La France publie son décret interdisant les sachets et autres produits oraux de la nicotine non pharmaceutiques

10 septembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 7 octobre 2025

Temps de lecture : 6 minutes

La France publie son décret interdisant les sachets et autres produits oraux de la nicotine non pharmaceutiques

Le Journal officiel a publié le décret n° 2025-898 du 5 septembre 2025 concernant l’interdiction de la « production, la fabrication, le transport, l'importation, l'exportation, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition et l'emploi » des « produits à usage oral contenant de la nicotine notamment sous la forme de sachets portions ou de sachets poreux, pâte, billes, liquides, gomme à mâcher, pastilles, bandelettes ou toute combinaison de ces formes », à l'exception des médicaments et dispositif médicaux [1]. Ce décret, annoncé dès l’automne 2024 par le gouvernement Barnier, intervient après un processus de validation européenne entamé en février 2025, qui a nécessité plusieurs mois de discussion avec la Commission européenne et d’autres États membres. La vente de ces sachets de nicotine était déjà interdite au regard de la réglementation sur la nicotine. Le nouveau texte renforce cette interdiction qui nécessite d’être aujourd’hui appliquée pour les organisations de santé[2].

Des produits dangereux pour la santé et poussés par l’industrie de la nicotine

Ces produits, appelés « sachets de nicotine », « pouches » ou « nicopouches », se présentent sous la forme de petits sachets placés entre la lèvre et la gencive, aromatisés et facilement transportables. Leur format discret et leurs saveurs sucrées les rendent particulièrement attractifs pour les adolescents et jeunes adultes. Plusieurs intoxications ont été signalées en France par les centres antipoison. Entre 2017 et 2022, 295 appels concernant une consommation volontaire ou accidentelle de tabac à chauffer, tabac à mâcher, snus, sachets de nicotine et billes aromatiques, ont ainsi été reçus par les centres antipoison.

Une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a permis d'identifier que la majorité des personnes exposées sont âgées de 12 à 17 ans[3], et que des syndromes nicotiniques aigus ont été observés chez des adolescents ayant consommé, parfois en milieu scolaire des sachets de nicotine, avec des symptômes tels que des palpitations, une sensation de malaise, une tachycardie, des nausées, des vomissements, des vertiges ou encore des tremblements.

A cela s’ajoute une promotion d’ampleur de ces produits, tant dans les points de vente que sur les réseaux sociaux.

Face à la baisse de la consommation de cigarettes dans les pays développés, les sachets de nicotine et les nouveaux produits nicotiniques, comme le tabac chauffé et les cigarettes électroniques, ont été poussés par les cigarettiers, jusqu’à représenter près de 40 % du chiffre d’affaires de groupes comme Philip Morris International[4]. À travers la publication de tribunes, de pétitions, la création de sites web ou encore le déploiement d’une large bâche publicitaire à Paris, les cigarettiers ont tenté de promouvoir ces nouveaux produits comme des « alternatives » saines au tabac traditionnel.

Selon le Comité national contre le tabagisme (CNCT), leur forte concentration en nicotine et leur absorption rapide favorisent une dépendance précoce, ce qui pose un risque de santé publique. Contrairement à certaines communications de l’industrie, ces produits ne constituent pas une aide au sevrage mais représentent un outil de recrutement de nouveaux consommateurs.

Des analyses de laboratoire ont également mis en évidence la présence de métaux lourds dans certains échantillons, mais aussi des doses élevées de nicotine et la présence massive de sucralose, soulignant que ces produits sont loin d’être anodins. Une étude menée par l’Institut national de la consommation (INC) avec le CNCT a ainsi révélé que certains sachets contiennent des taux d’arsenic jusqu’à 6,5 fois supérieurs à ceux d’une cigarette traditionnelle. Plomb, antimoine et formaldéhyde, substances cancérogènes ou toxiques ont également été détectés dans plusieurs marques.

La ministre de la Santé, Catherine Vautrin, affirme que l'interdiction des sachets de nicotine souligne son engagement à lutter contre les « risques liés à la dépendance ».

Application et suivi de l’interdiction face à un lobby puissant

Le CNCT souligne l’importance d’une application rigoureuse de l’interdiction.

Pour le Pr. Yves Martinet, président du CNCT, « Les sachets de nicotine sont un exemple flagrant de la manière dont l’industrie du tabac tente en permanence de contourner la loi et de séduire une nouvelle génération avec des produits toxiques et fortement addictifs au détriment de la santé des jeunes. Le CNCT restera vigilant pour que cette interdiction soit appliquée avec rigueur et qu’aucun espace ne soit laissé à ces pratiques indignes. ».

Pour le Pr. Loïc Josseran, président de l’Alliance contre le tabac (ACT), « malgré les intentions claires du gouvernement, l’industrie du tabac n’a reculé devant rien pour défendre ses intérêts économiques et étendre son marché de l’addiction à la nicotine. L’ACT salue le courage et la détermination de l’exécutif qui n’a pas cédé à la pression des lobbies et a fait primer avant tout la santé publique. […] Mais cette victoire ne doit pas nous faire baisser la garde : nous devons rester vigilants face aux nouvelles stratégies d’une industrie qui prospère sur l’addiction et qui n’a aucune intention de réduire son chiffre d’affaires. ».

L’interdiction de ces produits ne concerne pas seulement la France. La Belgique l’a également adoptée en octobre 2023, bien que les commerçants ne respectent pas toujours l’interdiction de vente.

©Génération Sans Tabac

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[1]Legifrance.gouv.fr, Décret n° 2025-898 du 5 septembre 2025 relatif à l'interdiction des produits à usage oral contenant de la nicotine, publié le 6 septembre 2025, consulté le 8 septembre 2025

[2]Amélie Eschenbrenner, Le CNCT salue l’interdiction des sachets de nicotine, une étape cruciale pour protéger les jeunes, Comité national contre le tabagisme, publié le 7 septembre 2025, consulté le 8 septembre 2025

[3]Mélanie Hennebique, Dépendance, intoxications... Pourquoi les sachets de nicotine seront bientôt interdits par l'État, BFMTV, publié le 7 septembre 2025, consulté le 8 septembre 2025

[4]Alliance contre le tabac, Interdiction des sachets de nicotine en France : une victoire qui met un coup d’arrêt à l’industrie du tabac, publié le 6 septembre 2025, consulté le 8 septembre 2025

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