L’adoption du Tobacco and Vapes Bill au Royaume-Uni confirme sa faisabilité partout ailleurs

26 avril 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 24 avril 2026

Temps de lecture : 6 minutes

L’adoption du Tobacco and Vapes Bill au Royaume-Uni confirme sa faisabilité partout ailleurs

Le Royaume-Uni a adopté le Tobacco and Vapes Bill, une loi de diminution drastique du tabagisme, interdisant notamment la vente de cigarettes aux personnes nées à partir du 1ᵉʳ janvier 2009. En dehors des initiatives locales, le pays est le deuxième au monde, après les Maldives, à prendre cette direction. Cette mesure saluée par plusieurs acteurs de santé publique s’inscrit dans un objectif de « génération sans tabac », dans un contexte où le tabac demeure responsable de plus de 7 millions de décès prématurés et évitables dans le monde. En France, où le tabac était cause de 68 000 décès en 2023 d’après Santé publique France, la mesure a également été proposée par un parlementaire, et d’autres pays sont engagés dans cette voie.

Le cas français rappelle que l’interdiction générationnelle doit s’accompagner partout de mesures complémentaires

En France, une proposition de loi transpartisane vise à instaurer un dispositif similaire, en interdisant progressivement l’accès au tabac pour les personnes nées à partir du 1er janvier 2014. Cette mesure, portée par l’alliance Contre-Feu et ses membres correspondant à l’ensemble des organisations de la société civile engagées dans la lutte contre le tabagisme, s’inscrit dans la perspective d’une interdiction de vente effective et progressive du tabac pour toutes les personnes devenues majeures à partir de 2032. La disposition est en cohérence avec l’objectif fixé par les pouvoirs publics de parvenir à une génération sans tabac d’ici 2032, se traduisant par une prévalence inférieure à 5 % parmi la génération née en 2014.

En dépit de progrès récents, la France demeure très touchée par le problème du tabagisme. En 2024, parmi les Français de 18-75 ans, la prévalence du tabagisme s’établissait à 25 %, et celle du tabagisme quotidien à 18 %[1]. En outre, le coût social du tabac en dépenses de santé et pertes de productivité est estimé à 156 milliards d’euros par an selon l’OFDT, illustrant l’ampleur des enjeux sanitaires et financiers associés.

Les experts de santé publique, comme le CNCT, rappellent néanmoins qu’aucune politique isolée ne suffit à réduire le tabagisme[2]. L’efficacité repose sur un ensemble cohérent d’actions, incluant notamment une politique fiscale forte qui fait défaut aujourd’hui, selon les associations. Au Royaume-Uni, le paquet de cigarettes avoisine l’équivalent de 20 euros, contribuant à la baisse de la consommation et de l’initiation.

À cela s’ajoute l’évolution des pratiques de consommation. La lutte contre le tabagisme demeure prioritaire au regard de ses conséquences multiples majeures mais la hausse rapide de la consommation de nouveaux produits à la nicotine, notamment les produits du vapotage, par les jeunes, constitue aujourd’hui également un problème de santé publique. En France, la prévalence quotidienne du vapotage était de 6,1 % chez les 18-75 ans en 2023 d’après l’OFDT, et 38 % des Français de 16 déclaraient avoir déjà essayé la cigarette électronique d’après ESPAD 2024. La progression de cette consommation nécessite une réglementation renforcée de ces produits. Dans cette perspective, et à titre d’illustration, l’instauration d’un paquet neutre concernant l’ensemble des produits du tabac et du vapotage a ainsi été déposée via une proposition transpartisane au Parlement français, la disposition étant par ailleurs prévue dans le cadre de l’actuel plan de lutte contre le tabac 2023-2027.

Une telle interdiction est également soutenue ailleurs dans le monde

D’autres organismes de santé publique dans le monde se sont dit inspirés par le vote du Tobacco and Vapes Bill, bien que la loi ne soit pas toujours avancée ni même encore proposée au niveau parlementaire.

Ainsi, en Belgique, la Fondation contre le cancer plaide pour une interdiction générationnelle de vente similaire, rappelant que quatre adultes sur cinq qui fument ont commencé à le faire avant l’âge de 25 ans, et souhaite étendre le dispositif aux produits du vapotage[3].

Au Canada, où une génération sans tabac est visée d’ici 2035, une telle mesure est demandée depuis plusieurs années et la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC espère que l’actualité britannique incitera les pouvoirs publics à agir[4]. L’Enquête canadienne sur la santé dans les collectivités de 2024 estime que 11 % des Canadiens âgés de 18 ans et plus ont déclaré fumer, et les données de Santé Canada indiquent qu'un Canadien sur dix dans la tranche d’âges des 20-24 ans vapote quotidiennement. Une étude publiée sur le site web du gouvernement du Canada, visant notamment à évaluer les impacts potentiels d’une interdiction générationnelle de vente de cigarettes à toute personne née à partir de 2009, a révélé qu'après cinquante ans, cette politique permettrait d'économiser 2,3 milliards de dollars par an en coûts de soins de santé.

À Taïwan, où de nombreuses mesures antitabac ambitieuses ont été mises en place par le passé, le gouvernement a déclaré qu’une interdiction générationnelle de vente serait étudiée plus en détail par l'Administration de la promotion de la santé, mais qu’elle nécessitait un débat public préalable et un consensus[5]. Le succès d’une telle mesure est directement lié au fait que la prévalence tabagique ait suffisamment baissé pour parvenir à un quasi-consensus comme c’est le cas au Royaume-Uni.

L’enjeu de la mesure est de taille pour l’industrie du tabac, farouchement opposée à ce dispositif. Le premier pays à avoir adopté la mesure, la Nouvelle-Zélande, a finalement aboli sa législation à la suite d’un changement de gouvernement où les intérêts de l’industrie ont été pris en compte. D’autres pays comme la Malaisie avaient envisagé une interdiction semblable à celle votée au Royaume-Uni, mais ont également reculé sous la pression du lobbying de l’industrie du tabac. Cette mesure illustre ce faisant l’importance de l’application d’une disposition essentielle du traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac : la protection des politiques publiques à l’égard de l’interférence de cette industrie.

©Génération Sans Tabac

AD


[1]Forte baisse du tabagisme en France : en 10 ans, 4 millions de fumeurs quotidiens en moins, Santé publique France, publié le 15 octobre 2025, consulté le 23 avril 2026

[2]Maxime Glorieux, "Les Britanniques nous ouvrent la voie !" : les associations françaises espèrent un sursaut, après l'adoption d'une loi "génération sans tabac" au Royaume-Uni, France Info, publié le 22 avril 2026, consulté le 23 avril 2026

[3]Fondation contre le cancer : une génération sans tabac peut aussi exister en Belgique, RTBF, publié le 22 avril 2026, consulté le 23 avril 2026

[4]Annie Bergeron-Oliver, ‘Step in the right direction’: Health experts hope U.K. smoking ban pushes Canada to do the same, CTV News, publié le 22 avril 2026, consulté le 23 avril 2026

[5]Keoni Everington, Taiwan eyes smoking ban for people born after 2009, Taiwan News, publié le 23 avril 2026, consulté le même jour

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser