Le Sri Lanka, confronté à un coût élevé du tabagisme et à l’influence de l’industrie du tabac
12 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 9 janvier 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Au Sri Lanka, la consommation de tabac continue de peser lourdement sur la santé publique, l’économie et l’environnement. Alors que près d’un adulte sur cinq fume et que le tabac est associé à des dizaines de décès prématurés quotidiens, son coût annuel est estimé à 241 milliards de roupies, soit 1,5 % du PIB. Dans le même temps, plusieurs rapports pointent l’influence persistante de l’industrie du tabac sur les politiques publiques, freinant le renforcement des mesures de lutte antitabac malgré les engagements internationaux du pays.
Un coût sanitaire, économique et environnemental du tabac important pour le pays
19,4 % des adultes sri lankais consomment du tabac, soit environ 1,5 million d'adultes dépendants au tabac, la prévalence étant nettement plus élevée chez les hommes (36,2 %) que chez les femmes (4,9 %)[1].
Les dépenses quotidiennes liées à l’achat de cigarettes atteignent près de 520 millions de roupies (1,4 million d’euros), tandis que le tabac est associé à près de 22 000 décès prématurés annuels et constitue un facteur de risque majeur de maladies non transmissibles, responsables d'environ 83,9 % des décès prématurés et évitables dans le pays.
Selon le Centre d'information sur l'alcool et les drogues (ADIC), la consommation d’alcool et de tabac au Sri Lanka entraîne une perte économique annuelle estimée à 241 milliards de roupies (665 millions d’euros), soit l’équivalent de 40 % du budget public alloué à la santé et d’environ 1,5 % du produit intérieur brut (PIB). De plus, les fabricants de tabac au Sri Lanka engrangent des profits considérables malgré la baisse des ventes et de la consommation de cigarettes : en 2023, les ventes de cigarettes ont chuté, mais les entreprises ont enregistré une hausse de leurs bénéfices, attribuée à des mesures de réduction des coûts. Aucune nouvelle taxe n'a été introduite en 2026 pour dissuader les jeunes de s’initier à ces produits et inciter les fumeurs à l’arrêt[2], ce qui soulève des inquiétudes quant à la politique fiscale du gouvernement, jugée laxiste par l’ADIC.
Le tabac est aussi un fléau écologique : d’après le Dr. Ananda Rathnayaka, président de l’Autorité nationale du tabac et de l'alcool (NATA), au Sri Lanka, environ six millions de filtres de cigarettes sont jetés chaque jour dans l'environnement. Il s'agit de l'un des plus importants déchets non biodégradables du pays. Les dommages causés par les filtres usagés de cigarettes dans l'environnement sont largement reconnus.
Par ailleurs, le tabac n’entre pas dans l’économie circulaire, aucun dispositif de recyclage des mégots n’ayant été validé au regard de la consommation en énergie et ressources hydriques que ce recyclage requiert et au regard de la toxicité même des produits.
À cet égard, les avancées obtenues lors de la 11e Conférence des Parties (COP11) de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS, qui s'est tenue à Genève l'année dernière, et à laquelle le Sri Lanka participait, sont importantes.
L’industrie du tabac est fortement implantée dans l’économie et influence la politique nationale de santé
L’Indice mondial d’interférence de l’industrie du tabac (GTIII) est mis à jour tous les deux ans afin de suivre la mise en œuvre par les pouvoirs publics des dispositions pratiques de l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Cet article constitue une obligation générale pour tout pays devenu Partie à ce traité et leur impose une protection des politiques de santé à l’égard de toute interférence de l’industrie du tabac.
L’édition de 2025, qui évalue 100 pays (1 point étant le meilleur score et 100 le pire), place le Sri Lanka au 45e rang, avec une dégradation de son score depuis 2023[3].
