Vapotage : des usages en hausse et un besoin renforcé d’accompagnement
11 décembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 11 décembre 2025
Temps de lecture : 9 minutes
En 2024, 7,9 % des adultes de 18 à 79 ans ont déclaré vapoter et 6,1 % en faisaient un usage quotidien, confirmant une tendance à la hausse depuis 2016. Les usages étaient plus fréquents dans les catégories socio-économiques les plus défavorisées, où la prévalence quotidienne atteignait 8,2 %. Sur le plan régional, la Bretagne et la Corse figuraient parmi les territoires les plus touchés, avec respectivement 9,1 % et 10 % de vapoteurs quotidiens. Enfin, près d’un vapoteur quotidien sur deux continuait de fumer du tabac (47,7 %), ce qui annule en grande partie les bénéfices attendus en matière de réduction des risques.
Les résultats présentés proviennent du Baromètre de Santé publique France 2024[1], une enquête nationale de grande ampleur visant à mesurer les comportements de santé de la population adulte. L’édition 2024 s’appuie sur un échantillon représentatif des personnes âgées de 18 à 79 ans résidant en France, au sein de l’Hexagone et dans les collectivités ultra-marines. La représentativité de l’échantillon est assurée par une procédure de sondage aléatoire et par le redressement statistique des données, prenant en compte le sexe, l’âge, la région et le mode de collecte.
Une expérimentation du vapotage très répandue, surtout chez les jeunes adultes
L’édition 2024 du Baromètre de Santé publique France confirme l’ancrage du vapotage dans les comportements des adultes, avec un niveau d’expérimentation particulièrement élevé. En 2024, 37,5 % des personnes âgées de 18 à 79 ans déclarent avoir déjà essayé une cigarette électronique, ne serait-ce qu’une seule bouffée. Cette diffusion large témoigne de l’installation durable de ces produits dans le paysage nicotinique français, plus de dix ans après leur arrivée sur le marché. L’expérimentation reste plus fréquente chez les hommes (40,3 %) que chez les femmes (34,8 %), ce qui reproduit en partie les écarts traditionnellement observés dans la consommation de tabac.
L’expérimentation des puffs - cigarettes électroniques jetables -, conçues pour être faciles d’utilisation et souvent commercialisées avec des arômes attractifs, constitue un marqueur particulièrement révélateur des dynamiques d’usage. En 2024, 13,6 % des adultes déclarent avoir essayé une puff, mais cette moyenne masque de fortes variations selon les générations. Parmi les 18-29 ans, plus d’un tiers (35,5 %) rapporte avoir expérimenté ce type de produit, soit une prévalence nettement supérieure à celle observée dans les autres tranches d’âge. La proportion chute à 19,6 % chez les 30-39 ans, puis continue de diminuer rapidement à mesure que l’âge augmente, jusqu’à devenir marginale chez les plus de 60 ans. Cette distribution témoigne clairement de l’attractivité du vapotage jetable auprès des jeunes adultes, population particulièrement sensible aux innovations de marché, aux dispositifs perçus comme plus simples à utiliser et aux stratégies marketing centrées sur les arômes avec des goûts sucrés, fruités ou exotiques.
Ces résultats prennent une dimension particulière dans le contexte de l’interdiction des puffs en France entrée en vigueur en février 2025. Le niveau élevé d’expérimentation observé chez les 18-29 ans en 2024 correspond ainsi à la période précédant cette mesure. Les prochaines éditions du Baromètre permettront d’évaluer si l’interdiction entraîne une baisse effective de l’accès et de l’usage de ces produits en particulier voire des cigarettes électroniques, ou si d’autres voies d’approvisionnement – notamment en ligne ou via le marché illicite – se substituent à la vente légale. De même l’alternative à l’usage des nouveaux produits « semi-jetables » mis sur le marché par les fabricants présentant des caractéristiques proches de celles des cigarettes jetables nécessitera d’être évaluée. Cette surveillance sera déterminante pour mesurer la capacité des politiques publiques à répondre aux stratégies d’adaptation des industriels et à limiter l’exposition des jeunes aux produits nicotiniques.
Une prévalence du vapotage en hausse, marquée par de fortes disparités sociales et territoriales
En 2024, le vapotage poursuit sa progression en France, avec 7,9 % d’adultes déclarant vapoter et 6,1 % déclarant un usage quotidien. Cette augmentation s’inscrit dans la tendance observée depuis plusieurs années et concerne davantage les hommes que les femmes, ainsi que les adultes âgés de 18 à 49 ans, parmi lesquels la prévalence quotidienne demeure proche de 8 %. Au-delà de cette dynamique générale, les résultats mettent en évidence des inégalités particulièrement marquées selon les conditions socio-économiques. Le vapotage quotidien atteint ainsi 8,2 % chez les personnes déclarant une situation financière difficile, contre 4,2 % parmi celles se disant à l’aise. De même, les ouvriers et les employés présentent des niveaux d’usage plus élevés que celui des cadres, traduisant une exposition accrue à la consommation de nicotine dans les milieux les plus vulnérables. Ces constats font écho aux inégalités bien documentées en matière de tabagisme et rappellent l’importance d’intensifier les actions de prévention et d’accompagnement auprès des populations fragilisées. Cela suppose également de renforcer la promotion, auprès de ces publics particulièrement touchés et souvent pénalisés économiquement par la consommation de produits nicotiniques, des dispositifs d’aide à l’arrêt qui sont validés, sans risques et pris en charge par l’assurance maladie. Mettre ces outils en avant constitue un levier essentiel pour réduire les inégalités de santé et soutenir une diminution réelle et durable de la dépendance.
