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L’Association pulmonaire américaine demande à la Maison Blanche de se positionner rapidement sur l’interdiction du menthol

Dans un rapport[1] publié ce mercredi 24 janvier, l’American Lung Association accentue la pression sur la Maison Blanche pour qu’elle mette un terme à la vente de cigarettes mentholées et de cigares aromatisés aux États-Unis. Selon l’association, le nombre de décès et de maladies causés par le tabagisme augmentera, en particulier au sein des communautés noires historiquement ciblées par l’industrie du tabac, si l’interdiction n’est pas rapidement mise en place.

Le rapport annuel « State of Tobacco Control » de l’American Lung Association évalue les mesures prises par les États et le gouvernement fédéral pour éliminer la principale cause de décès évitable dans le pays : le tabagisme. Les chercheurs estiment qu’une réglementation interdisant les cigarettes mentholées permettrait de sauver environ 654 000 vies au cours des 40 prochaines années.

Aux États-Unis, la loi actuelle interdit l’utilisation d’arômes caractérisants dans les cigarettes, à l’exception du menthol. Depuis plus de dix ans, des organisations de santé publique demandent à la Food and Drug Administration (FDA) de supprimer l’arôme du menthol dans les cigarettes, cigares et cigarillos. Après avoir été poursuivie en justice pour inaction dans ce domaine, la FDA a indiqué en avril 2021 qu’elle envisageait d’interdire le menthol dans les cigarettes et tous les arômes, y compris le menthol, dans les cigares. En octobre 2023, la proposition a été finalisée par la FDA et envoyée au Bureau de la gestion et du budget[2] de la Maison Blanche pour examen, marquant ainsi une étape importante vers une grande victoire en matière de santé publique.  En décembre 2023, l’administration Biden a reporté la finalisation des règles proposées à mars 2024[3]. 

Une défaillance au niveau étatique et fédéral dans la lutte contre le tabagisme

Dans le rapport, l’Association pulmonaire attribue des notes, de A à F, aux politiques fédérales et menées dans les Etats du pays, selon des critères d’efficacité pour prévenir et réduire le tabagisme.

Pour l’association, 2023 a été une année décevante en ce qui concerne l’adoption des politiques antitabac, aussi bien à l’échelle fédérale qu’à celle des États. Dans l’évaluation des politiques de lutte antitabac État par État, l’Alabama et la Géorgie ont été classés parmi les pires du pays[4], obtenant la note F dans les cinq catégories : financement de la prévention du tabagisme et de la lutte antitabac, politiques fiscales relatives au tabac, restrictions imposées par l’État en matière de consommation de fumer dans les espaces publics, accès aux services de sevrage tabagique et restrictions concernant les produits du tabac et de la nicotine aromatisés. Les meilleures notes ont été attribuées à la Californie, qui a obtenu un A pour les espaces sans tabac et l’accès aux services de sevrage et au Massachussetts pour les espaces sans tabac et l’interdiction des produits aromatisés.

Des progrès ont cependant été réalisés en ce qui concerne l’augmentation du financement des programmes de prévention du tabagisme puisque neuf États – la Floride, l’Indiana, le Kansas, le Kentucky, le Nebraska, l’état de New York, le Dakota du Nord, le Texas et le Wisconsin – ont enregistré des augmentations de financement pour les programmes de prévention et de réduction du tabagisme de près d’un million de dollars ou plus.

Seul l’Etat de New York a adopté une augmentation significative des taxes sur les cigarettes. L’Etat a augmenté sa taxe sur les cigarettes de 1,00 $ par paquet, portant le prix du paquet à 5,35$, soit le plus élevé du pays.

Aucun État n’a adopté de lois globales sur l’interdiction de fumer dans les espaces publics. C’est la onzième année consécutive qu’aucun État n’adopte de loi globale sur les espaces sans tabac, certains Etats ont même connu des reculs inquiétants, selon les auteurs de l’étude, à l’instar de la Louisiane qui a réautorisé la consommation de tabac dans les casinos.

