Une offensive de l’industrie autour des sachets de nicotine au Canada
23 mars 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 19 mars 2026
Temps de lecture : 5 minutes
Imperial Tobacco Canada a critiqué la limitation des sachets de nicotine Zonnic aux pharmacies depuis 2024, dans une campagne de lobbying incluant pétitions et sites au financement opaque. Si l’industrie vante un outil de sevrage, les données indépendantes montrent au contraire que très peu de fumeurs ont recours à ces produits, extrêmement addictifs, pour le sevrage. En revanche, leur usage augmente chez les non-fumeurs, notamment les jeunes. Cynthia Callard, directrice générale de Médecins pour un Canada sans fumée, Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour la lutte antitabac, et Les Hagen, directeur général d’ASH Canada, appellent à mettre fin à toute promotion de ces produits et à les réglementer strictement[1].
L’industrie du tabac promeut les sachets de nicotine, surtout auprès des jeunes et non-fumeurs
Frank Silva, directeur général d’Imperial Tobacco Canada, premier fabricant de tabac du pays, critique la décision d’Ottawa de limiter depuis 2024 la vente des sachets de nicotine Zonnic aux seules pharmacies. Selon lui, cette restriction rendrait « plus difficile, et non plus facile » l’arrêt du tabac pour les fumeurs adultes et pousserait une partie d’entre eux vers le marché illégal.
Cette prise de position s’inscrit dans une campagne plus large de l’industrie visant à assouplir le cadre réglementaire : tribunes d’opinion, publicités pleine page, pétitions officielles ou non, utilisation de tierces parties, mobilisations “astroturf” et recours juridiques se multiplient. De nouveaux sites, comme bringbackthepouches.ca, quitclub.com ou iwantmypouches.ca, participent à ce lobbying sans que leurs sources de financement soient clairement identifiées, et les liens avec le fabricant de tabac clairement apparents. Récemment, un député conservateur a fait une large campagne promotionnelle des sachets Zyn, une marque suédoise de sachets de nicotine commercialisée par le cigarettier Philip Morris International, notamment sur les campus canadiens[2], en violation d’une des dispositions du traité de l’OMS qui prohibe la promotion de toute activité ou produit d’un fabricant de tabac.
En parallèle, plusieurs recherches mettent en exergue la progression d’usage de ces produits chez les jeunes. Une étude basée sur l’enquête Compass auprès de lycéens québécois conclut que les sachets de nicotine gagnent en popularité et pourraient suivre une trajectoire comparable à celle des cigarettes électroniques. Elle indique que 2,6 % des élèves interrogés ont utilisé des sachets de nicotine dans le mois précédant l’enquête, soit presque autant que la cigarette classique (3 %). Leur usage augmente significativement avec l’âge : les élèves du secondaire sont trois fois plus susceptibles d’en consommer que ceux des niveaux inférieurs.
Les données de l’Enquête internationale sur le tabagisme et le vapotage chez les jeunes indiquent que les jeunes consomment surtout ces sachets « pour le plaisir », « par curiosité » ou pour leurs effets, et très rarement dans le but d’arrêter de fumer.
L’efficacité des sachets de nicotine pour le sevrage tabagique n’est pas établie
Les auteurs rappellent que les données disponibles au Canada ne confirment pas l’efficacité des sachets de nicotine comme outil de sevrage. L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (CCHS) montre que, parmi les quelque deux millions de fumeurs ayant tenté d’arrêter au cours de l’année écoulée, seuls 6 % (117 000 personnes) ont utilisé des sachets[3].
Parmi ces utilisateurs, le nombre de personnes déclarant avoir effectivement arrêté de fumer est trop faible pour parvenir à des données robustes. En revanche, le taux d’échec des tentatives d’arrêt est le plus élevé chez les utilisateurs de sachets, autour de 92 %.
Par comparaison, les fumeurs ayant eu recours à des traitements validés scientifiquement (patchs, gommes, inhalateurs, sprays buccaux, thérapie cognitivo-comportementale, médicaments sur ordonnance comme le bupropion et la varénicline…) ont des taux d’échec allant de 79 à 87 %, soulignant qu'en dépit de leur reconnaissance médicale, la nicotine demeure extrêmement addictive.
Appel à maintenir et renforcer la réglementation des nouveaux produits
Dans ce contexte, les auteurs estiment que la promotion des sachets de nicotine contribue essentiellement à recruter de nouveaux usagers, notamment parmi les non‑fumeurs et les jeunes.
Ils jugent préoccupant que certains élus fédéraux reprennent les arguments de l’industrie et demandent un assouplissement de la réglementation, allant jusqu’à soutenir publiquement des produits ou lancer des pétitions contre les règles en vigueur.
Ils appellent ainsi à mettre fin au soutien politique à ces campagnes, à maintenir le cadre actuel pour les sachets de nicotine en renforçant son application, et à intensifier les efforts pour réduire toutes les formes de consommation de nicotine chez les jeunes, en particulier le vapotage, encore largement répandu.
Certains pays, dont la France, la Belgique, les Pays-Bas ou l’Australie ont d’ailleurs fait le choix d’interdire totalement les sachets de nicotine, estimant que ces produits contribuent à alimenter l’épidémie nicotinique mondiale.
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[1]Guest column: Nicotine pouches are not helping Canadian smokers quit – despite Big Tobacco propaganda, Windsor Star, publié le 16 mars 2026, consulté le 18 mars 2026
[2]Rahim Mohamed, Nicotine-pouch maker Zonnic unhappy that Conservative MP is promoting foreign Zyn competitor, National Post, publié le 17 mars 2026, consulté le 18 mars 2026
[3]Nicotine Pouches are not helping Canadian smokers quit - no matter what Big Tobacco and their allies say, Action on Smoking & Health (ASH Canada), Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, Physicians for a Smoke-Free Canada, publié le 3 décembre 2025, consulté le 19 mars 2026