L’interdiction générationnelle de vente est essentielle à l’objectif britannique de génération sans tabac
17 février 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 17 février 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Le Royaume-Uni a notamment proposé, dans le cadre de son projet de loi « Tobacco and Vapes Bill », une interdiction générationnelle de vente de tabac : le texte prévoit d’interdire définitivement la vente de tout produit du tabac à toute personne née à partir du 1er janvier 2009, et l’interdiction de vente à ces personnes se poursuivra au-delà de leur majorité, empêchant ainsi légalement la vente de tabac aux générations concernées. Le projet de loi s’inscrit dans l’objectif d’une « génération sans tabac » d’ici 2030 et, s’il est définitivement approuvé par le Parlement britannique, pourrait entrer en vigueur l’année prochaine[1]. D’après des simulations récentes, cette interdiction générationnelle permettrait d’atteindre les objectifs de santé publique beaucoup plus vite que sans nouvelle législation, avec des bénéfices également sur le très long cours. Néanmoins, de nombreuses inégalités socio-économiques et failles dans l’application des dispositions de lutte contre le tabagisme appellent à une attention particulière dans certaines régions et populations.
Des prévisions de baisse encourageantes si l’interdiction générationnelle de vente est appliquée
Au Royaume-Uni, environ 6 millions d'adultes fument. Bien que la prévalence du tabagisme chez les adolescents ait diminué au cours de la dernière décennie, environ 400 000 jeunes de 11 à 15 ans ont déjà essayé de fumer et 100 000 d’entre eux fument actuellement, selon l'association Action on Smoking and Health (ASH). Par ailleurs, le tabac est responsable de plus d'un quart des décès totaux par cancer, selon l’organisation Cancer Research UK[2].
Selon une étude de modélisation menée par l’Université de Nottingham[3], la prévalence du tabagisme chez les 12-30 ans en Angleterre pourrait passer sous le seuil de 5 % d’ici 2049 et poursuivrait sa décroissance, soit plusieurs décennies plus tôt que dans un scénario n’appliquant pas la mesure d’interdiction générationnelle.
Si le modèle du gouvernement britannique table sur une réduction de 30 % chaque année du nombre de nouveaux fumeurs en proportion de l’année précédente, se basant sur la baisse observée à la suite du relèvement de l’âge de 16 à 18 ans pour se voir vendre un produit du tabac en Angleterre, le scénario de l'équipe de l'Université de Nottingham, plus prudent, table sur une réduction de 5 % chaque année en proportion de l’année précédente, s'appuyant sur les données des législations internationales concernant l’interdiction de vente de ces produits aux mineurs, et reprenant les hypothèses de réduction de la prévalence du gouvernement.
Même avec ces hypothèses plus prudentes, les prévisions résultant du modèle suggèrent que cette politique pourrait entraîner des réductions substantielles de la prévalence et des gains importants en matière de santé, notamment à long terme, et ce notamment par comparaison avec une situation de statu quo. Si les baisses observées sont conformes aux hypothèses du gouvernement, l'objectif de 5 % de réduction de la prévalence pourrait être atteint dans les années 2030 conformément à l’objectif de « génération sans tabac » fixé.
Des bénéfices sanitaires cumulatifs et marqués sur le très long terme
L’étude estime que la mesure pourrait générer environ 88 000 années de vie en bonne santé supplémentaires d’ici 2075, par rapport à l’absence de réforme, soit une diminution de la pression sur les systèmes de santé et une amélioration de la qualité de vie pour des millions de personnes. Ce résultat possible reflète les bénéfices sanitaires, mais aussi sociaux et financiers considérables des politiques de lutte antitabac.
En effet, les gains les plus importants sont attendus dans les communautés défavorisées, où le tabagisme est plus répandu : près de 30 % des années de vie supplémentaires concerneraient les 20 % des quartiers les plus défavorisés, contribuant à réduire de manière importante les inégalités sociales de santé.
Une mise en œuvre qui doit être rigoureuse face à des freins potentiels
Hazel Cheeseman, directrice générale d’Action on Smoking and Health (ASH Angleterre), souligne les effets positifs potentiels d’une telle mesure mais elle appelle à une préparation et un accompagnement pour une application effective de la mesure.
Les chercheurs soulignent en effet que les effets pourraient varier selon le respect de la réglementation par les commerces, l’intensité des mesures de contrôle (les agents chargés de ce contrôle ont vu leur budget diminuer de 39 % au cours de la dernière décennie) mais aussi en fonction des publics et des facteurs socio-économiques. Les objectifs de réduction de prévalence chez les hommes et les populations à faibles revenus pourraient être atteints plus tardivement, en 2055 pour les premiers et en 2059 pour les seconds, sauf en cas de mesures ciblées.
L’étude insiste donc sur l’importance d’un accompagnement renforcé : une communication adaptée, des dispositifs d’aide à l’arrêt du tabac et des investissements spécifiques dans les territoires où la prévalence demeure élevée, comme le Sud-Ouest où plus de 520 000 adultes fument encore et 6 500 fumeurs décèdent chaque année sans changement au cours de ces dernières années[4].
Soutenue par le National Institute for Health and Care Research (NIHR), la recherche conclut que la mesure pourrait constituer une avancée majeure de santé publique, sous réserve d’une mise en œuvre rigoureuse.
Si elle est adoptée, cette législation placerait le Royaume-Uni parmi les pays et juridictions appliquant les politiques antitabac les plus ambitieuses au monde, au même titre que le Pays de Galles, qui a déjà adopté séparément du reste du pays une interdiction générationnelle de vente pour toute personne née à partir du 1er janvier 2009, ou celles des Maldives, qui ont interdit la vente de tabac et de vapotage à toute personne née à partir du 1er janvier 2007.
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[1]Génération sans tabac, Des acteurs de la santé britanniques réclament des mesures pour interdire le tabagisme et le vapotage aux jeunes générations, publié le 1 novembre 2025, consulté le 12 février 2026
[2]Rebecca Whittaker, Smoke-free law could see use drop below 5% in young people, Independent, publié le 11 février 2026, consulté le 12 février 2026
[3]Davies N, Murray R, Morling JR, et al, Impact of the UK’s smokefree generation policy on tobacco-related equity in England: a simulation study, Tobacco Control, publié le 10 février 2026, consulté le 12 février 2026
[4]Fifteen South West councils unite to urge immediate passage of historic Tobacco Bill, North Somerset Council, publié le 11 février 2026, consulté le 12 février 2026