Les sachets de nicotine divisent les États membres de l’UE sous l’influence de lobbies pro-nicotine
13 septembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 8 septembre 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Les États membres de l’Union européenne peinent à parvenir à un accord sur la fiscalité des nouveaux produits nicotiniques, notamment les sachets de nicotine, le sujet de la fiscalité soulignant les divergences fondamentales concernant ces produits[1]. À l’été 2026, la Suède a bloqué une proposition visant à instaurer pour la première fois un niveau minimal de taxation commun à l’échelle européenne. L’industrie suédoise de la nicotine exerce un lobby particulièrement fort car la Suède est historiquement un important producteur de snus, un produit du tabac, ainsi que de sachets de nicotine ou « snus blanc », qui ne contiennent pas de tabac. Leur marché mondial est aujourd’hui estimé à environ 7 milliards de dollars. Le désaccord intervient alors que l’Union européenne révise sa directive sur la taxation des produits du tabac (TPD), adoptée en 2011. L’objectif est notamment d’adapter la fiscalité européenne à l’apparition de produits qui étaient absents ou beaucoup moins répandus lors de l’adoption du texte : cigarettes électroniques, tabac chauffé et sachets de nicotine.
Des niveaux de taxation progressivement réduits sous la pression des États proches de l’industrie
En juillet 2025, la Commission européenne avait proposé d'augmenter sensiblement les minima fiscaux applicables aux cigarettes et d’introduire des niveaux communs pour plusieurs produits sans combustion. La proposition initiale prévoyait notamment 4,30 € minimum par paquet de cigarettes, 2,16 € par paquet de bâtonnets de tabac chauffé et environ 1,14 € par boîte de sachets de nicotine, selon la quantité de nicotine contenue dans les produits. « Il a été démontré que l’augmentation des taxes et des prix du tabac est la mesure la plus efficace » pour réduire la consommation de tabac, améliorer la santé et augmenter les recettes, indiquait la Commission dans son rapport.
Les négociations entre les États membres ont toutefois conduit à revoir ces montants à la baisse sous la pression des lobbies. La proposition présentée par Chypre au premier semestre 2026 ramenait notamment le minimum applicable aux sachets de nicotine à environ 0,64 € par boîte, soit près de la moitié du niveau proposé par la Commission. Pour le tabac chauffé, le minimum était ramené de 2,16 € à 1,60 € par paquet. Même ces montants réduits pourraient représenter une hausse importante dans certains pays. En Suède, la taxation actuelle des sachets est d’environ 0,15 € par boîte de 20 sachets. Le minimum européen envisagé multiplierait donc la fiscalité suédoise par plus de quatre. En Italie, la taxe est d’environ 0,18 €, tandis que le Portugal a récemment instauré une taxation de 0,52 €.
Un enjeu de santé publique et de calendrier européen
La révision de la fiscalité du tabac s’inscrit dans la stratégie européenne de réduction du tabagisme. Selon la Commission européenne, les politiques combinant réglementation et augmentation des prix ont contribué à la baisse du tabagisme depuis 2012. L’enjeu demeure important, puisque plus de 700 000 personnes meurent chaque année dans l’Union européenne des conséquences du tabagisme. La Commission estime par ailleurs qu’une réduction de la consommation de tabac grâce à une politique fiscale plus ambitieuse pourrait générer jusqu’à 85 milliards d’euros d’économies par an.
Dans sa proposition initiale, la Commission soulignait également que certains nouveaux produits pouvaient favoriser l’entrée des jeunes et des non-fumeurs dans la consommation de nicotine ou, dans certaines situations, conduire à l’usage de cigarettes. Les autorités sanitaires mettent notamment en avant la dépendance à la nicotine et les inquiétudes liées à l’augmentation de l’utilisation de certains produits chez les jeunes.
