Royaume-Uni : stagnation du vapotage à l’approche de l’interdiction des dispositifs jetables
22 avril 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 22 avril 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Une étude récente révèle que l’augmentation du nombre de Britanniques utilisant la cigarette électronique semble avoir atteint un plateau[1]. Entre le début de l’année 2022 et janvier 2024, la proportion d’usagers a pourtant connu une hausse de près de 25 %. Les chercheurs de l’University College London (UCL), à l’origine de l’étude, précisent toutefois que cette progression s’est arrêtée entre janvier 2023 et janvier 2024, aussi bien chez les adultes que chez les jeunes[2].
Une progression marquée du vapotage, qui semblerait stabilisée
Ce constat intervient peu avant l’entrée en vigueur, le 1er juin 2025, d’une interdiction nationale des cigarettes électroniques jetables, annoncée par le député conservateur Rishi Sunak. Cette mesure vise notamment à limiter l’addiction des jeunes et à réduire la pollution liée à ces produits à usage unique. Si la loi sur le tabac et les vapes est adoptée, certains arômes destinés à séduire les plus jeunes ainsi que la publicité pour les e-cigarettes seront également restreints.
Les données issues du Smoking Toolkit Study, une enquête menée de manière continue auprès de 88 611 adultes anglais, gallois et écossais de 16 ans et plus, montrent que la proportion de vapoteurs de plus de 16 ans est passée de 8,9 % à 13,5 % entre janvier 2022 et janvier 2024[3]. Chez les 16-24 ans, cette part a bondi de 17 % à 26,5 %. En janvier 2024, 43,6 % des vapoteurs utilisaient principalement des modèles jetables. Un an plus tard, cette proportion était tombée à moins d’un tiers (29,4 %), avec une baisse particulièrement marquée chez les plus jeunes, les 16-24 ans passant de 63 % à 35 %. Les chercheurs notent cependant que ces chiffres pourraient sous-estimer l’usage réel des produits jetables, notamment à cause d’une possible sous-déclaration après l’annonce de l’interdiction.
Un enjeu de santé publique entre efficacité et prudence
Depuis plusieurs années, le NHS (le service de santé britannique) recommande les cigarettes électroniques comme outil pour arrêter de fumer, le tabagisme étant lié à environ 76 000 décès prématurés par an au Royaume-Uni, notamment par AVC et cancers. Selon les autorités sanitaires, les vapes sont bien moins dangereuses que le tabac traditionnel et peuvent réellement aider les fumeurs à arrêter. Toutefois, le vapotage n’est pas sans risque : les e-cigarettes contiennent des substances toxiques, et leurs effets à long terme restent encore inconnus. D’après NHS Digital, en 2022 près de 350 hospitalisations liées au vapotage ont été comptabilisées en Angleterre, dont 50 concernaient des enfants, principalement causées par des inflammations pulmonaires.
Face à cette situation, la chercheuse principale de l’étude, le Dr Sarah Jackson, souligne que des mesures sont encore nécessaires pour réduire les taux de vapotage élevés. Cependant, elle estime que la stabilisation actuelle peut rassurer les responsables politiques et les inciter à éviter des restrictions trop sévères. Elle précise également que l’interdiction des vapes jetables pourrait avoir un impact limité, car les utilisateurs semblent déjà se détourner de ces produits au profit de dispositifs réutilisables, à la durée de vie plus longue et souvent moins onéreux à long terme. Elle a ajouté que les fabricants de produits de vapotage ont réagi rapidement à l'interdiction à venir, les marques de produits jetables « les plus populaires » produisant des versions rechargeables de leurs modèles les plus appréciés. « Elles sont très similaires en termes de design, de couleurs, d'arômes et même de prix », a-t-elle précisé[4]. Dans les pays où les réglementations sont fortes, les industriels du tabac, vapotage et autres produits à la nicotine s’adaptent si vite qu’ils commercialisent désormais des produits du vapotage avec des analogues à la nicotine en vue de contourner les réglementations[5].
Caroline Cerny, directrice générale adjointe de l'organisation caritative de santé publique Action on Smoking and Health (Ash), a commenté ces résultats : « Ces données indiquent que l'action du gouvernement en matière de vapotage commence à modifier les pratiques commerciales et le comportement des consommateurs […]. C'est un signe positif et cela montre que les réglementations prévues ont le potentiel de s'attaquer à la tendance du vapotage chez les jeunes […] En même temps, il est important de trouver le bon équilibre : protéger les jeunes tout en aidant les adultes à arrêter de fumer. Avec des politiques bien conçues, nous pouvons atteindre ces deux objectifs.[6] ».
Une étude récente a montré que, globalement, les citoyens britanniques soutiennent des politiques de santé audacieuses et qu’atteindre une « génération sans tabac » serait positif pour l’économie britannique, en dépit d’actions répétées de l’industrie du tabac pour miner ces efforts.
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[1]Bowkett Bill, Rapid rise in e-cigarettes 'stalls' ahead of a nationwide ban on single-use vapes, study suggests, The Standard, publié le 16 avril 2025, consulté le 17 avril 2025
[2]UCL, Rapid rise in vaping in Britain has stalled, publié le 15 avril 2025, consulté le 17 avril 2025
[3]Smoking in England, Discover Major Findings Relating to Smoking in England, consulté le 17 avril 2025
[4]Rackham Annabel, Disposable vape use falling in UK ahead of ban, BBC, publié le 16 avril 2025, consulté le 17 avril 2025
[5]Génération sans tabac, La 6-méthyl-nicotine : Une molécule de synthèse présente dans les produits du vapotage et sachets oraux, publié le 31 mars 2025, consulté le 17 avril 2025
[6]Telegraph, Disposable vapes ban ‘unlikely’ to tackle e-cigarette use, publié le 16 avril 2025, consulté le 17 avril 2025