Au Turkménistan, un objectif d’éradication totale du tabagisme
25 août 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 26 août 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Au Turkménistan, fumer dans l’espace public est devenu une infraction passible d’amendes, dans le cadre d’une politique stricte de lutte contre le tabagisme[1]. Depuis 2022, les autorités de ce pays d’Asie centrale très fermé et autocratique visent à faire du pays le premier « État libéré du tabac » d’ici fin 2025. Cette ambition a été fixée par l’ancien président Gourbangouly Berdymoukhamedov, qui promeut un mode de vie sain en appliquant strictement des mesures préconisées par l’OMS mêlées à des démonstrations de force autoritaires. Selon l’OMS, seuls 4 % des Turkmènes consomment du tabac, l’une des plus basses prévalences qui soit dans le monde.
Un accès restreint au tabac, en raison de prix élevés et de mesures antitabac appliquées
Malgré l’interdiction de vente dans les commerces publics, certains fumeurs s’approvisionnent dans des kiosques privés, comme celui de Meïlis, dans la capitale Achkhabad, qui vend des cigarettes importées des autres pays d’Asie centrale voisins, comme l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, ainsi que du Moyen-Orient, comme l’Iran.
Le prix d’un paquet varie de 50 à 170 manats turkmènes (12 € à 42 €) et les cigarettes à l’unité entre 2 et 5 manats (0,49 € à 1,23 €). Ceci peut représenter jusqu’à 11 % du salaire mensuel moyen, d’environ 1 500 manats (369 €) en 2018, selon les dernières données disponibles.
Toutefois, l’estimation du prix réel des cigarettes par les consommateurs et la comparaison avec d’autres pays sont rendues compliquées par l’existence de deux taux de change, l’un officiel utilisé par l’État pour contrôler la monnaie, et l’autre réel issu du marché noir, qui est six fois plus faible, ce qui illustre l’écart considérable entre les statistiques officielles et le pouvoir d’achat réel des habitants.
Les autorités turkmènes misent sur des mesures fortes pour réduire le tabagisme : augmentation de l’âge légal pour fumer (depuis 2022, il est interdit de vendre du tabac à toute personne de moins de 21 ans et à toute personne de moins de 21 ans d’en acheter[2]), limitation des quantités importées (deux paquets maximum), taxes douanières élevées, interdiction de fumer dans presque tous les lieux publics, y compris les véhicules privés quand ils sont stationnés sur des parkings publics, et des contraventions pouvant atteindre 200 manats turkmènes (49 €). Des centres de sevrage gratuit ont été mis en place par le ministère de la Santé.
L’essentiel de ces mesures sont par ailleurs préconisées par la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, que le Turkménistan a ratifiée le 13 mai 2011.
L’Asie centrale entre lutte antitabac ferme et ingérence de l’industrie
Cette politique s’inscrit dans un contexte de pouvoir transmis de père en fils entre Gourbangouly et Serdar Berdymoukhamedov. En 2023, le président actuel a ordonné une « lutte sans compromis » contre le tabac, menée comme pour les autres aspects de la vie politique turkmène de façon très autoritaire, avec des fumeurs montrés à la télévision en train de présenter publiquement leurs excuses et de renoncer à la chicha ou aux cigarettes de contrebande. Des événements publics, incluant la destruction symbolique de cigarettes accompagnée de performances artistiques, sont régulièrement organisés.
Par ailleurs, les autorités ont annoncé en juillet 2025 un nouveau plan d’action pour lutter contre la consommation d’alcool d’ici 2028, élargissant ainsi leur politique de santé publique à d’autres substances addictives.
Dans d’autres pays d’Asie centrale comme l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, où les cadres réglementaires sont plus faibles et les dispositifs de prévention moins développés qu’au Turkménistan, les fabricants de tabac installent des usines de production de tabac et se mêlent du développement économique et social, avec la complicité des autorités locales. Ce faisant, les fabricants empêchent ces pays de progresser voire risquent d’affaiblir les progrès réalisés sur le plan international en matière de santé.
Au contraire, le Kirghizistan, qui comme le Turkménistan a suivi les préconisations de l’OMS pour la lutte antitabac, a annoncé en juin 2025 s’engager dans un renforcement majeur de sa politique de lutte contre le tabagisme en annonçant une hausse significative des taxes sur les produits du tabac, avec pour objectif de réduire leur accessibilité, notamment auprès des jeunes, ainsi qu’une interdiction à compter du 1er juillet 2025 de la vente de cigarettes électroniques et de tabac chauffé.
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[1]AFP, Au Turkménistan, la lutte sans relâche pour "éradiquer" le tabagisme, France 24, publié le 20 août 2025, consulté le même jour
[2]Turkmen Portal, Turkmenistan raises legal age for selling tobacco products to 21, publié le 30 novembre 2022, consulté le 20 août 2025