Le Canada publie des recommandations actualisées pour le sevrage tabagique
30 août 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 26 août 2025
Temps de lecture : 8 minutes
Le 25 août 2025, le Canadian Task Force on Preventive Health Care (CTFPHC) a publié dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ)[1] une mise à jour de ses recommandations cliniques pour la prise en charge de l’arrêt du tabac chez l’adulte. Le texte propose un éventail d’options validées – interventions comportementales, traitements médicamenteux (substituts nicotiniques, varénicline, bupropion) et cytisine – à combiner selon les patients et leurs antécédents, tout en réservant une place prudente et conditionnelle aux cigarettes électroniques. Cette approche s’inscrit dans une perspective de décision partagée et d’équité en santé, avec des outils dédiés aux soignants et aux patients.
Les recommandations ont été élaborées sur la base d’une revue systématique des données scientifiques concernant les interventions de sevrage tabagique chez l’adulte. La qualité des preuves a été évaluée à l’aide de méthodes standardisées, et les priorités ont été établies en concertation avec des experts, des organisations partenaires et des personnes fumeuses ou ex-fumeuses. Le groupe de travail a mis l’accent sur la prise en compte des critères jugés essentiels par les patients, tels que l’efficacité, les effets indésirables et l’impact sur la qualité de vie. Des outils pratiques, destinés à soutenir la décision partagée entre professionnels de santé et patients, accompagnent ces nouvelles recommandations.
Un éventail d’interventions validées
Les recommandations canadiennes insistent sur la nécessité d’offrir aux personnes fumeuses un large choix de solutions éprouvées, afin de maximiser leurs chances de succès. L’approche repose sur une combinaison de stratégies comportementales et pharmacologiques, qui peuvent être utilisées séparément mais dont l’efficacité est renforcée lorsqu’elles sont associées.
Les interventions comportementales constituent la première pierre du sevrage tabagique. Elles incluent le conseil bref, délivré directement en soins primaires, qui reste une mesure simple et efficace lorsqu’il est systématiquement proposé. À cela s’ajoutent des programmes structurés d’accompagnement individuel ou en groupe, conduits par des professionnels formés, ainsi que des lignes téléphoniques de soutien et des programmes numériques par messages textuels. Ces derniers, accessibles et peu coûteux, permettent d’apporter un suivi régulier et une motivation continue aux patients. Des supports d’auto-assistance, tels que brochures ou plateformes en ligne validées scientifiquement, viennent compléter ce panel.
Côté pharmacothérapie, les traitements de substitution nicotinique (patchs/timbres, gommes, pastilles, sprays ou inhalateurs) sont confirmés comme des options de première intention. Ils peuvent être utilisés seuls ou combinés, par exemple en associant un patch à libération continue à une forme orale à action rapide, afin de mieux contrôler les symptômes de manque. La varénicline et le bupropion, deux traitements sur prescription, bénéficient également de données solides d’efficacité et figurent parmi les recommandations principales de prise en charge pharmacologiques.
À ces options s’ajoute la cytisine, présentée au Canada comme produit de santé naturel. Ce médicament, utilisé depuis plusieurs décennies en Europe de l’Est et centrale, dispose désormais d’un corpus croissant d’études démontrant son efficacité et sa bonne tolérance. Bien qu’elle ne soit pas encore commercialisée en France, son intégration dans les recommandations canadiennes reflète la volonté d’élargir le spectre des solutions disponibles.
L’ensemble de ces interventions est conçu pour être proposé dans une logique de décision partagée. Le professionnel de santé doit accompagner le patient dans le choix de la stratégie la plus adaptée à son profil, à ses préférences et à son parcours d’arrêt antérieur. Les recommandations rappellent que l’association d’un suivi comportemental et d’un traitement pharmacologique reste la combinaison la plus efficace pour soutenir un arrêt durable.
Une place limitée pour la cigarette électronique
Le groupe de travail adopte une position mesurée concernant la cigarette électronique. Si les données disponibles suggèrent que ces dispositifs peuvent aider certaines personnes à arrêter de fumer, de nombreuses incertitudes demeurent quant à leur innocuité et leur efficacité à long terme. Contrairement aux substituts nicotiniques et aux traitements médicamenteux autorisés, les cigarettes électroniques présentent une grande hétérogénéité de produits, de formulations et de modes d’utilisation, rendant complexe l’évaluation de leurs effets réels sur la santé.
