Une étude européenne met en lumière 134 toxines présentes dans les cigarettes électroniques et le tabac chauffé
30 décembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 29 décembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Une étude publiée dans la revue Nicotine & Tobacco Research et menée par plusieurs instituts de recherche européens conclut que les cigarettes électroniques et le tabac chauffé, deux produits distincts – l’un du vapotage et l’autre du tabac – mais souvent présentés conjointement et mis à tort dans la même catégorie, contiennent 134 substances présentant un risque direct pour la santé[1]. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de l’Action conjointe pour la lutte antitabac 2 (JACT2), qui vise à appuyer scientifiquement la mise en œuvre de la directive européenne sur les produits du tabac (DPT) et les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les chercheurs alertent sur le fait que la présence de ces substances, interdites dans les produits du tabac et de la nicotine, pourrait justifier le retrait du marché de certains produits, pourtant présentés par les fabricants comme des « alternatives » moins nocives au tabac classique.
Des centaines de substances identifiées dans les cigarettes électroniques et le tabac chauffé
Pour cette étude, les chercheurs français, norvégiens, espagnols, grecs et néerlandais ont recensé 1 740 substances dans les produits et leurs émissions. Les ingrédients ont été identifiés à partir des données fournies par la Belgique, la France, les Pays-Bas et la Suède à la base de données EU-CEG (European Union Common Entry Gate), dans laquelle les fabricants sont tenus de déclarer la composition de leurs produits.
Ainsi, 1 301 substances ont été relevées dans les cigarettes électroniques et 88 dans les produits du tabac chauffé.
En parallèle, une revue systématique de la littérature a permis d’identifier 284 substances dans les émissions des cigarettes électroniques et 380 dans celles des produits du tabac chauffé.
Certaines de ces substances sont dangereuses, ce que savent les fabricants
Les 1 740 substances recensées ont été classées en trois catégories selon les connaissances toxicologiques disponibles : la catégorie 1 regroupe les substances présentant le risque le plus élevé, la catégorie 2 celles considérées comme potentiellement nocives, et la catégorie 3 celles pour lesquelles les données actuelles sont insuffisantes.
Parmi l’ensemble des substances identifiées, 134 relèvent de la catégorie prioritaire. Il s’agit notamment de composés organiques volatils, de nitrosamines spécifiques au tabac, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques et de métaux.
Ces substances incluent des composés cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, toxiques en cas d’exposition chronique, irritants pour les voies respiratoires ou perturbateurs endocriniens, certaines cumulant plusieurs de ces effets.
Les chercheurs notent que dans les cigarettes électroniques, certaines de ces substances étaient présentes à la fois comme ingrédients et dans les émissions, indiquant que malgré leurs dangers bien documentés, les fabricants intègrent ces substances en toute connaissance de cause.
Les chercheurs appellent à renforcer le cadre réglementaire et la transparence autour de ces nouveaux produits
Les auteurs estiment que ces résultats mettent en évidence des lacunes dans l’application de la réglementation actuelle et soulignent la nécessité d’un contrôle plus strict des interdictions existantes, alors que selon le dernier rapport de l’OCDE sur la santé cardiovasculaire dans l’UE, le vapotage chez les personnes âgées de 15 ans et plus dans l'UE a augmenté de 45 %, atteignant 4 % en 2024, ce qui suscite des inquiétudes quant à l'émergence de nouvelles habitudes de consommation de nicotine[2].
Ils recommandent aux autorités d’utiliser la classification proposée pour faire appliquer les dispositions de la directive de l'Union européenne sur les produits du tabac (2014/40/UE), entrée en vigueur en 2016, notamment en ce qui concerne l’interdiction d’ajouter certaines substances comme additifs. En effet, les articles 7 et 20 de la DPT stipulent que les substances nocives classées dans la catégorie 1 de cette étude ne peuvent être ajoutées aux produits du tabac et de la nicotine en tant qu'additifs, et l’article 20.3(e) de la DPT sur les ingrédients contenus dans les e-liquides stipule que les substances dont l'innocuité n'a pas été prouvée pour la santé humaine des catégories 2 et 3 ne peuvent pas non plus être ajoutés aux produits.
Les chercheurs suggèrent également de renforcer la directive afin d’exiger davantage d’informations sur les ingrédients et émissions de la part des fabricants, de définir des exigences techniques pour limiter l’exposition aux substances nocives comme les métaux (réglages de puissance fixes, plage de puissance et/ou de température pour la résistance…), et d’étendre et d’harmoniser le cadre réglementaire à des produits sans nicotine mais qui peuvent rester nocifs, comme les cigarettes électroniques sans nicotine, les produits à base d’herbes ou les succédanés du tabac.
Ils appellent enfin à une meilleure information du public sur les risques sanitaires associés à l’usage de ces produits.
D’autres travaux indépendants publiés ces dernières années, en particulier l’analyse approfondie menée par le Tobacco Control Research Group de l’Université de Bath et une méta-analyse parue en 2025 dans Tobacco Control, avertissaient déjà plus particulièrement sur le tabac chauffé. Ces chercheurs soulignaient notamment que pour le moment, la recherche sur le tabac chauffé repose surtout sur des essais largement financés par l’industrie. Les travaux portent sur des durées d’utilisation limitées dans le temps, essentiellement sur du court terme, et les études sont très contrôlées et ne reflètent pas la nocivité réelle de ces produits. Les effets sanitaires tant immédiats qu’à long terme du tabac chauffé restent ainsi insuffisamment documentés, une incertitude exploitée par les fabricants dans leur stratégie marketing de « réduction des risques », afin d’étendre le marché de leurs nouveaux produits.
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[1]Maya El Bouz, Clara Neto, Thibault Mansuy, Rune Becher, Håkon Valen, Espen Mariussen, Daniela Alejandra Blanco-Escauriaza, Adrián González-Marrón, Efthimios Zervas, Anne Havermans, Reinskje Talhout, Yvonne C.M. Staal, Health Hazards of E-Cigarettes and Heated Tobacco Products: a Comprehensive Analysis of Hazardous Substances and Regulatory Gaps, Nicotine & Tobacco Research, publié le 6 décembre 2025, consulté le 22 décembre 2025
[2]OCDE, The State of Cardiovascular Health in the European Union, OECD Publishing, publié en 2025, consulté le 22 décembre 2025
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