Une enquête sur le rôle des industriels du tabac dans l’essor des nouveaux produits en France

15 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 16 janvier 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Une enquête sur le rôle des industriels du tabac dans l’essor des nouveaux produits en France

Le documentaire « Enfumés - J'ai infiltré l'industrie de la vape », réalisé par la journaliste d’investigation Manon de Couët, propose une enquête sur l’industrie du tabac qui pousse de nouveaux produits dont la cigarette électronique et le tabac chauffé[1]. Il analyse la manière dont le vapotage connaît une croissance rapide en France, avec près de 3,6 millions d’utilisateurs et une forte progression chez les jeunes et les non-fumeurs, alors même que le tabagisme classique recule, notamment chez les jeunes. Initialement présenté comme une alternative au tabac, le marché de la cigarette électronique est désormais contrôlé dans une large mesure par les grands groupes du tabac qui contournent la loi et s’appuient sur des stratégies commerciales ciblant des publics jeunes voire très jeunes. Cette dynamique suscite des préoccupations croissantes sur les risques sanitaires du vapotage et sur l’adaptation du cadre réglementaire actuel. Le documentaire est diffusé depuis le mercredi 7 janvier sur france.tv et sur la chaîne YouTube « Slash enquêtes ».

L'industrie du tabac appuie la hausse du vapotage par tous les moyens possibles

La cigarette électronique a été présentée initialement comme une « alternative » au tabac combustible – ce dernier restant la première cause de mortalité prématurée et évitable en France, avec environ 75 000 décès par an –, un outil à l’attention des fumeurs soucieux d’arrêter. Toutefois, le vapotage n’est pas clairement défini comme un outil de sevrage tabagique, contrairement à des moyens éprouvés comme les traitements de substitution de nicotinique (gommes, sprays, patchs…) couplés à de la thérapie cognitivo-comportementale, ou des médicaments sur ordonnance comme la varénicline et le bupropion pour limiter l’envie de nicotine. Et alors que ces traitements sans risque sont pris en charge par l’assurance maladie et s’inscrivent dans une perspective d’utilisation limitée dans le temps, les produits du vapotage sont à la charge des patients et ne sont pas sans risques pour leur santé. En outre, ils maintiennent les personnes dans la dépendance nicotinique.

En effet, entre 2017 et 2023, le nombre de vapoteurs a plus que doublé, et il a presque triplé chez les jeunes de 17 ans. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 64 % des Français de 18-24 ans ont déjà expérimenté la cigarette électronique, et 8,7 % des Français de 25-35 ans vapotent quotidiennement. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de forte croissance du marché français, qui a progressé d’environ 75 % au cours des trois dernières années, traduisant une forme d’ancrage de la consommation de produits du vapotage.

Aujourd’hui, une part non négligeable de ce marché (environ 15 %) est détenue par des cigarettiers tels que British American Tobacco (propriétaire de Vogue et Lucky Strike), Imperial Brands (Gauloises et Gitanes) et Philip Morris International (Philip Morris et Marlboro). Ces acteurs ont détourné des notions de santé, notamment celle de « réduction des risques », pour redorer leur image fortement dégradée, voire pour apparaître comme des acteurs force de propositions dans l’épidémie tabagique. Dans cette perspective, ils mettent sur le marché depuis ces dernières années un nombre croissant de produits à la nicotine, de nature variable (tabac chauffé, cigarettes électroniques, sachets de nicotine, produits hybrides, etc.) mais tous amalgamés sous le concept de produits à risques réduits en vue de rassurer les consommateurs et de les dissuader d’arrêter.

Pour rappel, la cigarette électronique (avec des marques comme Vuse, Blu, Veev…) est un produit de la nicotine sans tabac et ne possède donc pas les mêmes composants et risques sanitaires que le tabac chauffé (avec des marques comme IQOS, glo, Ploom, lil…), qui lui est un produit du tabac, dont la toxicité est par conséquent à rapprocher de la cigarette. Omettant leurs grandes différences de risques pour la santé, les industriels classent sciemment les deux produits dans la catégorie des outils de "réduction des risques" afin de faire profiter au tabac chauffé du même essor qu'a connu la cigarette électronique.