Des approches différentes selon les États membres
Alors que l’Union européenne a toujours interdit la commercialisation du snus (en dehors de la Suède), la législation relative aux sachets de nicotine diffère selon les États membres. Ces produits sont interdits dans divers pays comme la France, la Belgique et les Pays-Bas qui s’inscrivent dans cette analyse que les nouveaux produits mis sur le marché par les fabricants visent à entretenir l’épidémie nicotinique voire tabagique. L’Allemagne pour sa part considère ces produits comme des « nouveaux aliments » non autorisés à la vente au détail.
En matière de fiscalité, dans les pays autorisant ces produits, environ la moitié des pays de l’UE taxeraient déjà les sachets de nicotine, quand d’autres ne leur appliquent aucune accise spécifique. Cette diversité complique la recherche d’un compromis européen, d’autant que les décisions fiscales doivent être adoptées à l’unanimité par les 27 États membres.
Cette impasse « reflète des approches fondamentalement différentes en matière de lutte contre le tabac et la nicotine à travers l’Europe », a déclaré Erin Roman, directrice de Smoke Free Partnership (SFP), une coalition de 57 ONG européennes antitabac. Elle a alerté par ailleurs sur le fait que la taxe proposée avait été « tellement affaiblie qu'elle ne répondait plus à l'objectif initial de santé publique » de la Commission européenne, organe exécutif de l'UE. « Les nouveaux produits contenant de la nicotine ont bénéficié d'un traitement de plus en plus favorable, malgré les inquiétudes croissantes concernant leur adoption rapide par les jeunes », a-t-elle ajouté.
Une désinformation très médiatisée sur l’argument de « réduction des risques »
Le débat porte également sur le niveau de taxation à appliquer aux différents produits en fonction de leurs risques selon l’argument de la « réduction des risques », dévoyée par les industriels pour obtenir une fiscalité avantageuse pour leurs nouveaux produits.
Les fabricants de tabac défendent ainsi une fiscalité plus faible pour les produits qu’ils amalgament et présentent sans combustion, alors que ces produits sont de nature différente. Ils ont en commun d’induire une très forte dépendance et de présenter des risques. Le tabac chauffé notamment est un produit du tabac particulièrement toxique. Certains acteurs favorables à la réduction des risques défendent des écarts encore plus importants. Par exemple, la Tax Foundation, dont le gala annuel compte parmi ses sponsors les compagnies de tabac Altria et Reynolds American, a évoqué une taxation des sachets correspondant à environ 10 % de celle des cigarettes et une taxation du tabac chauffé à 25 %.
Ces proportions ne reposent toutefois pas sur un consensus scientifique établi. La question de savoir comment traduire les différences de risques éventuelles en niveaux de taxation constitue donc l’un des principaux points de désaccord.
Depuis juillet 2026, la présidence du Conseil de l’UE est assurée par l’Irlande, qui a affirmé sa volonté de lutter contre les nouveaux produits de nicotine aux échelles nationale et européenne et dont la politique antitabac ambitieuse lui a valu la première place du Tobacco Control Scale 2025 européen. Dublin doit tenter de rapprocher les positions des 27 États membres avant la fin de l’année et l’Irlande a indiqué vouloir jouer un rôle de médiateur dans les négociations. Erin Roman a ainsi rappelé que la présidence irlandaise était une chance de « relancer la dynamique politique » dans les négociations. « Il ne s’agit pas simplement de taxation ». « Il s’agit de veiller à ce que les produits du tabac et de la nicotine ne restent pas bon marché, accessibles et attrayants pour la prochaine génération. ».
En cas d’absence d’accord d’ici décembre, les discussions se poursuivront sous la présidence lituanienne en 2027, qui est elle aussi reconnue pour sa politique antitabac ambitieuse.
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[1]Kathryn Kranhold, EU countries clash over nicotine pouch taxes, stalling broader tobacco talks, The Examination, publié le 3 septembre 2026, consulté le 4 septembre 2026