L’industrie du tabac, et notamment la Ceylon Tobacco Company (CTC), exerce une influence croissante qui affaiblit les mécanismes de protection de la santé publique. L’existence de conflits d’intérêts parmi les responsables publics pèse sur les décisions prises : à titre d’illustration, en septembre 2022, le président de la CTC était également à la tête de l'unité de restructuration des entreprises publiques du ministère des Finances et responsable des initiatives dites de responsabilité sociale d’entreprise (RSE) par les acteurs du secteur. En parallèle, une collaboration à long terme a lieu entre le gouvernement et l’industrie pour la conservation des forêts – le département de la conservation des forêts du Sri Lanka ayant collaboré avec la Ceylon Tobacco Company pour restaurer les terres forestières dégradées à Dambulla.
Or, ces actions sont essentiellement conçues par les acteurs du secteur tabac dans une optique de redorer leur image fortement dégradée et d’empêcher l’adoption de mesures portant atteinte à leurs intérêts.
En outre, la destruction des saisies de cigarettes illicites est confiée à la Ceylon, ce dernier se positionnant ainsi en victime du commerce illicite alors même que l’industrie du tabac est régulièrement accusée par les ONG et l’OMS de contribuer au commerce illicite et d’en tirer un profit indirect. Le fait même de déléguer cette mission particulière à l’industrie du tabac constitue une des violations de l’article 5.3 de la CCLAT dans la mesure où elle en fait un acteur décisionnaire en matière de politique antitabac.
Cette influence sert à l’industrie à affaiblir la législation antitabac
Lors d’une conférence de presse à Colombo, la capitale, le Dr. Sajeeva Ranavira a souligné qu'il y avait eu une réduction des taxes imposées sur les cigarettes depuis 2021, alors que l’une des mesures essentielles de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS est justement la hausse significative et répétée des taxes sur tous les produits du tabac et de la nicotine. Ces hausses permettent en effet de réduire l’accessibilité aux produits, d’inciter les fumeurs à l’arrêt et elles contribuent à financer le système de santé et les politiques de santé publique.
Si l’industrie soutient que la hausse des taxes alimente la contrebande, les données officielles des douanes sri-lankaises montrent que les volumes de cigarettes saisies ne corroborent pas les affirmations de l'industrie selon lesquelles les taxes élevées seraient un facteur direct de la contrebande. Cette argumentation de l’industrie déployée partout y compris en France, dans une finalité de blocage des mesures ambitieuses de santé publique, est régulièrement pointée dans les publications scientifiques et par les acteurs de la lutte antitabac. En France, à l’occasion de sa remise des prix 5.3 pour des politiques publiques sans lobby et sans tabac, le CNCT a ainsi organisé un colloque sur ce sujet.
Le GTIII 2025 a aussi révélé que le Sri Lanka est l’un des sept pays ayant reporté la mise en œuvre de leur loi sur l'emballage standardisé.
En outre, l'interdiction de la vente de cigarettes aromatisées au Sri Lanka aurait été violée par l’industrie, ce qui a conduit l'Autorité nationale sur le tabac et l'alcool à déposer plainte contre la Ceylon Tobacco Company dans les districts de Matara, Anuradhapura et Colombo.
L’ADIC a par conséquent appelé les décideurs politiques à privilégier la santé publique aux intérêts commerciaux, conformément à l’article 5.3 de la CCLAT. L’organisation appelle à accélérer la mise en œuvre des politiques de lutte antitabac qui ont pris du retard et à identifier et prévenir activement toutes les formes d’ingérence de l’industrie du tabac afin de protéger les générations futures.
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[1]Economic loss from tobacco and alcohol amounts to LKR 241 billion yearly, Daily Mirror Online, publié le 8 janvier 2026, consulté le même jour
[2]Dhanushka Dharmapriya, Environmental concerns: NATA pushes to ban cigarette filters, The Morning, publié le 1 janvier 2026, consulté le 8 janvier 2026
[3]Assunta M., Global Tobacco Industry Interference Index 2025, Global Center for Good Governance in Tobacco Control (GGTC), publié en novembre 2025, consulté le 8 janvier 2026
[4]Mangala Pavithrani et Poojathmi Rivithma, Tobacco industry influence in Sri Lanka rises: Global Index 2025, Daily Mirror Online, publié le 7 janvier 2026, consulté le 8 janvier 2026