Les disparités observées se prolongent également sur le plan géographique. La prévalence du vapotage quotidien varie fortement d’une région à l’autre, oscillant entre 4,6 % et 10 %. Certaines régions, telles que l’Auvergne–Rhône-Alpes ou le Grand Est, présentent des niveaux inférieurs à la moyenne nationale. À l’inverse, la Normandie, la Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne et la Corse affichent des prévalences nettement plus élevées, cette dernière atteignant même 10 %. Cette hétérogénéité témoigne de facteurs locaux susceptibles d’influencer les comportements : disponibilité des produits, contextes socio-économiques, normes sociales, stratégies commerciales ou encore différences d’accès à l’information et aux dispositifs de prévention. Elle souligne la nécessité de développer des approches territorialisées, adaptées aux réalités régionales, afin de mieux répondre aux besoins spécifiques de chaque population.
Un lien étroit entre vapotage et tabagisme qui limite les bénéfices attendus
Le profil des consommateurs montre par ailleurs que 47,7% sont d’anciens fumeurs qui continuent à consommer ces produits à la nicotine. Ce cumul des consommations limite fortement les bénéfices attendus en matière de réduction des risques : tant que le tabac combustible reste présent, même de manière ponctuelle, les effets sanitaires liés à la consommation de tabac persistent et la dimension de réduction de risques ne peut s’appliquer. La proportion de personnes n’ayant jamais fumé est relativement faible mais représente néanmoins 2,8 % des vapoteurs quotidiens.
Cette imbrication des usages traduit des trajectoires complexes, où le vapotage peut soit accompagner une démarche d’arrêt, soit prolonger, voire renforcer, la dépendance à la nicotine. Plusieurs travaux montrent que l’usage simultané de tabac et de cigarette électronique expose les individus à un risque accru de maintien dans la consommation et à une probabilité plus élevée de rechute chez les personnes ayant tenté d’arrêter. Dans ce contexte, le vapotage ne peut jouer un rôle positif qu’à la condition d’être inscrit dans une stratégie claire et accompagnée d’arrêt complet du tabac, en s’appuyant sur les dispositifs de prise en charge validés et remboursés et en inscrivant l’arrêt même du vapotage à plus ou moins long terme dans la stratégie de prise en charge.
L’ancrage précoce du vapotage dans les habitudes des jeunes adultes constitue également un enjeu majeur. Les données montrent que les plus jeunes constituent le groupe où l’expérimentation du vapotage est la plus répandue, et plusieurs études ont documenté le rôle possible de la cigarette électronique comme porte d’entrée vers le tabagisme. Les jeunes apparaissent particulièrement vulnérables aux produits aromatisés, aux dispositifs faciles d’usage et aux stratégies promotionnelles qui valorisent ces produits sur le plan social ou esthétique. L’ampleur de l’expérimentation observée en 2024 souligne l’importance de renforcer les actions de prévention, notamment en matière d’information sur les risques associés au vapotage, de contrôle des pratiques commerciales visant les mineurs et les jeunes adultes, et de soutien aux dispositifs d’accompagnement de l’arrêt pour prévenir l’installation d’une dépendance durable à la nicotine. L’enjeu est d’autant plus important que l’entrée précoce dans la consommation de nicotine, quelle qu’en soit la forme, augmente la probabilité d’un maintien à long terme de l’addiction.
Ces constats convergent pour rappeler l’importance d’orienter les consommateurs, et en particulier les publics les plus vulnérables, vers les méthodes d’aide à l’arrêt dont l’efficacité est établie, comme les traitements de substitutions nicotiniques de type timbres, gommes, spray, couplés à une prise en charge cognitivo-comportementale. De nouveaux traitements validés sont également disponibles élargissant les capacités des professionnels de santé dans leur prise en charge des fumeurs[2]. Renforcer l’accès à ces dispositifs, et mieux informer sur leur efficacité, constitue un levier essentiel pour réduire à la fois les usages combinés et les risques sanitaires associés, tout en évitant que la cigarette électronique ne devienne un facteur de maintien ou de renormalisation de la consommation de nicotine.
AE
[1] A. Pasquereau, R. Guignard, R. Andler, V. Nguyen-Thanh. Vapotage : usage et évolutions récentes. In Baromètre de Santé publique France : résultats de l’édition 2024. Saint-Maurice: Santé publique France; 2025 : 8 p. Disponible à partir de l’URL: http://www.santepubliquefrance.fr
[2] Génération sans tabac, Arrêt du tabac : l’OMS recommande d’associer les interventions comportementales aux traitements pharmacologiques, publié le 15 août 2024, consulté le 11 décembre 2025
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