Malgré des campagnes vigoureuses dans un certain nombre d’États, dont Hawaï, le Maine, le Minnesota, l’état de New York, l’Oregon et le Vermont, aucun État n’a adopté de texte éliminant la vente de produits du tabac et de la nicotine aromatisés.

Enfin, l’accès au traitement du tabagisme s’est amélioré grâce à l’extension de Medicaid en Caroline du Nord et dans le Dakota du Sud en 2023. Cependant, ces succès ont été éclipsés en raison de l’inscription massive à Medicaid, plus de 13 millions de personnes, lesquelles avaient perdu leur couverture médicale après la levée de l’état d’urgence sanitaire liée au COVID-19.

Le gouvernement fédéral obtient, quant à lui, la note A pour ses campagnes médiatiques qui encouragent les gens à ne pas fumer ou vapoter. En revanche, il obtient la note C pour la réglementation fédérale des produits du tabac et de la nicotine, la note D pour la prise en charge du sevrage tabagique par les régimes fédéraux de soins de santé et la note F pour sa politique fiscale en matière de tabac. De manière globale, le rapport constate que l’influence de l’industrie du tabac et de ses alliés reste forte dans l’adoption et la mise en œuvre des mesures de santé publique. L’industrie du tabac soutient tout particulièrement les lois de préemption des États afin de faire annuler les lois locales en vigueur dans le domaine de la lutte antitabac qui sont plus restrictives. L’objectif de l’industrie par ces recours est également d’empêcher l’adoption de telles législations à l’avenir.

Des actions urgentes à mettre en place

Le rapport souligne également que la baisse du taux de tabagisme chez les adultes s’est interrompue, et qu’environ 11,6 % des adultes déclarant fumer en 2022, alors qu’ils étaient 11,5 % en 2021, selon les données de l’enquête nationale sur la santé (National Health Interview Survey) réalisée en 2022 par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

L’American Lung Association énumère cinq actions clés que l’administration Biden et le Congrès devraient entreprendre en 2024 pour contribuer à réduire la prévalence tabagique et prévenir des maladies et décès causés par le tabagisme. La première action est la finalisation urgente par la Maison Blanche des deux textes permettant de faire retirer du marché les cigarettes mentholées et les cigares aromatisés.

Ensuite, il s’agit notamment pour la FDA de finaliser son examen avant commercialisation des demandes faites concernant des produits du tabac et de la nicotine ; plus de deux ans après la date limite du 9 septembre 2021, fixée par décision de justice, la FDA n’a toujours pas achevé l’examen des dossiers portant sur des millions de produits du vapotage pour lesquels des demandes d’autorisation de mise sur le marché ont été faites, laissant sur le marché de nombreux produits du vapotage arômatisés et illégaux. Dans un récent communiqué, la FDA a indiqué achever l’examen de l’ensemble des dossiers d’ici la fin juin 2024. Le rapport suggère aussi au Congrès de maintenir au moins le financement actuel du Bureau sur le tabagisme et des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies et d’adopter la loi Helping Tobacco Users Quit Act, qui étendrait la couverture complète de Medicaid au sevrage tabagique.

Mots-clés :  États-Unis, politique antitabac, menthol, lobby, ingérence, Maison Blanche

©Génération Sans Tabac

AE


[1] State of Tobacco Control 2024 Report, American Lung Association, consulté le 24 janvier 2024

[2]  Service du gouvernement américain dont la principale mission est d’assister le président des États-Unis dans la tâche de préparation du budget.

[3] Génération sans tabac, L’interdiction du menthol à nouveau repoussée aux États-Unis, publié le 15 décembre, consulté le 24 janvier 2024

[4] Génération sans tabac, États-Unis : Un rapport révèle d’importantes disparités géographiques en matière de tabagisme dans les États du Midwest et du Sud, publié le 27 juillet 2023, consulté le 24 janvier 2024

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 25 janvier 2024