Royaume-Uni : 20 ans d’écart de vie en bonne santé entre les plus riches et les plus pauvres

3 mai 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 30 avril 2026

Temps de lecture : 8 minutes

Royaume-Uni : 20 ans d’écart de vie en bonne santé entre les plus riches et les plus pauvres

Une étude récente met en évidence une dégradation marquée de l’espérance de vie en bonne santé au Royaume-Uni, avec une perte d’environ deux années sur la dernière décennie. Entre 2012-2014 et 2022-2024, elle est passée de 62,9 à 60,7 ans pour les hommes et de 63,7 à 60,9 ans pour les femmes. Ce recul s’accompagne d’inégalités sociales particulièrement marquées, pouvant dépasser 20 ans entre les populations les plus favorisées et les plus défavorisées. Alors que la plupart des pays comparables enregistrent des progrès, le Royaume-Uni apparaît en décrochage, révélant le poids des déterminants sociaux et commerciaux de la santé ainsi qu’un déficit d’action publique structurelle[1].

L’espérance de vie en bonne santé correspond au nombre moyen d’années qu’une personne peut espérer vivre sans maladie chronique, incapacité ou limitation dans les activités du quotidien, autrement dit en bonne santé fonctionnelle.

Une dégradation structurelle de l’état de santé de la population britannique

Les analyses de la Health Foundation confirment un décrochage net du Royaume-Uni par rapport aux autres pays à revenu élevé. Entre 2011 et 2021, l’espérance de vie en bonne santé a augmenté ou est restée stable dans 16 des 20 pays comparables, avec une progression moyenne de +0,4 an. À l’inverse, le Royaume-Uni fait partie des rares pays où cet indicateur recule, aux côtés des Pays-Bas, du Canada, de l’Allemagne et des États-Unis, avec la deuxième plus forte baisse parmi ces pays. Le pays est ainsi passé de la 14e à la 20e place sur 21 pays, ne devançant désormais plus que les États-Unis.

Les données publiées par la Office for National Statistics confirment que l’espérance de vie en bonne santé recule, pour s’établir désormais autour de 60,7 ans pour les hommes et 60,9 ans pour les femmes, soit une perte d’environ deux années en une décennie. Dans le même temps, la part de la vie vécue sans incapacité, c’est-à-dire la proportion de l’existence passée sans limitation d’activité liée à un problème de santé, diminue : elle est passée d’environ 79 % à 77 % pour les hommes et de 77 % à 73 % pour les femmes. En parallèle, l’espérance de vie globale stagne autour de 79 ans pour les hommes et 83 ans pour les femmes, traduisant un découplage croissant entre longévité et qualité de vie.

Cette évolution, amorcée dès le milieu des années 2010, ne relève pas d’un phénomène conjoncturel. Elle s’inscrit dans une dynamique durable marquée par l’augmentation des maladies chroniques, notamment cardiovasculaires, respiratoires, métaboliques et des troubles de santé mentale. Ces pathologies représentent aujourd’hui la grande majorité de la charge de morbidité. Parmi les facteurs de risque, l’obésité constitue un déterminant central. Environ 64 % des adultes britanniques sont en surpoids ou obèses, dont près de 30 % en situation d’obésité, des niveaux parmi les plus élevés d’Europe occidentale[2]. Cette situation alimente directement la progression de pathologies telles que le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et certains cancers, et contribue fortement à la dégradation de l’état de santé global.

La consommation d’alcool constitue également un facteur aggravant. Le Royaume-Uni se caractérise par des niveaux de consommation élevés, avec une prévalence importante de pratiques de consommation excessive ponctuelle, contribuant aux maladies chroniques, aux troubles de santé mentale et aux décès prématurés.

Des maladies liées au tabac toujours fortement présentes au Royaume-Uni

Le tabagisme demeure également un déterminant majeur de la morbidité au Royaume-Uni, malgré une baisse progressive de sa prévalence. En 2024, environ 9,1 % des adultes déclaraient fumer, soit près de 5,3 millions de personnes, un niveau historiquement bas mais qui reste significatif, selon la Office for National Statistics. Les conséquences sanitaires restent considérables : le tabac est impliqué dans un large spectre de pathologies chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires, les cancers (en particulier du poumon), les maladies respiratoires comme la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) mais aussi le diabète.

