Singapour envisage de rendre strictement illégal le vapotage d’étomidate

26 juillet 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 22 juillet 2025

Temps de lecture : 4 minutes

Singapour envisage de rendre strictement illégal le vapotage d’étomidate

L’étomidate, un puissant anesthésique médical, sera prochainement inscrit au tableau des substances contrôlées par la Misuse of Drugs Act (MDA) à Singapour, a annoncé le ministre de la Santé Ong Ye Kung le 19 juillet 2025. Actuellement soumis à la Poisons Act, l’étomidate n’entraîne que des sanctions limitées, principalement des amendes en cas d’usage illicite. Toutefois, face à une augmentation significative des abus, notamment via des cigarettes électroniques appelées Kpods, les autorités ont décidé d’adopter des mesures plus strictes. Une fois l’étomidate placé sous le contrôle de la MDA, l’usage et le trafic de Kpods contenant de l’étomidate seront passibles de peines plus sévères comme pour le cannabis ou la cocaïne, incluant des mesures de réhabilitation obligatoires et des peines d’emprisonnement, à l’image de celles prévues pour des substances telles que l’Erimin-5[1].

Un usage détourné aux conséquences préoccupantes

Le ministre Ong a souligné que la décision serait mise en œuvre dans les prochaines semaines, en attendant des réformes législatives plus larges. Il a mis en garde contre l’évolution de l’usage des cigarettes électroniques : « La cigarette électronique n’est plus seulement un dispositif de diffusion de nicotine. Elle est désormais utilisée pour inhaler des substances psychoactives, voire des drogues dures. ». La nicotine partage déjà, en soi, certaines caractéristiques des drogues dures, car selon certaines études celle-ci est presque aussi addictive que l’héroïne ou le crack, agit également sur la libération de dopamine et son sevrage est difficile, avec des dégâts physiques et psychiques notables.

Lors de récentes opérations de contrôle, un tiers des plus de 100 cigarettes électroniques saisies contenait de l’étomidate. Des enquêtes sont en cours sur des cas de décès non naturels, y compris des accidents de la route, possiblement associés à cet usage détourné.

Bien que l’étomidate soit autorisé en milieu médical comme anesthésique injectable, celui-ci n’a jamais été conçu pour l’inhalation, qui présente de sérieux risques. Parmi les effets secondaires observés se trouvent des crises convulsives, des troubles respiratoires et des épisodes de psychose.

Appels à la vigilance et au renforcement des contrôles

Le ministre a exhorté les consommateurs à cesser immédiatement toute utilisation de Kpods, déclarant : « Arrêtez maintenant, avant que la loi ne vous rattrape. C’est extrêmement dangereux. ». Il a ajouté que plusieurs autres agences, en dehors des autorités sanitaires et des agents de police, ont adopté des mesures de contrôles en la matière comme le Conseil des parcs nationaux, l'Agence nationale pour l'environnement et l'Autorité des transports terrestres[2].

Par ailleurs, l’Autorité des sciences de la santé a étendu les horaires de sa ligne téléphonique pour signaler les infractions liées au vapotage, désormais accessible tous les jours de 9h à 21h.

Cette intensification des contrôles coïncide avec la campagne « Vaping: The Invisible Crisis » menée par The Straits Times, qui a sensibilisé l’opinion publique et incité à des actions contre les vendeurs en ligne. Depuis le lancement de la campagne, plusieurs canaux de vente sur Telegram spécialisés dans les Kpods semblent inactifs.

À Singapour, la possession ou l’usage de dispositifs de vapotage peut entraîner une amende allant jusqu’à 2 000 SGD (environ 1 339 euros). Ceux qui en font le commerce, l’importation ou la distribution risquent jusqu’à six mois d’emprisonnement et 10 000 SGD (environ 6 697 euros) d’amende. Avec l’inscription prochaine de l’étomidate sous l’autorité de la MDA, les sanctions pour détention ou consommation pourraient atteindre deux ans de prison et une amende similaire de 10 000 SGD.

Les experts de santé se disent de plus en plus inquiets par l’utilisation détournée des cigarettes électroniques dans le monde. Aux États-Unis, une récente enquête a révélé qu’entre 2021 et 2023, de plus en plus d’adolescents ont vapoté du THC, du CBD et des cannabinoïdes synthétiques. L’étude souligne également que de plus en plus d’adolescents déclarent ne pas savoir quelle substance ils ont vapotée, ceux-ci étant désarmés face à un marché mal contrôlé et réglementé et un flou sur le danger de ces produits illégaux, y compris sur leur santé mentale.

©Génération Sans Tabac

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[1]Borneo Bulletin, Singapore to strengthen laws on etomidate-laced vapes amid growing abuse, publié le 21 juillet 2025, consulté le 21 juillet 2025

[2]CNA, Singapore plans to list etomidate in vapes as illegal drug, SCMP, publié le 20 juillet 2025, consulté le 21 juillet 2025

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