Pour autant, ils continuent de tirer l’essentiel de leurs gigantesques profits de la vente de cigarettes de tabac classiques et à s’opposer systématiquement à toute mesure susceptible de réduire la consommation de tabac classique.

Malgré des procédures initiées par les associations de santé publique, comme la condamnation par le CNCT des sociétés Philip Morris France (PMF) et Philip Morris Products (PMP) pour publicité illicite en faveur du tabac pour son dispositif de tabac chauffé, l’IQOS, des salariés de Philip Morris France expliquent à la journaliste que leur employeur profite que les procédures judiciaires à son encontre durent des années pour continuer leur marketing sur les lieux de vente en attendant la décision finale.

Des stratégies commerciales agressives pour banaliser un produit dangereux pour la santé

L’enquête de la journaliste, sous forme d’infiltration au siège de Philip Morris France à La Défense, met en lumière les actions déployées pour promouvoir les nouveaux produits du cigarettier, notamment auprès des jeunes adultes : présence dans des lieux festifs, campagnes ciblées, recours aux réseaux sociaux et aux influenceurs, ainsi que des actions de lobbying auprès des pouvoirs publics.

Le documentaire s’intéresse également à la composition des cigarettes électroniques. Des chercheurs interrogés soulignent la présence de substances potentiellement nocives, telles que des composés cancérigènes ou des métaux lourds, et appellent à une évaluation approfondie des risques sanitaires associés à ces produits.

Par ailleurs, les recherches scientifiques actuelles font état de troubles pulmonaires, cardiovasculaires, neurologiques ou encore des troubles de la mémoire, du sommeil ou anxieux qui peuvent découler du vapotage. De plus, la nicotine est toutes drogues confondues la plus difficile à arrêter, étant extrêmement addictive, et ce très rapidement, et très facile d’accès partout.

Une étude indépendante menée par plusieurs instituts de recherche européens, renforcée par une revue systématique de la littérature, a notamment relevé 1 740 substances dans les cigarettes électroniques, dont 134 ont été estimées extrêmement nocives, incluant des composés cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, toxiques en cas d’exposition chronique, irritants pour les voies respiratoires ou perturbateurs endocriniens, certaines cumulant plusieurs de ces effets.

À travers cette enquête, Manon de Couët cherche ainsi à sensibiliser et responsabiliser le public face aux risques sanitaires de la cigarette électronique mais surtout à mettre en lumière la désinformation et les contournements d'une industrie en quête de nouveaux clients, de plus en plus jeunes et non-fumeurs. La proportion de vapoteurs n’ayant jamais fumé en France est relativement faible mais représentait néanmoins 2,8 % des vapoteurs quotidiens en 2024. Des produits facilement accessibles aux mineurs signifient une dépendance précoce à la nicotine et donc une consommation de cigarettes électroniques sur le long terme, voire un passage à d’autres produits nicotiniques en raison d’un « effet passerelle » : les données de consommation mettent en exergue qu’une proportion importante d’utilisateurs de cigarettes électroniques continuent à fumer, ce qui ne réduit pas les risques pour le fumeur mais tend plutôt à les aggraver.

Pour leur part, les organisations de santé publique comme le CNCT rappellent que seule l’application stricte de mesures telles que l’instauration d’une fiscalité, la suppression des arômes, l’instauration d’un conditionnement neutre, le contrôle de l’offre avec un agrément pour les magasins qui vendent ces produits, l’interdiction de la vente en ligne, mais aussi le respect des dispositions existantes comme l’interdiction de leur vente aux mineurs ainsi que de toute publicité et promotion peut permettre d’endiguer le développement de ces produits.

©Génération Sans Tabac

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[1]« Enfumés. J’ai infiltré l’industrie de la vape », France Télévisions, publié le 4 décembre 2025, consulté le 9 janvier 2026

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