud a reculé à 17,9 % (–1 point en un an), tandis que l’usage de cigarettes électroniques a progressé à 9,3 % (+0,6 point). Au total, 22,1 % de la population adulte déclare consommer un produit contenant de la nicotine (cigarettes manufacturées, tabac chauffé ou produits du vapotage), un recul faible depuis 2019, et une capacité limitée des politiques actuelles à réduire durablement la consommation de nicotine dans la population.

L’enquête a été menée par Korea Disease Control and Prevention Agency (KDCA) entre mai et juillet 2025, auprès de plus de 230 000 adultes de plus de 19 ans, dans le cadre de son enquête nationale de santé. Les participants ont été interrogés sur l’usage de produits nicotinés, incluant les cigarettes classiques, et les dispositifs électroniques que ce soit le tabac chauffé comme les e-cigarettes[1].

Une baisse très marginale du tabagisme, largement compensée par la progression du tabac chauffé et du vapotage

Si l’enquête 2025 fait état d’un léger recul du tabagisme combustible, passant à 17,9 %, cette diminution demeure extrêmement marginale et ne saurait être interprétée comme une amélioration significative de la situation sanitaire. D’après les résultats communiqués, ce taux n’a baissé que d’un point par rapport à l’année précédente. Dans le même temps, l’usage des cigarettes électroniques et du tabac chauffé qui y est rattaché continue de progresser pour atteindre 9,3 %, soit une hausse de 0,6 point en un an. Cette dynamique opposée conduit à une quasi-stagnation de la proportion totale d’adultes consommant un produit nicotiné : l’ensemble des usages (cigarettes combustibles, tabac chauffé et e-cigarettes dont le tabac chauffé) ne recule que de 0,5 point, pour s’établir à 22,1 %.

Les données publiées en 2024 confirment cette tendance structurelle : la progression du tabac chauffé contribue à freiner la baisse du tabagisme. La part de marché des produits à tabac chauffé de Philip Morris International atteignait ainsi 8,1 % en 2024 (contre 7,1 % l’année précédente), tandis que ces produits représentaient 16,5 % des ventes totales de tabac au premier semestre 2023. Ces évolutions montrent que la diminution du tabagisme traditionnel est en grande partie compensée par l’essor rapide de produits nicotinés alternatifs, qui recomposent le marché plutôt qu’ils n’entraînent une sortie réelle de la dépendance nicotinique voire ne constitue nullement une réduction des risques pour les consommateurs [2].

Le dynamisme du marché des e-cigarettes, des liquides aromatisés, des dispositifs de tabac chauffé et des produits contenant des analogues de la nicotine renforce cette recomposition. Souvent commercialisés comme plus modernes ou moins nocifs, ces produits attirent à la fois des fumeurs, des ex-fumeurs et des non-fumeurs, entretenant une consommation régulière de nicotine sous des formes variées. Leur attractivité, liée à une offre diversifiée et à un encadrement encore insuffisant, favorise des trajectoires où la nicotine demeure omniprésente.

La persistance d’un niveau élevé d’usage global de nicotine, combinée à l’essor continu de produits alternatifs, montre que les politiques actuelles ne parviennent pas encore à réduire durablement la dépendance nicotinique au sein de la population. Elle souligne la nécessité d’un renforcement du cadre réglementaire et d’une surveillance accrue de l’ensemble des produits émergents, afin d’éviter une renormalisation des usages et de soutenir effectivement la réduction des risques par l’arrêt complet du tabac sous toutes ses formes.

Une accumulation de facteurs de risque dans la population adulte coréenne

L’enquête coréenne montre que plusieurs facteurs de risque pour la santé demeurent fortement présents au sein de la population adulte. Outre le tabac et les cigarettes électroniques, la consommation d’alcool reste élevée et stagne, tandis que le taux d’obésité atteint 35,4 % et que les indicateurs d’activité physique continuent de se détériorer : seuls 26% des adultes déclarent pratiquer une activité physique modérée à soutenue, et la proportion de personnes marchant régulièrement recule à 49,2 %. L’ensemble de ces tendances met en évidence le poids des déterminants commerciaux de la santé, c’est-à-dire l’influence des industries du tabac, de la nicotine, de l’alcool, de l’alimentation ou encore du numérique, qui façonnent les comportements à travers la disponibilité, la promotion, l’attractivité et la normalisation de produits nocifs.

Dans ce contexte, le renforcement de la réglementation apparaît indispensable pour réduire l’exposition de la population à ces produits et limiter l’impact des stratégies commerciales qui maintiennent des niveaux de consommation élevés. Seule une approche globale, intégrant explicitement les déterminants commerciaux de la santé et l’environnement dans lequel s’inscrivent ces comportements, permettra de protéger efficacement les publics, notamment les jeunes les plus exposés aux pratiques de ces entreprises.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Kim Hyunjeong, Conventional Cigarette Smoking Declines but E-Cigarette Use Rises... Obesity Rate Continues to Increase, The Asia Business Daily, publié le 8 décembre 2025, consulté le jour-même

[2] Génération sans tabac, En Corée du Sud, la baisse du tabagisme traditionnel ralentie par le tabac chauffé et les nouveaux produits de la nicotine, publié le 22 octobre 2025, consulté le 9 décembre 2025

Comité national contre le tabagisme |

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