Le CTFPHC recommande ainsi de privilégier en première intention les interventions ayant fait l’objet de preuves robustes, tant comportementales que pharmacologiques. La cigarette électronique ne doit être envisagée qu’en seconde ligne, dans des situations spécifiques : lorsque la personne fumeuse n’a pas réussi à arrêter avec les méthodes validées ou lorsqu’elle exprime une préférence claire et informée pour cette option. Dans ce cas, les professionnels de santé sont encouragés à engager un dialogue approfondi avec le patient, en présentant de manière transparente les bénéfices potentiels et les incertitudes et risques liées à l’usage du vapotage.
Cette approche reflète une volonté de répondre aux besoins de certains fumeurs réfractaires aux méthodes conventionnelles, sans pour autant légitimer la cigarette électronique comme outil de sevrage de référence. Elle s’inscrit également dans un cadre de santé publique visant à limiter les risques de maintien de la dépendance à la nicotine, voire de double usage, lorsque la cigarette électronique est utilisée parallèlement aux cigarettes combustibles.
Enfin, les experts soulignent la nécessité d’un suivi régulier des personnes ayant recours au vapotage dans le cadre du sevrage, afin d’accompagner progressivement la réduction puis l’arrêt complet de l’usage de nicotine, objectif central de toute stratégie de cessation tabagique.
Prendre en compte les inégalités de santé
Les nouvelles recommandations du CTFPHC soulignent que l’usage du tabac demeure marqué par d’importantes disparités sociales, économiques et culturelles. Certaines populations présentent des prévalences de tabagisme nettement supérieures à la moyenne nationale, avec des conséquences directes sur leur santé et leur espérance de vie. C’est le cas notamment des Premières Nations, des Inuits et des Métis, qui sont confrontés à des taux de tabagisme particulièrement élevés, souvent en lien avec des déterminants sociaux défavorables, un accès limité aux services de santé et des inégalités structurelles persistantes.
Au-delà des communautés autochtones, le tabac affecte plus fortement les personnes vivant seules, séparées ou veuves, ou issues de milieux socio-économiques défavorisés. Les travailleurs occupant des emplois faiblement qualifiés présentent également une vulnérabilité accrue, avec une exposition plus importante au tabagisme et une probabilité réduite d’accéder à des dispositifs de prévention et d’accompagnement adaptés. De la même manière, les personnes souffrant de troubles de santé mentale ou de dépendance à d’autres substances constituent un groupe à haut risque, cumulant des difficultés d’arrêt et une morbidité plus élevée.
Le CTFPHC recommande ainsi une vigilance accrue des professionnels de santé vis-à-vis de ces publics. L’identification proactive du statut tabagique et l’offre systématique d’options efficaces apparaissent comme des leviers essentiels pour réduire les écarts. Le rapport insiste également sur l’importance d’adapter les modalités d’accompagnement : recours à des outils numériques ou à des lignes téléphoniques accessibles, prise en compte des contextes culturels, renforcement des services de proximité, et intégration de stratégies de soutien spécifiques pour les personnes vivant avec des comorbidités psychiatriques ou addictives.
Cette approche vise à renforcer l’équité en santé publique, en s’assurant que les bénéfices des interventions de sevrage tabagique ne soient pas réservés aux populations les plus favorisées mais puissent s’étendre à l’ensemble des personnes fumeuses. En agissant sur ces disparités, les nouvelles recommandations entendent contribuer à réduire le poids du tabagisme comme facteur d’inégalités sociales de santé, qui reste aujourd’hui l’un des plus déterminants au Canada comme à l’international.
AE
[1] Brett D. Thombs, Gregory Traversy, Donna L. Reynolds, Eddy Lang, Stéphane Groulx and Brenda J. Wilson; for the Canadian Task Force on Preventive Health Care, CMAJ August 25, 2025 197 (28) E846-E861; DOI: https://doi.org/10.1503/cmaj.241584
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