En Nouvelle-Zélande, le vapotage contribue à ralentir la baisse du tabagisme chez les jeunes

7 novembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 6 novembre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

En Nouvelle-Zélande, le vapotage contribue à ralentir la baisse du tabagisme chez les jeunes

Une étude publiée dans The Lancet Regional Health – Western Pacific[1] met en lumière que la hausse du vapotage en Nouvelle-Zélande/Aotearoa pourrait freiner les progrès réalisés dans la réduction du tabagisme chez les adolescents, tout en accentuant les inégalités entre les jeunes Maori et Océaniens et les autres groupes ethniques.

L’étude, menée entre 2003 et 2024 dans le cadre de l'enquête Action on Smoking and Health (ASH) auprès de 600 000 élèves de 14 à 15 ans, révèle que l’émergence du vapotage a coïncidé avec un ralentissement marqué du recul du tabagisme régulier, notamment parmi les jeunes Maori et Océaniens, déjà plus exposés aux méfaits du tabac que les autres populations. Des acteurs de santé publique ont appelé à des mesures fortes pour lutter contre l’épidémie de vapotage et ses conséquences.

Le vapotage ralentirait les progrès de baisse du tabagisme chez les jeunes

Les chercheurs des universités d’Otago, d’Auckland et de Sydney, en collaboration avec le Daffodil Centre en Australie, ont comparé les tendances du tabagisme entre 2003 et 2009, avant l’essor du vapotage, et celles de 2010 à 2024, période où les cigarettes électroniques se sont généralisées.

Ils constatent qu’après 2010, la baisse du tabagisme a ralenti d’une manière générale. Ce phénomène est cependant davantage constaté parmi les jeunes Maori, Océaniens et Européens. Il est moins perceptible chez les Asiatiques. En 2024, la proportion de fumeurs réguliers atteignait 6,2 % chez les Maori, 3,3 % chez les Océaniens et 2 % chez les Européens.

Selon les chercheurs, si les tendances antérieures s’étaient poursuivies, ces taux auraient été bien inférieurs : 4,2 %, 1,8 % et 0,7 % respectivement.

Autrement dit, pour 1 000 élèves, on compterait en 2024 environ 20 Maori, 15 Océaniens et 13 Européens fumeurs réguliers de plus que prévu.

Parmi les différents groupes ethniques, la prévalence du vapotage diffère. Cette évolution différenciée du tabagisme est ainsi liée à des niveaux de consommation variables. En 2024, le vapotage régulier concernait 29 % des Maori, 19 % des Océaniens, 11 % des Européens mais seulement 4 % des Asiatiques. Ainsi, dans les catégories où le vapotage est élevé, la baisse du tabagisme est davantage ralentie.

Un enjeu de santé publique et de justice sociale

Selon le Dr Andrew Waa, chercheur à l’Université d’Otago, ces résultats contredisent l’idée selon laquelle le vapotage servirait d’outil de réduction des risques pour les jeunes Maori et Océaniens[2]. Au contraire, il est devenu une nouvelle source majeure de dépendance à la nicotine, avec ses propres risques pour la santé.

En effet, il constate que l’épidémie nicotinique s’est déplacée du tabac au vapotage : d’après le ministère de la Santé, en 2023-2024 la prévalence tabagique quotidienne des adultes de 15 et plus était de 6,9 % alors que la prévalence du vapotage quotidien était de 11,1 %[3]. Le nombre estimé de vapoteurs quotidiens est passé de 33 000 à 480 000 entre 2015 et 2024, ce qui ne peut qu’encourager de nouvelles générations à commencer le vapotage, plus accepté socialement que le tabac.

Le chercheur souligne également la dimension éthique et politique du problème : avant la colonisation, les Maoris n’étaient pas exposés à la nicotine. Aujourd’hui, cette dépendance compromet leur autonomie et leur santé collective.

« L'émergence du vapotage semble avoir compromis les efforts déployés pour réduire le tabagisme régulier, en particulier chez les jeunes Maoris et Océaniens qui subissaient déjà des conséquences disproportionnées liées au tabac », explique le Dr Lucy Hardie, chercheuse en santé publique à Waipapa Taumata Rau, Université d'Auckland.

Andrew Waa appelle ainsi le gouvernement à mettre en place des politiques de santé publique efficaces et fortes. Cela passe notamment par mettre fin à toutes les sources de dépendance à la nicotine, y compris les cigarettes électroniques, à réduire les inégalités en matière de santé et à protéger les jeunes Maoris des déterminants commerciaux de la santé. Andrew Waa en appelle aux engagements pris par le Gouvernement concernant le Traité de Waitangi portant sur les droits des peuples autochtones et les obligations internationales en matière d’équité en santé. De même, l’application de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) ratifiée par la Nouvelle-Zélande le 27 janvier 2004 est rappelée aux autorités publiques.

La CCLAT oblige notamment les pays, par son article 5.3, à assurer l’indépendance des politiques publiques de santé de l’ingérence de l’industrie du tabac. Une obligation qui n’est pour l’heure pas respectée en Nouvelle-Zélande, dont les efforts de génération sans tabac ont été freinés en 2023 par l’élection d’une coalition conservatrice au pouvoir. Sa nouvelle ministre de la Santé, Casey Costello, a été critiquée pour ses liens avec l’industrie du tabac et l’usage controversé de tabac chauffé et de kits de vapotage dans sa stratégie nationale de sevrage tabagique.

©Génération Sans Tabac

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[1]Egger S. et alii, Trends in smoking prevalence before and after the emergence of vaping in Aotearoa/New Zealand among 14–15-year-olds identifying as Māori, Pacific, European, or Asian: an interrupted time series analysis of repeated cross-sectional data, 2003–2024, The Lancet Regional Health – Western Pacific, publié le 4 novembre 2025, consulté le 5 novembre 2025

[2]University of Auckland, Vaping widening inequities in youth smoking, publié le 5 novembre 2025, consulté le même jour

[3]Ministry of Health NZ, Trends in smoking and vaping: New Zealand Health Survey, mis à jour le 19 septembre 2025, consulté le 5 novembre 2025

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