Au Royaume-Uni, la fin du tabagisme est possible mais requiert des efforts continus

29 août 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 24 août 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Au Royaume-Uni, la fin du tabagisme est possible mais requiert des efforts continus

La loi britannique « Tobacco and Vapes Bill » marque une nouvelle étape dans la politique de lutte contre le tabagisme[1], le Royaume-Uni étant le troisième pays au monde à instaurer une interdiction générationnelle de la vente de tabac, après la Nouvelle-Zélande25 et les Maldives, l’actuel gouvernement de la Nouvelle-Zélande proche de l’industrie du tabac l’ayant cependant abolie. Le principal dispositif de la législation britannique prévoit d’interdire progressivement la vente de tous les produits du tabac aux personnes nées à partir du 1er janvier 2009. À mesure que l’âge légal de vente augmentera, les générations futures devraient être durablement protégées contre l’entrée dans le tabagisme. Cette « génération sans tabac » constitue l’une des stratégies les plus ambitieuses jamais adoptées pour réduire le tabagisme et s’inscrit dans la continuité de plusieurs décennies de politiques publiques qui ont fait reculer la prévalence à des niveaux historiquement bas. Des chercheurs londoniens préviennent toutefois que des efforts restent à fournir, notamment en termes de continuité de l’engagement politique, de moyens consacrés au sevrage et de protection des populations les plus exposées.

Un appel à garantir l’application effective de la réforme

Les modèles disponibles suggèrent qu’une restriction de l’accès au tabac pour les générations les plus jeunes pourrait produire, à long terme, une baisse importante de la prévalence tabagique. Les expériences menées dans plusieurs pays, notamment lors du relèvement de l’âge légal de vente, indiquent également que ce type de mesure peut réduire l’initiation au tabagisme chez les adolescents et les jeunes adultes.

L’efficacité de la loi dépendra cependant de sa mise en œuvre et de son effectivité. Le respect des règles par les détaillants, les contrôles et les sanctions en cas de vente illégale seront essentiels. Le gouvernement britannique pourra notamment s’appuyer sur de nouveaux moyens de lutte contre le commerce illicite, ainsi que sur la possibilité de créer un système de licence obligatoire pour les détaillants de tabac, de vapotage et autres produits nicotiniques, avec amendes, suspension voire révocation de licence en cas d’infraction. Les auteurs estiment que les arguments selon lesquels la réforme entraînerait mécaniquement une expansion du marché clandestin, y compris la vente aux personnes nées après 2008, proviennent principalement de l’industrie du tabac. Ils soulignent néanmoins que les autorités devront maintenir des investissements suffisants dans la surveillance et l’application de la loi pour limiter ce risque et préserver la crédibilité du dispositif.

La nécessité de ne pas laisser de côté les fumeurs actuels et les populations défavorisées

Par ailleurs, la réforme vise principalement les générations futures et ne répond pas directement aux besoins des plus de cinq millions d’adultes qui fument actuellement au Royaume-Uni. Ces personnes continueront d’être exposées aux risques liés au tabagisme sans politiques de sevrage adaptées et durables.

Le tabagisme demeure particulièrement fréquent dans les groupes de population les plus défavorisés. Il contribue ainsi de manière importante aux inégalités sociales de santé. Une politique centrée sur les jeunes générations pourrait donc réduire le tabagisme à long terme tout en laissant persister, à court voire moyen terme, de fortes disparités entre les catégories sociales.

Dans cette perspective, les auteurs appellent à maintenir les financements consacrés à l’aide au sevrage, en ciblant notamment les populations dans lesquelles la prévalence reste élevée. L’accès équitable à des services efficaces d’accompagnement à l’arrêt devra rester une priorité.

Faire de la réforme un levier pour renforcer la prévention

La manière dont la réforme sera expliquée au public influencera également son acceptation et son efficacité. Les auteurs mettent par ailleurs en garde contre le risque que la loi soit perçue comme la conclusion de la politique antitabac. Selon eux, elle doit plutôt être présentée comme une étape majeure, qui nécessite la poursuite des actions de prévention, de réglementation et d’aide à l’arrêt.

La nouvelle législation constituera du reste une opportunité pour rappeler à la population les dangers du tabagisme et inciter les fumeurs à l’arrêt. C’est ce qui avait été observé lors de l’adoption et la mise en œuvre de l’interdiction de fumer dans les lieux publics en Angleterre, en 2007.

Les auteurs recommandent notamment de renforcer les services de sevrage et de cibler les catégories de la population les plus touchées par le tabagisme. Un suivi scientifique est nécessaire afin d’évaluer les résultats et les éventuels effets indésirables de la réforme. Grâce à ses dispositifs de surveillance et d’évaluation, le Royaume-Uni pourrait fournir des données utiles à d’autres pays envisageant une stratégie de sortie du tabagisme.

Enfin, ils appellent à protéger les politiques publiques des comportements de l’industrie et à imposer à cette dernière la prise en charge de dommages qu’elle crée par son activité et ses produits. Parmi les pistes évoquées figure ainsi la création d’une contribution financière imposée aux fabricants de tabac selon le principe du « pollueur-payeur ».

Le sujet de la sortie du tabac de la société et de l’interdiction générationnelle, dorénavant adoptées par des pays comme le Royaume-Uni, sont en discussion dans de nombreux pays. La France qui a réduit fortement sa prévalence tabagique parmi les jeunes a également l’objectif de parvenir à une génération sans tabac d’ici 2032. Par ailleurs, le député écologiste Nicolas Thierry a présenté une proposition de loi transpartisane visant à interdire la vente de tabac aux personnes nées à partir du 1er janvier 2014, avec le soutien des ONG antitabac réunies au sein de l’alliance Contre-Feu. Récemment encore, l’Assurance maladie avec le soutien de la ministre de la Santé Stéphanie Rist s’est dit favorable à une génération sans tabac pour les personnes nées après 2009. En France, le tabac tue encore 68 000 personnes par an et coûte 156 milliards d’euros par an au système de santé.

©Génération Sans Tabac

AD


[1]Jackson S., Cheeseman H., Brown J., The UK’s Tobacco and Vapes Act puts the end of smoking within reach, but the job is not done, The Lancet Regional Health – Europe, publié le 14 juillet 2026, consulté le 17 août 2026

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser