La Syrie annonce une interdiction totale des cigarettes électroniques

6 mars 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 4 mars 2026

Temps de lecture : 6 minutes

La Syrie annonce une interdiction totale des cigarettes électroniques

Les autorités de Damas, en Syrie, ont annoncé une interdiction complète des cigarettes électroniques et tous leurs composants[1]. La décision couvre la production, la distribution, la vente et l’achat de ces produits dans tous les commerces et établissements du pays ainsi que leur usage. Selon l’agence de presse SANA, cette mesure vise à protéger la santé publique, en particulier celle des enfants et des jeunes.

Des motivations sanitaires et un vide juridique pour justifier leur interdiction

Le directeur des affaires sanitaires de Damas, Radwan Al-Sawwaq, a décidé de faire appliquer strictement une circulaire de 2009. Cette dernière bannit complètement ces produits de tous les magasins généralistes et spécialisés. La mesure, jusqu’alors non appliquée par les pouvoirs publics, a été constamment violée par les responsables des magasins de vapotage et les cigarettes électroniques n’ont cessé de proliférer.

Radwan Al-Sawwaq a indiqué que l’utilisation des cigarettes électroniques est associée à des lésions pulmonaires et potentiellement à des maladies cardiovasculaires, en raison de substances toxiques inhalées. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les cigarettes électroniques augmentent la pression artérielle et le rythme cardiaque. Ceci peut entraîner à terme un rétrécissement des vaisseaux sanguins, provoquant des maladies cardiaques et accidents vasculaires cérébraux. Les effets sur la santé de ces produits tendent à être de plus en plus . À cela s’ajoutent les arômes qui attirent les jeunes et le caractère addictif des produits.

Al-Sawwaq a évoqué cette popularité croissante, notamment auprès des adolescents et des écoliers, soulignant un possible effet passerelle de ces produits vers les produits du tabac alors qu’il s’agissait au départ d’un outil de sevrage tabagique.

Le chef du département de promotion de la santé communautaire a cité une enquête de santé scolaire menée en 2024 montrant qu'environ 17 % des élèves âgés de 11 à 17 ans utilisent des cigarettes électroniques.

En l’absence de classification et de de règlementation relative aux produits du vapotage ou encore concernant les sachets de nicotine, ceux-ci ont été mis sur le marché alors même que leur origine et leurs composants sont inconnus.

De même, s’agissant du tabac chauffé, qui est un produit du tabac, les dispositions relatives à ces produits n’ont pas été clairement appliquées en lien avec la confusion délibérément entretenue par les fabricants de tabac qui les apparentent à des cigarettes électroniques[2].

Avec cette décision d’une interdiction généralisée des cigarettes électroniques, la Syrie ne fait pas exception dans la région. Au Moyen-Orient en effet, elles sont interdites à la vente et à la distribution au Bahreïn, en Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Oman, Qatar et en Turquie. À l’échelle internationale, au moins 46 pays dans le monde ont pour l’heure interdit la vente et la distribution des cigarettes électroniques selon les recensements internationaux disponibles[3].

Une mesure d’interdiction accompagnée d’un renforcement des contrôles et sanctions

En cas d’infraction, les produits seront saisis et détruits, et des poursuites judiciaires seront engagées contre les établissements concernés.

Les commerces en infraction seront fermés pendant trois jours à la suite d’un premier manquement, et la durée de fermeture sera doublée en cas de récidive.

Les autorités ont par ailleurs renforcé les contrôles dans la ville, notamment dans les marchés publics, les centres commerciaux et les galeries marchandes, afin d’assurer l’application de cette interdiction et de limiter la diffusion des cigarettes électroniques.

Un tabagisme classique qui semble encore élevé et doit être combattu comme l’ingérence de l’industrie

La Syrie est par ailleurs un pays où le tabagisme classique est élevé et demeure peu combattu. Les dernières données pour l’année 2023 indiquaient une prévalence de 14,71 % chez les jeunes garçons de 10-14 ans et 21,09 % de tous les décès masculins en Syrie seraient attribuables au tabagisme[4].

Le pays est marqué par l’existence d’un monopole d’État, qui détient des participations directes ou indirectes dans l’industrie du tabac[5] plaçant l’industrie au cœur de la décision publique. S’y ajoute une forte instabilité politique et au sein de la société civile qui contribue à rendre le pays faiblement protégé face à l’ingérence industrielle. Le commerce des produits du tabac légal et illégal demeure conséquent. En 2023, les exportations syriennes de cigares ou de cigarettes vers les principaux importateurs que sont le Liban, la Jordanie et le Qatar représentaient encore des millions de dollars, alors même que le pays était en guerre civile[6].

Les dispositions en vigueur sont souvent insuffisantes, comme les tailles très réduites accordées aux avertissements sanitaires, ou bien elles ne sont pas appliquées, en particulier dans le domaine des interdictions de publicités, parrainage, promotions.

Pour réduire la prévalence tabagique globale et faire appliquer les dispositions adoptées, le pays doit donc protéger les politiques de santé de l’ingérence de l’industrie du tabac et veiller à stabiliser la situation politique et sociale, conformément à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac qu’elle a signée en 2013.

©Génération Sans Tabac

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[1]محافظة دمشق تمنع السجائر الإلكترونية.. ما الأسباب؟, Enab Baladi, publié le 25 février 2026, consulté le 3 mars 2026

[2]Using HTP in Syria, Global State of Tobacco Harm Reduction, mis à jour le 31 mars 2025, consulté le 3 mars 2026

[3]Global Center for Good Governance in Tobacco Control, E-CIGARETTE BAN & REGULATION: Global Status as of May 2025, publié le 4 juin 2025, consulté le 3 mars 2026

[4]Drope J, Hamill S, Country profile: Syrian Arab Republic, The Tobacco Atlas. New York: Vital Strategies and Economics for Health, mis à jour en 2025, consulté le 3 mars 2026

[5]L’État et le tabac : quand le promoteur est aussi l’autorité de réglementation, Génération sans tabac, publié le 6 septembre 2025, consulté le 3 mars 2026

[6]Les guerres et les conflits, terrains prospères pour l’industrie du tabac, Génération sans tabac, publié le 8 octobre 2024, consulté le 3 mars 2026

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