Au-delà de la mortalité, le tabac est un facteur déterminant des années vécues avec incapacité. Il est responsable d’une part importante des maladies de longue durée, entraînant essoufflement, limitations fonctionnelles, douleurs chroniques et perte d’autonomie. Selon la British Heart Foundation[3], environ 40 décès par jour sont liés aux maladies cardiovasculaires attribuables au tabagisme. Ces pathologies s’accompagnent souvent d’une dégradation progressive de la qualité de vie, avec des hospitalisations répétées et une prise en charge médicale de long terme.

Ces éléments illustrent le poids persistant du tabac non seulement en termes de mortalité, mais aussi de morbidité, contribuant directement à l’augmentation des années vécues en mauvaise santé. Ils confirment son rôle central parmi les déterminants commerciaux de la santé, en particulier dans les populations les plus vulnérables où la prévalence du tabagisme reste plus élevée.

Des inégalités sociales et territoriales massives

Les données montrent que l’écart d’espérance de vie en bonne santé entre les populations les plus favorisées et les plus défavorisées atteint désormais 19,3 ans pour les hommes et 20,1 ans pour les femmes.

Dans les territoires les plus défavorisés, l’espérance de vie en bonne santé descend sous le seuil des 50 ans : elle s’établit autour de 49,8 ans pour les hommes et 48,2 ans pour les femmes, contre respectivement près de 70 ans et 68,5 ans dans les zones les plus favorisées. Cette situation se traduit par une accumulation d’années vécues avec incapacité, avec des effets directs sur l’emploi, les revenus et la qualité de vie.

Ces écarts ne se limitent pas à un état général« en bonne santé », mais concernent également la longévité globale. L’espérance de vie à la naissance varie de plus de 10 ans pour les hommes (83,6 ans dans les zones les plus favorisées contre 73,2 ans dans les plus défavorisées) et de plus de 8 ans pour les femmes (86,4 ans contre 78,3 ans).

Un signal d’alerte pour les politiques de santé publique

La baisse de l’espérance de vie en bonne santé au Royaume-Uni constitue un signal d’alerte majeur pour les politiques publiques. Elle met en évidence les limites d’un modèle encore trop centré sur le curatif, alors même qu’une part importante des maladies chroniques est évitable. L’augmentation du nombre de personnes en âge de travailler vivant avec une incapacité exerce une pression croissante sur les systèmes de santé, de protection sociale et sur le marché du travail.

Ce constat souligne la nécessité d’agir en amont sur les déterminants structurels de la santé, en particulier les déterminants commerciaux. L’accessibilité, la promotion et la normalisation de produits nocifs, tabac, produits nicotiniques, alcool ou aliments ultra-transformés, continuent de structurer des environnements défavorables à la santé, contribuant directement à la charge de morbidité et aux inégalités observées.

Dans ce contexte, l’adoption du Tobacco and Vapes Bill marque une avancée structurante et cohérente avec les enjeux identifiés. En instaurant une interdiction générationnelle de vente du tabac à partir de 2027, en renforçant le cadre de la réglementation des produits nicotiniques et en prévoyant des leviers supplémentaires (notamment la possibilité d’interdire les filtres de cigarettes), ce texte s’inscrit dans une approche de transformation durable des environnements de consommation. Ce type de politique, qui vise à réduire l’initiation et à limiter l’exposition des jeunes générations aux produits du tabac et de la nicotine, est reconnu comme l’un des leviers les plus efficaces en santé publique. En agissant directement sur l’offre, l’accessibilité et l’attractivité des produits, il permet de modifier les trajectoires de consommation à court et long terme et de réduire significativement la charge des maladies évitables.

Au-delà de son impact attendu sur le tabagisme, cette réforme illustre ainsi un changement de paradigme : celui d’une politique de santé qui ne se limite plus à accompagner les conséquences, mais qui intervient de manière structurelle sur leurs causes. Au-delà du cas britannique, ce constat résonne à l’échelle européenne et internationale. Il souligne l’urgence de renforcer les politiques de prévention, de réglementer plus strictement les déterminants commerciaux de la santé et de garantir des environnements favorables, afin d’inverser des tendances qui, si elles se poursuivent, mettent en péril les systèmes de santé et pourraient compromettre durablement les gains sanitaires des dernières décennies.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Analyse, Healthy life expectancy trends in the UK: a watershed moment, The Health Foundation, publié le 26 avril 2026, consulté le 28 avril 2026

[2] Denis Campbell, UK’s obesity and overweight epidemic costs £126bn a year, study suggests, The Guardian, publié le 2 juillet 2025, consulté le 28 avril 2026

[3] Emily Hickey-Mason, 40 lives are lost daily to smoking-related cardiovascular disease, British Heart Foundation, publié le 23 septembre 2025, consulté le 26 avril 2026

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