La Californie a adopté la première loi prenant en compte les risques liés au tabagisme passif tertiaire

9 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 7 janvier 2026

Temps de lecture : 6 minutes

La Californie a adopté la première loi prenant en compte les risques liés au tabagisme passif tertiaire

Ce phénomène, moins connu que le tabagisme passif classique, fait désormais l’objet de la première loi au monde spécifiquement destinée à en limiter les effets[1]. La proposition de loi 455 de l’Assemblée de Californie, portée par la députée Liz Ortega (San Francisco), adoptée à l’unanimité et promulguée le 3 octobre 2025, impose aux vendeurs de biens immobiliers de déclarer tout antécédent connu de fumée tertiaire ou de résidus de vapotage lors de la vente d’un logement.

Le tabagisme passif tertiaire est durablement nocif pour la santé et touche des populations à risque

La fumée tertiaire (« thirdhand smoke ») correspond aux résidus chimiques issus de la fumée du tabac ou du vapotage qui persistent dans les environnements intérieurs après l’arrêt de la consommation active du produit par le fumeur ou le vapoteur. Ces substances peuvent s’imprégner dans les tapis, vêtements, rideaux, meubles, murs et même dans la peau ou les cheveux, et rester présentes pendant des mois, voire des années, contrairement au tabagisme passif secondaire (« secondhand smoke ») qui est la fumée de tabac exhalée par le fumeur ou qui se dégage d’un produit du tabac ou de son mégot, et qui disparaît relativement rapidement une fois que l’espace clos a eu son volume d’air renouvelé. Une étude menée à San Diego a mesuré la présence de ce tabagisme tertiaire sur les surfaces de 220 appartements : les chercheurs en ont trouvé dans chaque appartement, alors même que 88 % des résidents ne consommaient aucun produit du tabac[2].

Le Dr. Neal Benowitz, professeur émérite de médecine à l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), explique que pour se débarrasser de ces particules, un simple ménage ne suffit pas toujours : nettoyer les surfaces en profondeur, jeter des tapis et des meubles, ou même rénover les murs et les systèmes de ventilation peuvent s’avérer nécessaires, même si « au fil du temps, le risque diminue progressivement ».

Selon des travaux scientifiques cités par des chercheurs spécialisés, l’exposition à la fumée tertiaire peut se produire par inhalation, ingestion de poussières contaminées ou contact cutané. Elle est associée à des risques sanitaires comparables à ceux du tabagisme passif, notamment une augmentation des risques de cancer, de maladies cardiovasculaires et pulmonaires, ainsi que de troubles du développement.

Plus précisément, vingt-six produits contenus dans cette fumée tertiaire sont identifiés par l’État de Californie comme cancérigènes, responsables de malformations congénitales ou encore de troubles de la reproduction.

Certaines populations sont considérées comme plus vulnérables, en particulier les bébés et jeunes enfants qui rampent sur les sols, portent les objets à leur bouche et absorbent des substances toxiques par contact cutané, ou encore les personnes « allergiques, asthmatiques, immunodéprimées ou âgées », les femmes enceintes et les résidents de logements sociaux collectifs, où la contamination par la fumée tertiaire est omniprésente[3].

Par ailleurs, une étude récente par des chercheurs de l'Institut de physique atmosphérique de l'Académie chinoise des sciences indique que le tabagisme tertiaire peut persister durablement dans l’air intérieur et évoluer chimiquement avec le temps, constituant une source continue d’exposition à de faibles doses de substances toxiques[4]. En effet, des changements sont apparus dans la composition chimique de certaines particules : au fil du temps, ces dernières se sont enrichies en composés azotés, souvent associés à une toxicité accrue.

Cette étude fournit des preuves scientifiques cruciales en appui des politiques de santé publique et propose de nouveaux marqueurs chimiques pour détecter cette contamination persistante, soulignant la nécessité d'intégrer le tabagisme tertiaire dans les politiques de lutte antitabac et les normes de qualité de l'air intérieur, a déclaré Sun Yele, professeur à l'Institut.

Un nouveau cadre réglementaire pour le tabagisme passif tertiaire

La Californie a ainsi décidé d'adopter la proposition de loi AB455, qui caractérise le tabagisme passif tertiaire comme un danger comparable à l'amiante, au radon ou au plomb. À compter du 1er janvier 2026, les vendeurs de maisons individuelles ayant connaissance de cas de tabagisme ou de vapotage antérieurs dans la propriété sont tenus d'en informer les acheteurs par écrit.

Par ailleurs, le Département du contrôle des substances toxiques mettra à jour le Guide du propriétaire sur les risques environnementaux, une brochure d'information destinée à sensibiliser les consommateurs aux risques environnementaux courants présents sur les biens immobiliers et susceptibles de les affecter. La nouvelle version du document y inclura une nouvelle section sur le tabagisme tertiaire, élaborée en partenariat avec le Centre pour le tabac et l'environnement de l'Université d'État de San Diego.

Cette loi constitue un précédent susceptible d'influencer les politiques en matière de logement, de protection des consommateurs et de lutte contre le tabac à l’échelle nationale comme ailleurs dans le monde. Le Dr. Benowitz a déclaré : « Nous espérons que de futures législations cibleront également les logements collectifs, où la contamination est souvent répandue. »

En Espagne, l’association antitabac Nofumadores a d’ores et déjà exigé que la même réglementation s’applique à l’occasion du projet de révision de la loi nationale contre le tabagisme du ministère de la santé, visant à interdire de fumer et de vapoter dans de nombreux espaces publics extérieurs.

©Génération Sans Tabac

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[1]Carly Stern, What is ‘thirdhand smoke’? The lesser-known cigarette threat — as world-first law goes into effect in California, New York Post, publié le 1 janvier 2026, consulté le 5 janvier 2026

[2]Thirdhand Smoke Resource Center, How long does thirdhand smoke last?, publié le 12 septembre 2025, consulté le 6 janvier 2026

[3]Victoria Colliver, Thirdhand Smoke: This Hidden Danger Puts Kids and Adults at Risk, University of California San Francisco, publié le 8 décembre 2025, consulté le 6 janvier 2025

[4]Liu Yang, Wei Zhou, Weiqi Xu, Siqi Zeng, Zijun Zhang, Bo You, Yan Li, Long Jia, Yi Zhang, Xi Chen, Yele Sun, Dynamic evolution of organic aerosols and gaseous compounds from thirdhand smoke, Building and Environment, Volume 289, 2026, 114101, ISSN 0360-1323

[5]Stanislas Deve, Fumée tertiaire : quand la toxicité du tabac s'incruste plus loin qu'on ne le pense, Pourquoi Docteur, publié le 11 décembre 2025, consulté le 6 janvier 2026

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